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Un policier au laboratoire
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Un policier au laboratoire

Copyright : Nathalie Blanc

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Christian Pèlegrin, retraité de la brigade criminelle.


Jeune retraité de la brigade criminelle, Christian Pèlegrin a changé de décors : quittant Paris pour Nantes, il est aussi passé du terrain au laboratoire. Histoire d'une reconversion pas ordinaire.

Copyright : Schwartz

Entré un peu par hasard à la brigade criminelle en 1983, Christian Pèlegrin s'est vite passionné pour son métier. Car pour qui aime mener l'enquête, "la crim", comme on la surnomme, propose du haut niveau. D'inspecteur principal à commandant fonctionnel (le plus haut grade dans la fonction), il sera amené à couvrir des affaires de retentissement national telle que celle de Guy Georges.
Ce qu'aime Christian Pèlegrin par-dessus tout dans son métier, ce sont évidemment les travaux d'enquête et d'investigation qui impliquent de nombreux déplacements, du contact et qui requièrent de la rigueur et surtout de la pugnacité. L'affaire Guy Georges l'aura par exemple mobilisé pendant cinq années avant de trouver l'issue que l'on connaît : l'arrestation du tueur de l'Est parisien, confondu grâce à des traces d'ADN.
Difficile alors d'envisager le calme de la retraite à 55 ans... Donc, à l'heure où ses collègues choisissent de se reconvertir à des postes de surveillants, d'agents de sécurité ou de renseignements, Christian Pèlegrin, quant à lui, opte pour une solution plus originale mais qui lui correspond pleinement : il rejoint l'unité fonctionnelle des empreintes génétiques au CHU de Nantes, répondant à "l'invitation" de son responsable Olivier Pascal (voir article ci-contre), et devient ainsi le premier fonctionnaire de police à intégrer un laboratoire de police criminelle externe à la structure policière. "Je travaillais avec le laboratoire de Nantes depuis plus de dix ans. Je connaissais donc très bien Olivier Pascal, qui m'a offert cette opportunité magnifique de venir le rejoindre", explique-t-il.
L'idée d'Olivier Pascal d'associer expert scientifique et enquêteur est en effet très pertinente. "C'est une nouvelle façon de travailler, très proche de la réalité", précise encore Christian Pèlegrin. À l'interface entre la police et le laboratoire, celui-ci permet aux deux mondes de mieux communiquer. Il connaît et comprend par exemple parfaitement les besoins de ses anciens collègues ; il passe du temps à discuter avec les enquêteurs pour connaître les circonstances du délit : position dans laquelle a été retrouvé le corps, conditions dans lesquelles la victime a été dévêtue quand il s'agit d'un viol,... autant d'indices qui vont l'aider à guider le travail des techniciens qui, en laboratoire, réalisent les prélèvements. "Il existe maintenant un produit, appelé "blue star", qui permet de révéler très facilement les tâches de sang lavées. Mais quand il s'agit de traces d'ADN, il faut savoir où les chercher, sinon, on peut passer à côté de quelque chose ! J'ai "l'esprit flic", j'ai gardé certains réflexes !"
L'ex de la brigade criminelle apporte également la culture policière au personnel administratif du CHU peu familier du jargon de la police mais aussi de celui de la justice. Quand cela est nécessaire, l'ancien policier se rend d'ailleurs sur les lieux de la scène pour vérifier que les scellés sont réalisés dans les conditions conformes et rapatrier des pièces à analyser. "Car un scellé non conforme peut être un argument repris par la justice et remettre tout en question", poursuit Christian Pèlegrin.
Mais s'il est aujourd'hui de l'autre côté du décor, Christian Pèlegrin ne jure pas pour autant que par les analyses d'ADN. "Je trouve qu'actuellement l'utilisation que l'on fait de ces techniques est excessive. Les enquêteurs ont tendance à trop s'appuyer sur les analyses, au détriment de l'enquête elle-même, explique l'ancien policier. Car en plus, ce genre de recherche a un coût et parfois le rapport entre le préjudice et l'investissement est vraiment disproportionné. La recherche d'ADN n'est qu'un instrument dans l'établissement de la preuve mais pas la panacée !" Et Christian Pèlegrin de regretter le temps des filatures interminables qui obligent à ressortir à minuit, l'heure du crime, pour tenter de croiser des éventuels témoins... On ne se refait pas !

NB

Contact :
Christian Pèlegrin, unité fonctionnelle des empreintes génétiques, CHU de Nantes, tél. : 02 40 08 40 24,
cpelegrin@chu-nantes.fr