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La criminologie :
une discipline peu valorisée en droit

Copyright : Nathalie Blanc

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"La criminologie est l'étude du crime, du criminel et de la criminalité dans une perspective de réduction de cette dernière."

(Georges Fournier, professeur de sciences criminelles à la Faculté de Droit et de Sciences politiques de l'Université de Rennes 1, doyen honoraire)

 

Bien qu'intimement liées, les relations entre droit et criminologie ne vont pas de soi, c'est ce que nous explique Georges Fournier, doyen honoraire de la Faculté de Droit de l'Université de Rennes 1 qui replante pour nous quelques repères historiques.

La création récente de l'Institut de criminologie de Rennes, évoquée au début de ce dossier, témoigne de l'officialisation récente des apports que peuvent avoir les sciences humaines et sociales en criminologie. Mais qu'en est-il des rapports entre droit et criminologie ? On pourrait penser spontanément que ces deux mondes se côtoient quotidiennement, mais la réalité est toute autre... "La discipline "criminologie" est en général accueillie avec beaucoup de réserves dans les facultés de droit", explique le professeur Georges Fournier, doyen honoraire de celle de Rennes. Autre précision très significative : il n'existe pas en France de statut officiel de criminologue. Des particularités franco-françaises, qui, comme l'explique Georges Fournier, se sont forgées au fil du temps et imprègnent encore très fortement notre monde contemporain.

"Aujourd'hui encore, on a trop tendance à se référer aux débuts de la criminologie, c'est-à-dire à ses balbutiements, explique-t-il. Les travaux de Lombroso(1), à la fin du XIXe siècle, qui classait les criminels selon des paramètres anthropologiques ont en effet marqué les esprits", connotant la criminologie à quelque chose de faussement objectif et de peu sérieux. Ces travaux ont pourtant été très vite enrichis par des personnages comme Ferri et de Tarde(2) , qui introduisirent des données psychiques et psychologiques dans l'établissement des portraits de criminels. Mais ces criminologues ne tardèrent pas à entrer en conflit avec le droit pénal au début du XXe siècle : les premiers voulant tenir compte de l'individu ; le deuxième privilégiant la sanction dans le but unique et ultime de protéger la société. L'idée avait même été émise par certains criminologues que la criminologie pourrait complètement remplacer le droit pénal. "Ce fut un conflit très dur en France et ce jusqu'à la fin de la seconde Guerre Mondiale, poursuit Georges Fournier. Les premiers rapprochements ont eu lieu dans les années 60, avec, notamment, le traité de Bouzat (ancien professeur et doyen de la faculté de droit de Rennes) et Pinatel, qui associait droit pénal et criminologie ; on doit ensuite à Marc Ancel d'avoir rapproché humanisme et criminologie. Avec "l'école défense sociale nouvelle", ce dernier prônait le fait que la peine doit prendre en compte l'aspect moral des comportements infractionnels". Mais au final, il apparaît que cette réconciliation ne fut que partielle, ne laissant comme véritable trace que la mise en place de l'examen de personnalité (dans le code de procédure pénal de 1958) d'une personne amenée à être jugée, puis certaines mesures alternatives à la gestion pénale des infractions (par exemple la médiation) et à l'emprisonnement (par exemple, le travail d'intérêt général).

Aujourd'hui, plus que jamais, le droit pénal est l'arme absolue. Devant la montée de la violence, l'accent a été mis sur la répression et semble s'éloigner du traitement des causes de cette violence. Le monde de la justice continue de gérer la délinquance dans l'urgence et considère la criminologie comme une discipline abstraite et éloignée de la réalité, "alors qu'elle a au contraire une fonction forte pour faire évoluer le droit pénal, fait observer Georges Fournier. La criminologie a ceci de paradoxal qu'elle est une discipline subordonnée (composée de multiples autres disciplines) mais motrice ! Il ne faut pas en avoir une perception trop étroite sinon elle perd de son sens".

Ce passionné et "convaincu né" (il a lui-même suivi en parallèle des études de psychologie et de droit) milite depuis toujours pour faire reconnaître la nécessité de former à la criminologie tous ceux qui sont amenés à s'exprimer sur le comportement de délinquance, et enseigne par ailleurs le droit pénal aux psychologues. Il collabore avec Loïck Villerbu, directeur de l'institut de criminologie et de sciences humaines de Rennes depuis longtemps et a immédiatement adhéré au concept : "L'Institut doit nous permettre de contourner l'inertie actuelle et nous donner les moyens d'une véritable recherche transversale et productrice de résultats".

NB

Contact :
Georges Fournier, tél. : 02 23 23 76 53,
georges.fournier@univ-rennes1.fr


NOTES :
(1) Le médecin italien Lombroso (1835 – 1909) devint célèbre en concevant, en 1876, une théorie dite du criminel né.
(2) Le juriste et sociologue français Gabriel de Tarde (1843 – 1904) s'attaque aux idées de Lombroso avec ses travaux sur la psychologie sociale du comportement des individus.
Ferri (1856 – 1929) défendra une conception multifactorielle.