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Si l'on pose à quiconque la question du lien entre la criminologie et la médecine légale, il est fort à parier que la réponse sera la pratique de l'autopsie. Ceci est juste, mais incomplet. Explications.

"La médecine légale est la constatation sur un corps OU un esprit, d'une violence infligée par un tiers", énonce d'emblée Mariannick Le Gueut, directrice de l'institut médico-légal de Rennes. C'est pourquoi celle-ci navigue toujours entre ses deux bureaux : celui de l'institut, "chez les morts", et celui de l'hôpital, "chez les vivants" ! Ce deuxième aspect, souvent méconnu, représente pourtant fort heureusement l'activité principale du médecin légiste.
Une médecine en danger
C'est en partie pour palier à ce manque de visibilité que Mariannick Le Gueut créa, en 1982, une garde en médecine légale à l'hôpital, mais aussi surtout "pour agir au plus près de l'infraction, au plus près de la preuve, explique-t-elle. Il n'est pas difficile de comprendre que la constatation d'un viol ou de coups sera beaucoup plus efficace et pertinente quelques heures après leur survenue". Une démarche unique en France et au début mal comprise mais qui a fait ses preuves. Fermé malgré tout depuis un an, faute de moyens, le service de garde du CHU de Rennes ne devrait pas tarder à rouvrir dans de meilleures conditions. Or cet exemple pointe du doigt un problème typiquement français : le manque total d'organisation de la médecine légale. Il n'existe pas en effet, en France, -et il s'agit du seul cas en Europe-, d'unités de médecine légale clairement définies. "Les autopsies sont pratiquées, selon les villes, dans les facultés, les hôpitaux, les morgues ou les services de pompes funèbres..., poursuit-elle. La médecine légale n'est pas une discipline de soin et elle est donc souvent traitée de discipline périphérique... Alors qu'au contraire, il n'y a pas plus complet qu'un médecin légiste ! Celui-ci met en effet en œuvre toutes les connaissances médicales pour mettre en évidence la preuve d'infraction".
Médecine légale – médecine globale
Sur des victimes vivantes, le légiste aura à effectuer des examens tantôt traumatologiques, tantôt gynécologiques, tantôt psychologiques ou psychiatriques. Sur la scène d'un crime, il utilisera ses connaissances en anatomie et physiologie ; lors de l'autopsie, il aura à identifier les phénomènes cadavériques, fera pratiquer des expertises toxicologiques qu'il devra savoir déchiffrer..., bref, une véritable culture générale médicale. Le cheminement est le même que pour les autres champs de la médecine : de l'analyse au diagnostic ; seule la troisième phase, celle de la thérapie, se transforme ici en action de justice. Le blessé, ou le violenté, passe alors au statut de victime. Autre particularité du médecin légiste : il possède évidemment des connaissances en droit, assorties d'un goût certain pour l'enquête. "La pratique de l'autopsie est une forme d'expertise, précise encore Mariannick Le Gueut. La médecine légale c'est un état d'esprit ! C'est être un médecin ordinaire pour répondre à une question non ordinaire en médecine". Loin d'être enfermé dans une discipline, il s'agit donc d'un métier très ouvert et très complet qui nécessite des interactions avec la justice et la police. Car "un crime ne se résume pas à un coup de couteau ! Il y a tout le contexte, les personnalités du criminel et de la victime, le lieu, l'atmosphère psychique..." D'où le vœux de la responsable de l'Institut médico-légal de pouvoir un jour avoir vraiment l'occasion de travailler avec l'ensemble des collègues concernés (membres de police, de la justice, confrères psychologues, ...), afin de confronter et de fusionner les différentes approches. "Cela c'est passé récemment dans une affaire. Nous étions tous réunis autour d'une même table et ce jour là l'enquête a réellement avancé.". En France, le chef de l'enquête est le juge et on est bien loin des méthodes des "profilers" anglo-saxons. Mais peut-être devrait-on s'en inspirer un peu...
NB
Conatct : Mariannick Le Gueut, tél. : 02 23 23 49 70, mariannick.le.gueut@chu-rennes.fr
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