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Editorial Jean Francheteau Président des 7èmes entretiens science et éthique Directeur de l'École doctorale des sciences de la mer à l'UBO
Les mers, un océan de richesses ?
Les 7èmes entretiens "Science et éthique ou le devoir de parole" qui se sont tenus à Brest, les 7 et 8 novembre 2003 à Océanopolis, avaient pour thème général : Les mers, un océan de richesses ? Connaître, exploiter et protéger les fonds marins. Je pense que le point de vue est assez original parce les mots science et éthique sont, en général, rarement confrontés. Le monde scientifique, il faut le dire, se préoccupe peu des problèmes éthiques. C'est donc un défi de voir comment l'éthique rentre dans le vaste domaine océan.
Par ailleurs, le thème de ces 7èmes entretiens repose sur la trilogie : connaître, exploiter, protéger. Connaître, c'est en principe le métier des scientifiques. Cela ne leur pose pas de problème particulier, sauf de moyens. Exploiter, les scientifiques se sentent en général peu concernés par ce problème. Ils laissent le champ de l'exploitation aux industriels même si dans les noms des organismes comme le Cnexo(1) d'antan, ou l'Ifremer(2) d'aujourd'hui, le mot exploitation figure en clair. Protéger : qui doit protéger ? La réponse évidente est que ce sont les politiques qui doivent protéger les océans. Mais les politiques le font-ils ? En 1982, la convention de Montego Bay aux États-Unis a réuni 150 signatures pour la création de règles de droit de la mer, pour protéger les espaces océaniques. Il a même été proposé que les océans constituent un patrimoine commun de l'Humanité (PCH). Mais la notion de PCH est-elle compatible avec la tentation d'extension toujours plus grande des zones économiques exclusives, aujourd'hui fixées, par les États qui ont une façade maritime, à 200 milles et demain à 350 milles ou plus... au large des côtes, aux dépens des États qui n'ont pas d'accès à la mer ?

Tous les participants aux entretiens ont perçu, je pense, qu'il faut voir l'océan comme un objet global où tout est connecté et que l'océan est fragile. C'est un domaine qu'il faut respecter. L'océan est aussi largement inconnu, même en 2003. On parlait aux XVIIe et au XVIIIe siècles de terra incognita, je crois qu'on peut parler aujourd'hui de " mare incognita ". L'océan, et en particulier les grands fonds, constituent bien la dernière frontière à la surface de notre terre qui permet encore de faire de grandes découvertes. Une manière pour les scientifiques de jouer un rôle sur le plan éthique et de communiquer : il faut qu'ils disent ce qu'ils pensent, sans entrave. Il faut qu'ils communiquent leurs recherches. Il faut qu'ils s'acquittent de leur " devoir de parole ", il faut qu'ils parlent de leurs inquiétudes, on l'a vu avec les coraux profonds, avec les hydrates, les problèmes de séquestration du CO2. Si on veut connaître les océans ou gérer l'environnement pour en exploiter les services qu'ils peuvent rendre, cela nécessite des connaissances. Il faut donc investir massivement dans la matière grise, c'est cela qui manque le plus. Permettre aux chercheurs de travailler, leur fournir du temps à la mer, permettre aux meilleurs spécialistes de conduire des recherches innovantes et de pouvoir s'exprimer avec leurs idées, leur permettre de proposer des choses nouvelles et encourager la " science d'en bas ".
NOTES : (1) Cnexo : Centre national pour l'exploitation des océans. (2) Ifremer : Institut français de recherche pour l'exploitation de la mer.
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