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Rennes Atalante et l'Espace des sciences :
vingt ans de vie commune
Rennes Atalante et l'Espace des sciences : deux associations rennaises impliquées dans les sciences et la technologie fêtent cette année leurs vingt ans. Et même si leurs activités sont très différentes : d'un côté le soutien à l'implantation d'entreprises de technologie dans le bassin rennais ; de l'autre la diffusion de la culture scientifique en Bretagne, ces deux " surs " se connaissent et se côtoient depuis le début.

Paul Tréhen, président de l'Espace des sciences, Marie-Madeleine Flambard, première directrice du CCSTI, Jacques de Certaines, président de Rennes Atalante, Michel Cabaret, directeur de l'Espace des sciences et Jacqueline Poussier, directrice de Rennes Atalante.
Vingt ans, l'occasion de retrouvailles pour les acteurs de Rennes Atalante et de l'Espace des sciences : Marie-Madeleine Flambard, Jacqueline Poussier, Paul Tréhen, Jacques de Certaines et Michel Cabaret (voir photo) se sont en effet réunis, de façon informelle autour d'une table, en mars dernier à l'Espace des sciences, histoire de remonter le temps, de revenir sur la genèse des deux projets et sur le chemin parcouru.
Créés au début des années 80, les technopoles, les Centres de culture scientifique, technique et industrielle, mais aussi les Centres de transfert de technologies sont issus de ce même souci de rapprocher, au niveau local, des mondes jugés trop éloignés : la science et l'économie, la science et le grand public, la recherche fondamentale et la recherche appliquée. " Un puzzle était en train de se construire à Rennes ", se souvient Jacqueline Poussier. Pour autant, " aucun lien entre les deux structures n'avait été organisé de façon formelle par l'équipe municipale porteuse de ces deux projets, précise Jacques de Certaines, alors adjoint à la recherche à la mairie de Rennes. L'étude de faisabilité du CCSTI, confiée par Edmond Hervé et Pierre-Yves Heurtin, respectivement, maire et adjoint de Rennes, à Bernard Besret, en 1983, ne faisait d'ailleurs pas référence à la création de la technopole.
Une technopole active et constante
" Edmond Hervé m'avait demandé d'animer une réunion de concertation sur la Zone d'innovation, de recherche et technologies - Zirst -, où étaient présents des chercheurs, des universitaires, des industriels et des élus ", se souvient René Dabard, premier président de Rennes Atalante(1) , qui avait aussi répondu présent pour revenir sur vingt ans d'histoire. De là est née l'association Aprozirst (qui allait devenir Rennes Atalante), lors de la signature du contrat de plan État - Région en mars 1984. L 'initiative était soutenue dès le départ par la mairie, la préfecture et la Région ; le district de Rennes et le département d'Ille-et-Vilaine se sont vite rattachés au projet. " Depuis, son développement a toujours été constant : toutefois, il faut se rappeler qu'il n'y avait pas de permanents la première année, poursuit-il. Jacqueline Poussier est arrivée en 1985 avec une secrétaire. Un gros travail a été fait et aujourd'hui la technopole compte dix personnes. Rennes Atalante est aussi à l'origine, avec l'appui de Louis Ergan(2) de la création de l'association France Technopoles ". Les missions de Rennes Atalante, d'animation, de promotion, d'accueil et d'accompagnement des entreprises du bassin rennais se sont même élargies au niveau régional avec une forte implication dans l'incubateur breton d'entreprises Emergys.

René Dabard, premier président de Rennes Atalante.
Un CCSTI qui a bien grandi
L'Espace des sciences, de son côté, a fait son chemin. Sa création, ainsi que celle des autres CCSTI de région, fait suite au projet de la Cité des sciences et de l'industrie de la Villette à Paris (qui ouvre ses portes au public en 1986) avec cette idée de montrer " la science en train de se faire ". Très centré au départ sur la ville de Rennes -grâce à laquelle il est né-, avec la revue Réseau et l'ouverture du lieu d'exposition dans le centre commercial Colombia (un vrai pari !), l'Espace des sciences s'est ensuite régionalisé. Le soutien de Claude Champaud, alors président du CCRDT(3) au Conseil régional a en cela été déterminant. Aujourd'hui, la diffusion de l'information vers le grand public via les expositions itinérantes, la revue (devenue Sciences Ouest) et, qui plus est, le site Internet, dépasse largement le périmètre de Rennes et même de la Bretagne. Pourtant, " l'enjeu de départ n'était pas clair, rappelle encore Jacques de Certaines. Le rôle du CCSTI était assez flou : entre communication vers le public ou interaction entre le monde économique et celui de la recherche ". " Nous avons dû faire nos preuves, précise aussi Michel Cabaret. Tous ces métiers de médiateur scientifique, de journaliste scientifique n'existaient pas encore. Petit à petit, nous nous sommes professionnalisés ". Et Marie-Madeleine Flambard de se souvenir avec émotion d'une action tout à fait inédite et originale à l'époque : " en 1986, suite à une exposition sur la recherche bio-médicale à Rennes et à la mise en place d'un projet d'action éducative initié par le rectorat, nous avions emmené tout un train de lycéens à Paris, à la rencontre de Jean Bernard, alors président du comité national d'éthique ".
Car bien que se soient amorcées dès le début des années 70(4) des réflexions sur la " CST(5) ", la vulgarisation des sciences demeurait une activité annexe et mineure. " Communiquer vers le public était et est encore dévalorisant pour certains chercheurs ", poursuit Paul Tréhen. Considérée comme du temps perdu, ou une sous-science qui peut dans certains cas retarder l'avancement de ces chercheurs par les instances d'évaluation ".
Entre CCSTI et technopole
Pour Jacqueline Poussier " L'Espace des sciences crédibilise la technopole aux yeux du grand public. Car celui-ci ne peut pas comprendre le rôle de Rennes Atalante s'il ne connaît pas ou ne s'intéresse pas à la science ". " Cela n'est pas évident, intervient Paul Tréhen. Même si, en interne, nous sommes convaincus que nos deux métiers sont complémentaires, je pense que pour beaucoup, il n'y a pas de liens entre les deux ".
Ces liens existent pourtant, même s'ils ne sont pas toujours visibles du grand public. Un bon souvenir commun de Marie-Madeleine Flambard et Jacqueline Poussier est la réalisation de l'exposition " Rennes Atalante, à l'Ouest une technopole " que les deux associations étaient parties présenter à Paris, à la Cité des sciences et de l'industrie en septembre 1987.
Mais au-delà d'actions vraiment communes, ce sont plutôt des relations de personne à personne qui, au fil des années, nourrissent les collaborations entre Rennes Atalante et l'Espace des sciences. Chacun des présidents est par exemple membre du conseil d'administration de l'autre association depuis sa création ; Michel Cabaret se rappelle avec joie de la contribution active de Jacques de Certaines aux premiers numéros de Réseau, dont il était lui-même le journaliste ; enfin, même s'il n'était plus à Rennes Atalante à ce moment là, c'est René Dabard qui est à l'origine de l'exposition " la chimie naturellement " créée en 2000 par l'Espace des sciences.
Une originalité bretonne
D'où vient cette synergie, cette envie d'avancer et de construire ensemble ? Des femmes, des hommes qui constituent ce réseau bien sûr, mais de l'environnement aussi sûrement. En effet, autour de la table, tout le monde est d'accord sur ce point : le duo rennais technopole - CCSTI semble bien être une originalité bretonne ; Rennes est la seule ville où les deux structures, créées en même temps, existent toujours et côte à côte. " Le fonctionnement d'un CCSTI (mais aussi d'une technopole) est très lié au tissu local et régional ", explique Marie-Madeleine Flambard. " Il est clair que l'Espace des sciences et Rennes Atalante sont très intimement liés à la vie de la ville de Rennes et à son développement ", renchérit Jacques de Certaines. Or, après un tour de France virtuel des CCSTI et des technopoles, deux choses semblent caractériser la capitale bretonne. Rennes paraît, d'une part, avoir la taille idéale d'une ville où tout le monde se connaît, ce qui facilite les rencontres et les collaborations. L'attachement de la ville à la culture a, d'autre part, avoir un rôle important : " le festival des arts électroniques, organisé par la maison de la culture de 1985 à 1988, était quelque chose de très couru ", rappelle Marie-Madeleine Flambard. Et cet attachement à la culture, Rennes Métropole l'affiche plus que jamais avec la concrétisation du projet des Champs Libres qui réunira la bibliothèque, le musée de Bretagne et l'Espace des sciences. Une autre originalité bretonne...
NB
NOTES :
(1) René Dabard était alors président de l'École nationale supérieure de chimie de Rennes (ENSCR) et ancien président de l'Université de Rennes 1. Il a été le président de Rennes Atalante de 1984 à 1998.
(2) Louis Ergan était chargé de mission à l'Agence d'urbanisme et de développement intercommunal de l'agglomération rennaise (Audiar).
(3) CCRDT : Comité consultatif régional de la recherche et du développement technologique.
(4) Physicien et philosophe, professeur à l'université de Nice, Jean-Marc Levy Leblond est à l'origine de nombreuses réflexions sur l'éducation scientifique, la philosophie des sciences, la vulgarisation et la culture scientifique.
(5) CST : Culture scientifique et technique.
(6) Nec : Nouvel équipement culturel.
Chronologie de l'Espace des sciences
- 1982 :
- convention entre la ville de Rennes et le ministère de la Culture. Le but : englober les sciences et les techniques dans le champ culturel.
- Avril 1984 :
- création de l'association CCSTI.
1er avril 1985 : 1er numéro de Réseau.
1986 :
organisation des premières conférences.
- Juin 1986 :
- inauguration du lieu d'exposition dans le centre commercial Colombia (Rennes).
- 1990 :
- création du service des expositions itinérantes.
- Mars 1990 :
- modifications des statuts. Le CCSTI devient régional.
- Janvier 1992 :
- la ville de Rennes lance le projet Nec , aujourd'hui Les Champs Libres.
- Juin 1992 :
- 1ère édition de Science en fête, coordonnée en Bretagne par le CCSTI.
- 1997 :
- le CCSTI devient l'Espace des sciences.
- 1999 - 2000 :
- création du site Internet.
- 2000 :
- la revue Réseau devient Sciences Ouest.
- Juin 2003 :
- 200e numéro de Sciences Ouest.
- Fin 2005 :
- L'Espace des sciences devrait intégrer les Champs Libres.
Les dates marquantes de la technopole Rennes Atalante
- 1984 :
- création de Rennes Atalante à Beaulieu.
- 1985 :
- Gallium, première pépinière d'entreprises, accueille 14 entreprises.
- 1987 :
- Rennes District décide d'ouvrir 3 nouveaux sites.
- 1988 :
- première matinale de Rennes Atalante.
- 1990 :
- ouverture de Rennes Atalante Villejean.
- 1991 :
- internationalisation de la technopole : Canon et Wandel & Goltermann s'implantent.
- 1993 :
- le Minitel, un succès de 10 ans.
- 1994 :
- ouverture de l'ENS Cachan Antenne de Bretagne.
- 1995 :
- arrivée de Mitsubishi Electric ITE.
- 1996 :
- Rennes Atalante Champeaux est opérationnel.
- 1997 :
- le téléphone mobile dope l'emploi.
- 1999 :
- 40 000 m² de locaux supplémentaires accordés sur les sites.
- 2000 :
- l'année des jeunes pousses et de l'incubateur Emergys. Boom de l'emploi : + 22,3% sur l'année.
- 2001 :
- Création du réseau Ouest-Génopole®
- 2002 :
- Transpac : 1 650 salariés sur 41 000 m² de bureaux répartis dans 7 bâtiments.
- 2003 :
- 3 implantations américaines : Texas Instruments, Silicon laboratories, Eichrom.
Une matinale consacrée aux 20 ans de la technopole rennaise aura lieu le 24 juin prochain.
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