Actualité : Quand les ajoncs s'évadent

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Actualité : Quand les ajoncs s'évadent
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Quand les ajoncs s'évadent

Traité de peste végétale dans certaines régions du monde, l'ajonc est quasiment vénéré en Bretagne. Qu'est-ce qui explique ces réactions tellement opposées ? Une équipe de chercheurs de l'Université de Rennes 1 a été missionnée pour le comprendre.

Vous connaissez tous cette plante piquante mais tellement odorante qui borde la quasi-totalité des côtes bretonnes et qui a même été choisie pour orner les bords des quatre voies. Que serait la pointe du Grouin sans ces petites taches jaunes ? Bref, comment imaginer la Bretagne sans les ajoncs ? Ils font naturellement partie du paysage.
À l'Université de Rennes 1, des recherches fondamentales sur les ajoncs sont menées depuis plus de 20 ans. Tout d'abord, au laboratoire de botanique, où Marie-Thérèse Misset et son équipe se sont intéressés à la systématique du genre. Plus récemment, le laboratoire "Interaction – spéciation – adaptation" (Isa) de l'UMR Écobio du Caren(1)étudie leur cycle de reproduction, et leur relation avec un petit charançon spécifique qui mange leurs graines. Mais tout le monde n'est pas dans cet état d'esprit admiratif vis à vis des ajoncs...

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A la Reunion, les ajoncs se sont évadés des haies
et leur prolifération menace les pâturages et la biodiversité.

Origine : Bretagne

Répertorié comme l'une des espèce les plus envahissantes par l'Unesco, l'ajonc est considéré comme la plante à abattre, notamment dans des pays de l'hémisphère sud comme la Réunion, le Chili, l'Australie ou la Nouvelle Zélande qui est d'ailleurs la nation qui dépense le plus d'argent pour lutter contre cet envahisseur. Car, et cela a été prouvé, les ajoncs sont bien originaires de Bretagne ou de Grande-Bretagne. Exportés dans les contrées lointaines par les marins voilà 100 à 200 ans, leur formidable capacité d'adaptation a fait qu'ils se sont parfaitement bien acclimatés à de nouvelles conditions environnementales. Un peu trop bien... "Les ajoncs sont en train de tout coloniser, explique Anne Atlan de l'équipe Isa qui revient, avec sa collègue Michèle Tarayre, d'une mission à la Réunion. Ils s'échappent des haies et sont en train de menacer la biodiversité et les zones de pâturages".
Parallèlement à cette mission, le laboratoire rennais a commandé une enquête à un technicien du patrimoine breton, William Morvan, pour tenter de comprendre comment la "peste végétale" est maîtrisée en Bretagne. Au cours de l'été, celui-ci a recueilli une quarantaine de témoignages d'agriculteurs, d'enseignants agricoles, de gestionnaires d'espaces naturels, d'écomusées ou d'associations diverses qui ont des ajoncs chez eux ! "La première réaction est l'étonnement : ici les gens ne comprennent pas que l'on puisse avoir des problèmes avec les ajoncs ! Ils considèrent tous la plante comme utile et chargée d'histoire", explique William Morvan. Broyée, elle servait en effet – et sert toujours mais dans une moindre mesure - de fourrage pour les chevaux et les vaches ; riche en azote comme toutes les légumineuses, elle fut employée dans l'alimentation animale plus particulièrement pendant la seconde guerre mondiale car le fourrage habituel était réquisitionné. Sous forme de fagots, elle était très prisée des boulangers pour alimenter les fours à pain car très calorifique. "À Belle-Île-en-mer, elle faisait même office de sèche-linge, car avec ses piquants, elle évite que le linge ne s'envole et en plus elle le parfume !", poursuit-il.

Copyright : Nathalie Blanc
Anne Atlan et William Morvan, devant des ajoncs sur le campus de Beaulieu.

Sous contrôle

Le savoir-faire breton vient en fait du simple constat que, à proximité des cultures, la plante est toujours contrôlée par les agriculteurs qui entretiennent régulièrement les haies et les champs. Alors qu'en Australie, en Nouvelle Zélande ou à la Réunion, elle a à sa disposition de grands espaces non labourés, dédiés au pâturage extensif. "Il faut absolument prendre en compte l'aspect sociologique et humain dans cette affaire, explique encore Anne Atlan. Une espèce n'est en effet envahissante que si elle est considérée comme telle !"
Prochaines étapes : une mission en Nouvelle-Zélande en janvier prochain et la finalisation du rapport de l'enquête de terrain. Le but serait d'exporter les pratiques bretonnes comme le broyage, un savoir-faire important comme en témoignent les nombreux outils aujourd'hui exposés dans les écomusées. Et il s'est en effet avéré que les animaux ont boudé le fourrage à base d'ajoncs quand ceux-ci n'avaient pas été broyés... Les "anciens" de notre région l'avaient bien compris...

NB

Contact :
Anne Atlan, tél. : 02 23 23 61 72,
anne-gile.atlan@univ-rennes1.fr

Copyright : DR
La Bretagne et ses ajoncs.



L'ajonc façonne la Bretagne

En breton, ajonc se dit al lann et les landes : lannec.
Ainsi, de nombreux lieux : villes, villages, hameaux, ronds-points, zones artisanales, ... portent des noms liés à l'ajonc : La Janais (ajonc) ; Saint-Jacques-de-la-Lande ; Lann Bihoué ; Er Lannic ; Coat ar lann ; Lanneou, ...
... et de noms de famille : Le Lan, Deslande, ...



NOTE :
(1) Le Caren (Centre armoricain de recherche en environnement) est une fédération de recherche : CNRS, Inra, Université de Rennes 1, Rennes 2, Agrocampus Rennes.


Copyright : DR Il existe trois espèces d'ajoncs en Bretagne :
l'ajonc nain (Ulex minor) que l'on trouve plutôt à l'intérieur des terres et dans les sous-bois ; l'ajonc de Le Gal (Ulex gallii), espèce littorale plus répandue dans le Finistère et l'ajonc d'Europe (Ulex europaeus), le plus courant et le plus colonisateur !