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Quand la biologie moléculaire s'invite aux assises

Copyright : Romain Allais

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Olivier Pascal, responsable de l'unité fonctionnelle des empreintes génétiques, au CHU de Nantes

 

À l'unité fonctionnelle des empreintes génétiques, au CHU de Nantes, on s'implique dans les affaires criminelles afin de mieux les résoudre. Rencontre avec son responsable, Olivier Pascal, qui cherche la vérité dans les brins d'ADN.

"S'il y avait eu le fichier national automatisé des empreintes génétiques(1), deux jeunes filles victimes de Guy Georges(2) auraient été épargnées". Pour Olivier Pascal, responsable de l'unité fonctionnelle des empreintes génétiques au CHU de Nantes, cet argument suffit à étouffer le débat sur les atteintes éventuelles à la liberté qu'un tel fichier pourrait entraîner. Le commun des mortels n'a rien à craindre, sauf s'il projette "de tuer sa belle-mère", plaisante-t-il.
Car en quinze ans, l'ADN est devenu un outil puissant pour résoudre les affaires criminelles. Finis les fins limiers à la Columbo qui résolvent les énigmes les plus mystérieuses par la seule force de leur déduction. Place aux enquêteurs en blouse blanche qui traquent les malfaiteurs à partir de leurs laboratoires.

Premières informations en six heures

L'unité de Nantes en est la parfaite illustration. Apparue en 1989 sur l'initiative d'Olivier Pascal et du professeur Jean-Paul Moisan, parti depuis créer sa propre structure privée à deux pas du CHU, elle se destinait alors à la recherche sur les maladies génétiques. Or petit à petit, les techniques utilisées se sont vues appliquées à un autre domaine : celui de la recherche d'empreintes génétiques.
"À l'époque, nous traitions 40 à 50 dossiers par an. Au 1er octobre 2003, nous en étions à 3 000 ! Ce qui, au début, nous changeait du quotidien, est devenu une industrie". Cette augmentation impressionnante s'est également accompagnée d'une amélioration des méthodes. "Depuis 1989, nous avons gagné un facteur 1 000 en sensibilité. Maintenant, en 6 heures, nous avons les premières informations". D'où l'intérêt croissant que suscitent, auprès des services de la police ou de la justice, ces investigations d'un nouveau genre.

Scientifique et détective

Olivier Pascal travaille entre autres avec la section antiterroriste de Paris. Il s'est également impliqué dans l'affaire Guy Georges en collaboration avec le juge Gilbert Thiel. Car ce pharmacien de formation est avant tout un homme de conviction pour qui le service public n'est pas une vaine idée. Se cantonner dans son laboratoire afin de "comparer A avec B" ne lui ressemble donc pas. Il se considère plutôt comme "un véritable auxiliaire de justice". Et d'ajouter : "Il est important de savoir ce que l'on cherche pour améliorer les chances de trouver des indices. On se rapproche ainsi d'un certain nombre d'enquêteurs pour qui c'est une vocation. On en finit même par délaisser sa vie familiale pour le travail !" Son métier, un sacerdoce ? "À mon faible niveau, j'essaie de faire quelque chose pour la société comme d'autres partent faire de l'humanitaire en Afrique".

Des propriétaires bien particuliers

Et que fait exactement Olivier Pascal pour la société ? Aidé de son équipe composée de dix techniciens, cinq secrétaires, deux experts dont lui, deux ingénieurs et un coordonnateur (voir article ci-contre sur Christian Pèlegrin), il retrouve des propriétaires bien particuliers qui laissent malgré eux des traces d'ADN sur des lieux de crimes.
Lorsqu'un forfait est commis, tout élément contenant du sang, de la salive, du sperme, des cheveux ou autre substance organique est mis sous scellé et peut être ainsi envoyé à l'unité nantaise. Celle-ci en extrait l'ADN. Souvent en quantité trop faible, celui-ci doit être "photocopié" en plusieurs milliers d'exemplaires par la méthode dite PCR (Polymerase Chain Reaction)(3). Ensuite, on révèle les régions variables de cet ADN, qui sont spécifiques d'un individu, grâce à des marqueurs fluorescents pour établir l'empreinte génétique. On compare enfin cette dernière avec celle des différents protagonistes du crime. Si rien n'est concluant, l'empreinte génétique est alors confrontée au Fnaeg. Dans ce cas, deux possibilités : soit l'empreinte correspond à un individu déjà connu, soit elle vient alimenter la base du fichier.

ADN mitochondrial

Il existe également une autre méthode que l'unité nantaise a mise au point pour la première fois en 1995 : des analyses non plus sur l'ADN qui se trouve dans le noyau des cellules, mais sur celui qui se situe dans les mitochondries. Ces organites, fournisseurs d'énergie pour la cellule, possèdent un ADN qui ne se transmet que par la mère. Tous les résultats provenant d'une analyse d'ADN mitochondrial sont donc à prendre avec une grande précaution car un frère, une sœur ou un cousin issu de la famille maternelle détiennent le même ADN mitochondrial. En revanche, il est souvent moins dégradé que l'ADN nucléaire car les mitochondries sont très résistantes. De plus, il se retrouve en plus grande quantité. Enfin, il est souvent présent quand l'ADN nucléaire fait défaut, comme dans les tiges de cheveu sans bulbe, par exemple.
Ces méthodes représentent donc des outils puissants pour résoudre les affaires criminelles. Mais attention, "l'empreinte génétique n'est qu'un élément du dossier, précise Olivier Pascal, on ne doit pas le prendre isolément". C'est juste une donnée supplémentaire qui permet, on peut l'espérer, de confondre d'autres Guy Georges plus rapidement.

RA

Contact :
Olivier Pascal,Responsable de l'unité fonctionnelle des empreintes génétiques, CHU de Nantes, tel.02 40 08 40 24,
o.pascal@chu-nantes.fr

NOTES :
(1) Le fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg) a été créé par la loi du 17 juin 1998 et ne s'appliquait qu'à la délinquance à caractère sexuel. La loi du 15 novembre 2001 a étendu son champ d'application aux crimes d'atteintes graves aux personnes. Depuis le 18 mars 2003, le Fnaeg concerne presque tous les crimes et délits.
(2) Guy Georges, surnommé le tueur de l'Est parisien, a violé et assassiné sept jeunes femmes et agressé une dizaine d'autres. Son enregistrement au Fnaeg aurait permis de l'arrêter dès son cinquième meurtre, sauvant ainsi ses deux dernières victimes.
(3) Chaque brin d'ADN trouvé sert de matrice pour un nouveau brin qui lui est complémentaire. Il s'agit en fait d'une amplification de la synthèse naturelle d'ADN.