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Le mort, le flic et le dentiste
Déterminer l'identité d'un cadavre calciné ou celle d'un noyé ayant séjourné quatre semaines dans l'eau peut vite s'avérer un vrai casse-tête pour des enquêteurs "sur les dents" ! Dans certains dossiers criminels. C'est justement à des dentistes que la justice fait alors appel. Directeur de l'UFR dentaire de Brest et expert inscrit auprès de la cour d'appel de Rennes, Alain Zérilli est l'un d'entre eux.
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Alain Zérilli, doyen de la faculté de Brest.
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Doyen de la faculté de dentaire de Brest et expert auprès du tribunal de grande instance de Rennes, Alain Zérilli est un professionnel au parcours atypique. "Après avoir exercé 18 ans en "libéral" dans un cabinet dentaire dans le quartier de Recouvrance à Brest, j'ai décidé de redynamiser ma carrière. Je n'étais pas malheureux, mais j'avais besoin de nouveaux défis, notamment intellectuels". Sollicité par le professeur Eric Baccino qu'il avait rencontré à Casablanca durant son service militaire, Alain Zérilli décide alors de rejoindre une toute nouvelle structure au CHU Morvan de Brest : "Au milieu des années 1980, le professeur Baccino a rénové la chaire de médecine légale à Brest ; pour ce faire, il s'est entouré d'une équipe de spécialistes et m'a demandé si je voulais me joindre à cette nouvelle unité en qualité d'expert en odontologie légale, ce que j'ai accepté avec enthousiasme". Expert fraîchement émoulu après avoir prêté serment auprès de la Cour d'appel de Rennes, Alain Zérilli décide de reprendre des études en parallèle. Il passe une thèse de biologie cellulaire et pharmacologique, ce qui lui ouvre les portes d'une carrière universitaire. "Finalement, ce sont mes fonctions "médico-judiciaires" qui m'auront permis d'enseigner. Depuis l'année dernière je suis d'ailleurs devenu maître de conférence, dans la spécialité du droit médical applicable à l'odontologie et l'odontologie légale".
Quand le chirurgien-dentiste enquête...
Parmi les différents experts médicaux appelés à la rescousse par la justice, le chirurgien-dentiste tient une place éminente. Celui-ci a en effet la possibilité de "déchiffrer" les secrets de notre personnalité à partir de notre dentition. Même cariée, la dent est effectivement l'une des rares parties de l'anatomie humaine à résister aux affres du temps. Au même titre que d'autres spécialistes, tels les radiologues ou les toxicologues, le chirurgien-dentiste peut avoir un rôle important à tenir pour éclairer une instruction. "Notre spécialité nous permet par exemple de définir l'âge ou le sexe d'un cadavre décomposé, explique Alain Zérilli. En cas de morsures sur un corps, nous sommes également en mesure d'indiquer si elles ont été infligées par un être humain ou par un animal". Réquisitionné par le Procureur de la République, l'expert dentiste se rend dans les salles d'autopsies, accompagné le plus souvent d'un étudiant en odontologie : "Il n'y a aucun voyeurisme dans la démarche des étudiants, qui s'inscrit juste dans une perspective de recherche universitaire ; certains envisagent d'ailleurs d'effectuer leur thèse sur le sujet". Sur la base des dossiers fournis par les services judiciaires, le chirurgien-dentiste est généralement capable de confirmer en moins d'une heure l'identité ou non d'une personne : "Au moment de l'autopsie, nous effectuons un prélèvement de la mâchoire et nous étudions chacune des dents ; nous répertorions alors tous les éléments significatifs, comme les traces de tartre par exemple, mais surtout les soins effectués par les confrères. Grâce aux radios contenus dans le dossier dentaire de la victime présumée, nous effectuons alors une identification comparative". Même si le côté "macabre" est l'aspect le plus médiatisé de la mission d'un expert médico-légal, Alain Zérilli tient toutefois à préciser que 70% de ses interventions ont lieu sur des vivants : "En tant qu'expert indépendant, je suis sollicité par les assurances ou par la justice pour effectuer des expertises au niveau de la bouche et les dents de victimes, afin d'en estimer les dommages et les préjudices éventuels". Expérience unique dans une carrière professionnelle, Alain Zérilli avoue que ce travail d'expert lui a beaucoup apporté dans sa démarche de praticien : "Quand on est amené à travailler pour la justice, on n'apprend beaucoup sur l'être humain et sur la société ; on n'appréhende donc plus la pratique d'odontologie de la même façon".
Christophe Blanchard
Contact : Alain Zérilli, tel.02 98 01 65 92, alain.zerilli@univ-brest.fr
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