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Opération Famous
Tectonique des plaques : voir pour savoir

Famous est un film d'aventure. Mais c'est aussi une histoire vraie : durant les années 1973 et 1974, une équipe franco-américaine est allée explorer une partie de la dorsale médio-atlantique, par quelques 3 000 mètres de fond. Retour sur une expérience humaine et scientifique hors du commun, dont on fête cette année les trente ans.
Au début des années 1970, l'Homme avait foulé le sol lunaire. Mais il n'était jamais allé observer véritablement le fond de l'océan. De ce fait, la théorie de la tectonique des plaques, bien qu'universellement acceptée dans le monde de la science à partir de 1968, restait une hypothèse s'appuyant sur des mesures indirectes : bathymétrie, magnétisme, sismographie... Une nécessité s'imposait : plonger pour " vérifier " par l'observation, la théorie soutenant l'idée de l'expansion des fonds océaniques. Comme souvent dans le monde de la recherche, les travaux de plusieurs équipes finissent par se rejoindre. C'est ainsi que deux pays, la France et les États-Unis ont en même temps l'idée d'organiser une expédition sous-marine afin d'explorer un bout de dorsale médio-océanique et plus exactement de la vallée profonde qui l'entaille sur toute sa longueur : le rift, l'endroit où se forment les plaques flottant sur du magma à la surface de la terre, comme le veut en effet l'hypothèse de la dérive des continents. En janvier 1970, France et États-Unis scellent un accord de coopération. Les deux pays décident d'explorer conjointement une partie du rift de l'Atlantique et de la faille transformante (vallée perpendiculaire) associée.
Un nom en forme de boutade
Xavier Le Pichon responsable scientifique, propose de baptiser l'opération " Famous " (French american mid ocean undersea survey). " Pour plaisanter ", dira-t-il plus tard. Quoi qu'il en soit, ce nom est accepté. Une fois défini, le site Famous, qui s'étend sur une vingtaine de kilomètres à 900 kilomètres à l'ouest des Açores, est soigneusement cartographié. Les moyens d'exploration (sous-marins et navires - supports) sont réunis au port de Punta del Gada, capitale de l'archipel des Açores, qui servira de base avancée à l'expédition de plongée. Les Américains disposent d'un sous-marin : l'Alvin. Côté français, il y a l'Archimède, sous-marin construit par la Marine Nationale sur une idée de l'inventeur suisse Auguste Picard (voir article page 5), et Cyana, la " soucoupe plongeante". Le Cnexo (1) cherchait une occasion de mettre en valeur cette dernière, rachetée depuis peu au Commandant Cousteau et totalement transformée. Famous, le premier programme d'étude à haute résolution des fonds sous-marins, est une occasion en or.

Une préparation minutieuse
" Toute l'originalité de l'opération tenait dans la préparation, rappelle Jean Francheteau. Ce n'était pas la première fois que des submersibles plongeaient à ces profondeurs, mais on ne les avait jamais utilisés dans une optique scientifique rigoureuse. " L'été 1973, seul l'Archimède plonge sur le site. Xavier Le Pichon commente le paysage sous-marin à 3 000 mètres de profondeur. Il semble avoir oublié le danger : " Le courant nous plaque contre la paroi mais cela me permet de prendre des clichés incroyables... Je ne donnerais pas ma place pour un empire ! " Sa voix est couverte par les " clics " de son appareil photo. Une fois à l'air libre, il dira simplement : " C'était prodigieux ! ". Au cours de cet été 1973, l'Archimède effectuera sept plongées sur le site Famous afin de ramener images et échantillons, aussi précieux pour la science que des morceaux de sol lunaire... Toutes les chances de réussite sont ainsi réunies quand arrive l'été 1974. Cette fois, les trois sous-marins vont se retrouver au fond. Chacun se voit confier une zone : le fond du rift pour l'Archimède, les flancs à l'Alvin et la faille transformante, au relief le plus accidenté, à la Cyana, engin le plus manœuvrable.
" Une aventure extraordinaire "
Cette campagne, pourtant décriée par certains en raison de son coût et de sa forte médiatisation, a permis d'obtenir des résultats importants : pour la première fois, les scientifiques ont pu observer la frontière de plaque et vérifier sur le terrain de la nature des mouvements de plaques prévus par la théorie. Les sous-marins ont d'autre part ramené des échantillons formés à partir des sources hydrothermales, prouvant ainsi leur existence qui n'avait été prévue, elle aussi, que par des calculs théoriques. De manière générale, Famous a démontré que l'observation directe du fond des océans est possible, et que le système employé est efficace. En revoyant le film de l'expédition, Jean Francheteau conclut : " Sur le plan de l'aventure humaine, ça a été extraordinaire ". On veut bien le croire...
F.L.F.
Rens. : Le film de l'expédition peut-être téléchargé gratuitement à l'adresse Internet http://www.cerimes.education.fr

Cnexo
Le Centre national pour l'exploitation des océans (Cnexo), créé en 1967, et l'Institut scientifique et technique des pêches maritimes (ISTPM), formé à partir de l'Office scientifique et technique des pêches maritimes (OSTPM) en 1953, fusionnent en 1982 pour former l'Ifremer.
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