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Un institut de criminologie à Rennes Avoir une vision critique de l'actualité
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"La criminologie est un concours de disciplines et d'intervenants qui étudient les troubles du comportement donnant lieu à agressions, violences, déviances entraînant une infraction. Il s'agit donc d'un domaine d'investigation très vaste qui va par exemple du harcèlement au crime de sang".
(Loïck Villerbu, directeur de l'Institut de criminologie de Rennes) |
Qu'est-ce qu'un institut de criminologie ? Pourquoi a-t-il été créé à l'Université de Rennes 2 ? Qui sont les spécialistes du crime ? Sciences Ouest a mené l'enquête pour vous.
Insécurité, agressions, meurtres,... nous sommes sans arrêt inondés par les affaires de violence. Outre le fait qu'elles sont souvent bruyamment relayées par l'ensemble des médias, faisant ainsi partie de notre quotidien, le constat est formel : les actions de violence sont en augmentation dans notre société. "De même que notre regard a changé par rapport à la folie durant le XXe siècle -, les "fous" ont laissé la place aux malades psychiques ou mentaux. Ceux-ci ne sont plus isolés comme des curiosités et asilisés dans une forme compassionnelle -, nous devons aujourd'hui avoir une approche plus critique de la violence et de la délinquance et les traiter ou les prendre en compte dans le quotidien comme un phénomène de société où concourent à la fois le psychique et les opportunités sociales", commence Loïck Villerbu, psychologue clinicien et enseignant à l'Université Rennes 2. Selon lui, il est clair "qu'il faut d'abord comprendre l'engendrement de la violence pour pouvoir ensuite la contrôler et la maîtriser. On ne devient pas par exemple, agresseur sexuel du jour au lendemain ! Derrière chaque délinquant il y a une histoire personnelle, un passé, un environnement, un ensemble de circonstances !". D'où l'intérêt et l'urgence d'intégrer les sciences humaines et sociales dans le champ criminologique. Une idée qui germe depuis vingt ans dans la tête de Loïck Villerbu, avec celle de la création d'un institut. Cette dernière a commencé à se concrétiser il y a 6 ans. Enfin créé en 2002, l'Institut de criminologie – sciences humaines (ICSH) ne s'est vraiment matérialisé qu'en octobre dernier, date d'arrivée dans ses locaux sur le campus de Villejean, grâce à des financements de la Ville de Rennes. Mais la dizaine d'enseignants chercheurs n'a pas attendu tout ce temps pour se mettre au travail. "En tant qu'enseignants à l'Université Rennes 2 nous assurions depuis de nombreuses années déjà, la formation des étudiants. Aujourd'hui, la création de l'institut nous permet d'élargir cette formation à un public plus large : celui des professionnels", se réjouit Loïck Villerbu. Travailleurs sociaux, éducateurs, gendarmes, policiers, mais aussi membres de la justice, tous les professionnels amenés à côtoyer la violence sont concernés. "Tout travailleur social ou enseignant devrait pouvoir être formé à la criminologie pour savoir comment déchiffrer, autrement, un mal-être chez un individu, connaître des stratégies criminelles, leurs conséquences victimologiques et réagir en conséquence". Car en plus d'augmenter les connaissances du processus criminel, le but de l'institut est bien de développer des outils (analyse d'audits, d'écriture de rapports), des modèles de travail qui puissent être utiles à l'ensemble des professionnels cités ci-dessus. Et les demandes dans ce sens ne manquent pas : elles émanent des ministères de l'Intérieur, de la Justice, de la Santé, mais aussi de la préfecture, du rectorat, de la sécurité routière... Alors pourquoi un tel institut ne se concrétise que maintenant en France, alors qu'il existe des écoles de criminologie en Suisse (Lausanne), Belgique (Louvain) ou au Canada (Montréal) ? "Pour des raisons culturelles, explique encore Loïck Villerbu. La criminologie a longtemps été, en France, le domaine réservé des médecins légistes et des juristes ; deux disciplines sur lesquelles pèse le lourd poids du secret... Par ailleurs, certains professionnels ne la considèrent pas comme un secteur noble". Casser cette image, donner une approche positive de la nécessité d'avoir une approche criminologique, tel est le message que veulent faire passer les membres de l'Institut de criminologie de Rennes 2.
NB
Contact : Loïck Villerbu, tél. : 02 99 14 19 32, loick.villerbu@uhb.fr
L'ICSH
L'ICSH, c'est une dizaine d'enseignants chercheurs répartis dans deux laboratoires : · Le laboratoire de psychologie clinique et psychologique : psychopathologie et criminologie, dirigé par Loïck Villerbu. · Le Laboratoire armoricain universitaire de recherche en psychologie sociale (Laureps), dirigé par Alain Somat (voir page 12). L'ICSH parraine l'enseignement dispensé à l'Université Rennes 2 (le master de clinique criminologique et victimologique), gère des projets de recherche fondamentale et propose des formations continues dans un souci constant de la prise en compte de la demande sociale. http://www.uhb.fr/sc_humaines/institut-criminologie/

Quelques exemples de sujets pour lesquels l'Institut de criminologie sévit
Un comportement qui exprime aussi une souffrance : le cas des délinquants sexuels
Il y a une vingtaine d'années, l'auteur d'agressions sexuelles était immédiatement catalogué comme quelqu'un de pervers. Le débat était clos, l'étiquette accrochée. Le monde de la délinquance sexuelle était peu voire mal connu. Mais des travaux de recherche, notamment menés avec des équipes québécoises, ont permis de passer outre cette stigmatisation et de montrer que, ce que l'on appelle les pervers – c'est-à-dire des personnes qui exigent une catégorie sexuelle ou une tranche générationnelle spécifique (pédophiles, touristes sexuels)-, sont en fait très peu nombreux –. Il existe en effet des profils très différents de délinquants sexuels, qui vont de la séduction et de la manipulation à la destruction totale de l'autre. Depuis l'entrée en scène de professionnels cliniciens (psychopathologues), bref, des sciences humaines et sociales, "l'image brute s'est considérablement morcelée ! Résume Loïck Villerbu. Certaines agressions sexuelles traduisent en effet une souffrance qui n'a malheureusement pas pu s'exprimer autrement. Elles constituent un moyen d'assouvir une colère intérieure". Et maintenant que l'on sait mieux lire ces colères, des modes de prise en charge des délinquants sexuels sont mis en œuvre, donnant lieu à des lois comme l'injonction de soins ou encore l'obligation d'un suivi socio judiciaire (mis en œuvre concrètement depuis moins de 10 ans). "Car on ne devient pas délinquant sexuel sans raisons, poursuit Loïck Villerbu. Et la plus "belle démonstration" de cela est que c'est à partir du moment où l'on offre des soins que la souffrance psychique s'exprime...et dans cette souffrance des états d'agressions subies antérieurement". Les chercheurs de l'ICSH travaillent donc sur la construction des stratégies criminelles. Les travaux de modélisation des comportements permettent, dans un premier temps, de choisir l'un des deux grands modèles de comportement : "le séducteur" ou "l'attaquant". Des approches plus fines consistent ensuite à rechercher l'origine de la souffrance qui incite le délinquant sexuel à agir de la sorte, recherche qui peut être orientée en étudiant la trajectoire du délinquant. "Des analogies ont été faites entre le cambriolage et le viol, ou encore entre l'alcoolisme et l'exhibition", précise Loïck Villerbu. Or toutes ces démarches de recherches fondamentales demandent d'avoir accès aux dossiers criminels le plus tôt et le plus largement possible. En France, cela reste encore très difficile, contrairement au Québec, par exemple, où le statut même de chercheur donne accès à ces informations...
NB
Prostitution : la ville de Rennes veut en savoir plus
La ville de Rennes a été la seule à répondre aux demandes d'études de l'ICSH sur les effets de la présence prostitutionnelle. L'Institut de criminologie travaille en effet depuis un an sur les "PST", soit : les "Pratiques sexuelles" tarifées dans la ville, un terme volontairement utilisé par Loïck Villerbu (dont les recherches avec ses collaborateurs sur le sujet datent en fait de cinq ans dans le cadre de la Délégation régionale droit des femmes et de la DAS État) à la place de celui de prostitution qui ne représente qu'une façon partiale et juridique d'évoquer des pratiques liées à la sexualité anonyme. "Ce travail permet, encore une fois, d'éviter l'amalgame, de ne pas enfermer les gens dans un statut et de faire la différence entre des pratiques contraintes, consenties -sans préjuger de ce qui a fait choix-, recherchées, le troc, des pratiques monnayées comme celles qui ont lieu dans certains bars ou salons de massage, ou encore dans les rues". Le rapport ne s'interroge pas sur "comment un tel, une telle se met à offrir des services sexuels tarifés" mais sur ce en quoi une ville se trouve directement concernée dans ses propres projets et réalisations. Le rapport, qui devrait être rendu sous peu à la ville de Rennes, sera assorti de préconisations susceptibles de mettre en synergie les principaux acteurs de la vie collective et du lien social. Comme l'ont été les précédents rapports proposant par exemple des formations à destination des travailleurs sociaux ou des fonctionnaires de police quotidiennement en contact avec des auteurs de PST.
NB
Violence en milieu carcéral : rapport en cours en Bretagne et Pays de la Loire
Il est une loi, ou plutôt une hiérarchie entre les détenus qui prévaut dans toutes les prisons du monde : ceux qui n'ont pas été condamnés comme auteurs d'agressions sexuelles tiennent en piètre estime ceux qui l'ont été, font la loi et prennent souvent ces derniers comme souffre douleurs. Un phénomène qui engendre de gros problèmes d'insécurité et de non accès aux droits communs dans le milieu carcéral. Et même si chaque centre de détention tente de gérer au mieux la situation ("tolérance zéro" envers les détenus qui agressent leurs congénères, ou séparation des détenus par quartiers), les problèmes de contrôle et de supervision continuent de se poser. "L'institut a été mandaté par la région pénitentiaire Bretagne - Pays de la Loire pour faire un rapport sur cette question, explique toujours Loïck Villerbu. Nous avons choisi d'étudier ce qui entérine une telle situation". Les chercheurs ont ainsi visité différents lieux de détention dans la région, de nombreux entretiens ont eu lieu, une étude par questionnaires termine cette recherche. Les résultats de ce rapport seront transmis à la direction pénitentiaire d'ici la fin de l'année et devraient faire l'objet d'une communication.
NB
 Maison d'arrêt de Rennes
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