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L'océan : l'avenir de la planète - SOS corail profond
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Copyright : Collection Ifremer
 

L'océan : l'avenir de la planète

SOS corail profond

On peut être scientifique et impliqué. La preuve : les travaux sur le corail profond, présentés par Andy Wheeler (notre photo) géologue marin à l'Université de Cork en Irlande, ont servi à alerter l'opinion et les décideurs politiques sur l'urgence de mesures de protection.

Copyright : Vincent DerrienLe corail n'est pas toujours rouge corail, et ses récifs n'affleurent pas nécessairement à la surface, pas plus qu'il n'est l'apanage des eaux chaudes des Tropiques. Andy Wheeler, chercheur à l'Université de Cork, en Irlande, s'est penché sur un corail différent. Un corail blanc, qui vit dans des eaux plutôt froides et que l'on trouve surtout par grandes profondeurs. Atypique, il a toutefois quelques points communs avec son médiatique cousin : notamment la remarquable diversité dont il est le siège et les menaces qui pèsent sur lui.
" Ces coraux sont formés de nombreuses espèces. On les trouve en abondance dans l'Atlantique Nord, surtout dans des eaux froides et noires, jusqu'à un kilomètre sous la surface. " Impossible donc de les étudier sans d'importants moyens techniques, comme le sous marin de poche Victor 6 000 de l'Ifremer, utilisé dans le cadre d'un partenariat franco-irlandais. " Les plongées nous ont permis d'établir la répartition des coraux et de mieux comprendre leur fonctionnement et leur importance dans la biodiversité marine. " Dans les eaux européennes, on sait désormais que l'espèce dominante est Lophelia pertusa, qui vit dans des eaux où la température s'échelonne de 4 à 12 °C. " Ce qui les confine à des profondeurs de plus de 1000 m en général, précise le chercheur, sauf en Norvège où les eaux plus froides leur permettent de remonter jusqu'à 50 m "
Les formations de corail profond peuvent atteindre des tailles impressionnantes. " À certains endroits, l'accumulation de ces colonies a formé, au cours du temps, un véritable relief sous-marin, fait de collines de matière carbonée longues de plusieurs kilomètres et hautes de plusieurs centaines de mètres. De nombreuses autres espèces leur sont associés : coraux solitaires, éponges, crabes, crevettes et bien sûr, poissons. " Des espèces commerciales y trouvent notamment refuge, leur densité augmente à mesure que l'on s'approche du récif. Conséquence : les navires pratiquant la " pêche profonde " s'intéressent d'un peu trop près à ces habitats fragiles. " Les pêcheurs ont tendance à chaluter à proximité des bancs de coraux or la pêche profonde utilise des engins très lourds, ce qui augmente d'autant leur impact. " Cet impact, les chercheurs l'ont vu de leurs yeux, quand ils ont commencé leurs travaux sur la répartition des coraux profonds. Les traits de chalut ont formé ça et là de larges cicatrices sur le récif. De plus, les filets utilisés par les pêcheurs se déchirent parfois et restent sur le fond, ce qui en fait un piège mortel pour de nombreuses espèces.
De nombreux pays dans le monde cherchent donc des solutions pour protéger ces habitats. La Norvège a pris les devants en interdisant la pêche à proximité des récifs coralliens dans ses eaux territoriales. Il faut dire qu'étant donnée leur profondeur, les coraux norvégiens sont encore plus vulnérables. " Quand la loi est passée, 50 % de cet habitat avait déjà été détruit ", constate amèrement Andy Wheeler.
Tout n'est cependant pas noir pour le corail blanc. Côté bonnes nouvelles, on peut mentionner que l'Europe, jusque-là à la traîne, a commencé à prendre des mesures. " La nouvelle politique commune des pêches prévoit notamment un moratoire de six mois sur la pêche autour d'une zone de récifs située dans les eaux britanniques ", observe le chercheur irlandais. La procédure de désignation de " zones spéciales de conservation ", prévue dans la directive européenne habitats, est par ailleurs en cours, mais peut malheureusement prendre plusieurs années. Beaucoup trop quand on sait que les dégâts d'un seul trait de chalut sur les coraux mettront des décennies, voire plus, à disparaître.

F.L.F.

Contact :
Andy Wheeler, a.wheeler@ucc.ie, tél.: + 353 21 4903951,
www.ucc.ie/depts/geology/