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Voler au secours des vampires
Les chauves-souris n'ont pas, a priori, une image très positive. Pourtant loin des légendes sur les vampires, elles sont d'une part parfaitement inoffensives, mais surtout menacées de disparition. Catherine Caroff, du Groupe mammalogique breton, nous explique pourquoi et comment protéger ce mammifère qui a trouvé en Bretagne un lieu de villégiature idéal.
Coupons court tout de suite au mythe sur les chauves-souris suceuses de sang : sur plus de 900 espèces recensées dans le monde, seules 3, surnommées vampires, sont hématophages. On les trouve exclusivement en Amérique du Sud, et elles ne s'attaquent que très rarement à l'homme, lui préférant le bétail. En Europe, il existe 34 espèces de chauves-souris, dont 20 sont présentes en Bretagne et toutes sont insectivores. Une de ces espèces intéresse particulièrement le Groupe mammalogique breton(1) (GMB) : le grand rhinolophe, nommé ainsi à cause de la forme particulière de son museau. "Plus on va vers l'Ouest, moins la diversité est grande et plus il y a de grands rhinolophes", explique Catherine Caroff, chargée de mission au GMB depuis 1997. D'après les comptages, il y aurait entre 3 000 et 3 500 spécimens en Bretagne, soit 20 % de la population française. On les retrouve pour l'essentiel le long d'un axe canal de Nantes à Brest presqu'île de Crozon.
Si le grand rhino (comme on l'appelle familièrement) aime tant la région, c'est qu'il y trouve un environnement en adéquation avec sa biologie très exigeante. Car le grand rhino a besoin de confort. Il lui faut d'abord un gîte d'hivernage grand, sombre, calme, frais (environ 10°C) et humide, conditions que réunissent idéalement les ardoisières et les blockhaus. Il lui faut aussi un gîte de reproduction où les femelles se regroupent pour mettre bas (1 à 2 petits seulement par portée). Il doit également être vaste, sombre et calme mais aussi chaud car les jeunes ne régulent pas seuls leur température corporelle. Les combles des églises sont donc très appréciés, les toits en ardoise accumulant la chaleur la journée et la restituant le soir. Enfin, il lui faut un terrain de chasse. Les haies du bocage forment pour cela un parcours tout tracé, protégé des prédateurs (chouettes), riche en insectes, chaud et ombragé.
Mais ce jardin d'Eden tend à disparaître : les ardoisières sont fermées pour des questions de sécurité, le bocage laisse place à de vastes étendues dégagées, les toits des églises sont progressivement fermés pour limiter les nuisances causées par les pigeons, et l'utilisation massive des pesticides diminue la quantité d'insectes et donc de nourriture. "On estime que depuis 1950, la population en chauves-souris a diminué de 90 %. Si l'on veut préserver la biodiversité il est donc temps de réagir !" Reprend Catherine Caroff. Toutes les espèces de chauves-souris sont d'ores et déjà protégées par la législation mais cela est insuffisant.
Depuis 2000, le grand rhinolophe fait l'objet d'un contrat nature qui permet de mener des actions de protection. Les gîtes potentiels sont protégés ou modifiés afin de fournir des sites de refuge ; des synthèses scientifiques sont aussi rédigées afin d'étudier l'influence de certains paramètres sur la santé des animaux (traitement des charpentes par exemple). Mais le contrat nature arrive à échéance à la fin de l'année. Catherine Caroff espère qu'il pourra être renouvelé et même élargi à d'autres espèces que le grand rhino.
Hors contrat nature, le GMB réalise des études du comportement et du régime alimentaire inspirées de celles de nos voisins britanniques. Les chiroptérologues(2) anglais ont en effet beaucoup d'avance sur les français. Ils les ont, entre autres, formés à la technique du radio-pistage, qui consiste à placer une puce électronique sur un animal et à suivre ensuite ses déplacements. L'échantillon est certes limité mais cela permet de définir l'étendue du terrain de chasse des femelles. Autre étude : l'analyse du guano, qui vise quant à elle à connaître plus précisément le régime alimentaire des grands rhino et donc leurs lieux de chasse privilégiés.
Mais le plus important reste de démystifier les chauves-souris auprès des particuliers, qui les chassent de leurs greniers, qui représentent en effet des gîtes de reproduction très appréciés. La cohabitation est pourtant tout à fait possible : les chauves-souris ne sont ni bruyantes, ni dangereuses et ne nichent là que quelques mois par an, en été. "Les gens s'attachent aux légendes mais ignorent tout des chauves-souris. C'est pourquoi il est important pour nous de mener des actions de sensibilisation. Nous participons chaque année à la nuit de la chauve-souris, tous les derniers samedis d'août. Les gens ont alors l'occasion de visiter les gîtes, de voir de près des chauves-souris et de constater à quel point elles sont inoffensives", remarque Catherine Caroff.
Si le GMB a protégé en partie le grand rhino, la mission n'est pas encore finie. Il aimerait construire un abri spécialement conçu pour accueillir les chauves-souris qui réunirait gîte d'hivernage et de reproduction. Mais cela coûte cher. C'est pourquoi il a lancé un appel à contribution. Chiroptérophiles, à votre bon coeur !
BV
Contact :
Catherine Caroff, Groupe mammalogique breton, tél. : 02 98 68 86 33,
gmbreton@aol.com

Drôles de mammifères
Les chauves-souris sont les seuls mammifères volants. Aussi appelées chiroptères, du grec kheiros - main et pteros - aile, leur poids et leur taille sont très variables : de 1,5 g et 20 cm d'envergure à 1,5 kg pour 1,7 m d'envergure (roussette d'Amérique du Sud). Elles chassent surtout la nuit et se déplacent par écholocation, c'est-à-dire qu'elles émettent des ultrasons qui sont répercutés et modifiés par les obstacles. À l'aide de leurs grandes oreilles, elles captent les ultrasons modifiés qui leur apportent de précieuses informations sur ce qui les entoure ; elles identifient ainsi des obstacles pas plus épais qu'un cheveu.
Appel à contribution
La campagne "un abri pour les chauves-souris" sollicite votre soutien. 10 000 sont nécessaires à la construction d'un abri pour grands rhinolophes.
Si vous souhaitez faire un don, adressez-vous au Groupe mammalogique breton Maison de la rivière 29450 Sizun, tél. : 02 98 68 86 33, gmbreton@aol.com.
NOTES :
(1) Groupe mammalogique breton : association créée en 1988 dont le but est d'étudier et protéger les mammifères en Bretagne. Il est constitué de 2 groupe : l'un travaille sur les mammifères aquatiques type loutres ou castor, l'autre s'occupe des chauves-souris.
(2) Chiroptérologues : spécialistes des chauves-souris
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