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Jardins médicinaux ensemencés de par le monde De la nécessité de renouer avec le végétal
Par choix, ou plus souvent par nécessité, 80% de la population mondiale se soigne en ayant recours aux ressources des pharmacopées locales(1). Basé dans le Finistère, l'ethnopharmacologue Jean-Pierre Nicolas, avec son association Jardins du monde, prône le recours aux plantes médicinales.
Nebaj, jardin pilote
Dans le nord du Guatemala, autour de la ville de Nebaj, l'Apaptix (Association de promoteurs agro-vétérinaires du triangle Ixil) est composée de nombreux agents de santé. Dans leur laboratoire, ils élaborent, à partir de plantes médicinales du jardin central, des produits médicinaux qu'ils proposent dans la pharmacie communautaire. Le suivi de ce projet pilote est assuré par Jardins du monde, et plus particulièrement par l'ethnobotaniste Pierre Potié, ce qui permet à l' Apaptix de devenir une véritable référence en matière de phytomédicaments et d'infrastructures en zone rurale.
À proximité du cloître médiéval, le jardin de l'Abbaye de Daoulas héberge plus de 240 plantes médicinales des cinq continents. "D'emblée, j'ai pensé pédagogie et déambulation, tout en faisant un clin d'œil aux cultures qui nous ont apporté leur savoir", commente l'ethnopharmacologue Jean-Pierre Nicolas, initiateur des travaux de réaménagement en 1997. Mais aussi fondateur et directeur de Jardins du monde(2) (JDM). Cette association valorise, depuis 1992, l'usage des plantes médicinales dans les régions rurales subtropicales. "Support de la poésie et de nos rêves, les plantes sont tout simplement indispensables à la vie de notre espèce. Chacune de nos cultures les a intégrées dans son système de pensée" rappelle-t-il. Le siège se situe à Brasparts, près de Huelgoat dans les mots d'Arrée. Dans l'ombre portée d'une bibliothèque croulant sous les herbiers et les flores amassés, Anne Lindsey, la coordinatrice des projets, s'affaire. Jean-Pierre, un pied en partance, un autre en Centre Bretagne, prépare, après avoir donné une série de cours à la faculté de pharmacie de Lille 2 et à la société française d'ethnopharmacologie de Metz, son départ imminent pour Madagascar... Sur la recommandation du botaniste de renom Jean-Marie Pelt(3), le travail ardu de l'association fut récompensé le 23 septembre dernier, par le prix "Clarinsmen Environment". Mais le quotidien bouillonnant n'a guère de pitié pour ces rares moments de contentement. Jean-Pierre et son équipe de volontaires diplômés en pharmacie, ethnologie, anthropologie, médecine... s'évertuent, jour après jour, à soulager les maux. Il ne s'agit pas d'une communauté de doux rêveurs des Monts d'Arrée, mais d'une équipe de scientifiques rodés, à la fibre humanitaire et nomade, venus de tous les coins de France.
 Lu et Lix, respectivement jardinier et promoteur de santé, travaillent dans le jardin de plantes médicinales de Nebaj (Guatemala).
Des savoirs en danger
Animé par son désir de transmettre, et de développer un réseau de scientifiques attentifs aux savoirs indigènes reliés au végétal, il met en place, en 2000, à l'Université de Lille, un diplôme universitaire d'ethnobotanique appliquée, diplôme unique en France. Car il y a urgence, "urgence dans la cueillette de ces savoirs, fragments d'héritages, de coutumes ancestrales sans cesse élimées par la chaîne des générations." Le ton devient sourd. "Alors que les antibiotiques sont disponibles, on meurt aujourd'hui dans les pays du sud de diarrhée, déshydratation, infections respiratoires aiguës...". Le système de santé moderne s'avère incapable de répondre aux nécessités des populations les plus démunies. L'usage des simples, comme on les appelle depuis le Moyen Age, doit être maintenu, renforcé. "Un pied d'Aloe vera pour soigner une brûlure, c'est le début de l'autonomie !" En amont, les enquêtes ethnobotaniques ; en aval, l'anthropologie médicale qui apporte les réponses appropriées en terme de soins, selon les représentations de la santé et de la maladie des populations locales. En laboratoire, Jean-Pierre et son équipe effectuent des analyses scientifiques afin de valider les propriétés thérapeutiques des plantes et de promouvoir leur usage sans risque. Ils étudient les remèdes possibles aux parasitoses majeures : paludisme, leishmaniose... Le partage de ces données a lieu lors du retour sur le terrain : formation d'agents de santé, mise en place de jardins médicinaux et de pharmacies communautaires, publication de matériel didactique... En septembre 1978, à la conférence d'Alma-Ata, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), estimait qu'en l'an 2000, tous les peuples de la planète auraient accès "à un niveau de santé leur permettant de mener une vie fructueuse". Le cap de cette date symbolique est allégrement franchi. Réaliste, Jean-Pierre Nicolas l'est assurément. Et son jugement modelé à partir de la terre du chemin ne souffre aucune réplique. Au retour du de l'Honduras en juin dernier, il soupirait : "la privatisation de la santé laisse sans moyens le secteur hospitalier : pénurie de médecins, coupures d'électricité, absence de médicaments, saturation de l'accueil des malades...". Dans son programme 2002-2005, l'OMS exprime la nécessité d'intégrer la médecine traditionnelle aux systèmes de soins de santé nationaux.
"Un échange entre humain et plante"
Si la situation sanitaire au sud est préoccupante, le nord n'est pas exempt de souffrances. "Notre société urbanisée, si elle continue à utiliser le végétal dans sa thérapeutique en extrayant ses principes actifs ou tout simplement en recopiant ceux-ci, ignore cet indispensable échange entre humains et plantes" dénonce Jean-Pierre. L'équipe réfléchit à la création d'un centre de formation en Centre Bretagne afin de développer des activités d'éducation à la santé.
CB
Contact : Association Jardins du monde, tél. : 02 98 81 44 71, jardinsdumonde@wanadoo.fr, www.jardinsdumonde.org
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Jean-Pierre Nicolas, ethnolpharmacologue, fondateur et directeur de Jardins du monde. |
Flora armorica & Flora celtica
En France, l'association Jardins du monde s'attache au développement du projet Flora armorica (en Bretagne historique) intégré au programme Flora celtica. Ce dernier consiste à collecter les savoirs traditionnels liés aux plantes parmi les pays de langue ou tradition celtiques. Les enquêtes menées par des bénévoles s'effectuent peu à peu dans tous les coins de Bretagne : Marie-Laure en Pays bigouden, Florence sur l'île d'Ouessant et Plougastel-daoulas,Plougastel-Daoulas, Cindy à Brasparts... Le but étant de publier, à terme, un ouvrage exposant ces résultats, et de les comparer à ceux obtenus dans les autres pays celtiques.
L'Aloe vera
Nom espagnol : Sabila ; nom k'iché : Pimki Propriétés : il semble que le gel d'aloès empêche la formation du thromboxane B2 et de la prostaglandine FGF2 (alpha) qui sont des vasoconstricteurs et des agrégants plaquettaires. Ainsi la circulation au niveau de la peau* chez les brûlés serait conservée et permettrait une meilleure cicatrisation. (...) Usage médical : constipation, gastrites, brûlures, plaies, dermatoses, herpès, inflammations, règles irrégulières, diabète. Discussion : l'utilisation du gel d'Aloe vera est recommandée en usage externe pour les affections cutanées. De plus, la culture de la plante près des habitations est conseillée, d'autant plus que la population ne possède pas de pansements (ni souvent de produits désinfectants). Sources : Extrait de la thèse de doctorat de Jean-Pierre Nicolas, Plantes médicinales des Mayas K'iché du Guatemala, 1999.
*Régénération de la peau.
À lire
Plantes médicinales des cinq continents, Abbaye de Daoulas, 2002 Plantes médicinales de Bretagne et d'Europe de l'Ouest, Abbaye de Daoulas, 1999 Jean-Pierre Nicolas, Plantes médicinales des Mayas K'iché du Guatemala, Ibis press, 1999
Rens. : Ouvrages disponibles à l'Abbaye de Daoulas et au siège de Jardins du monde

Jardins de l'abbaye de Daoulas
NOTES : (1) Sources : Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (2) Le conseil d'administration de Jardins du monde est assisté d'un comité scientifique composé de membres du laboratoire de botanique de la faculté de pharmacie de Lille II et de la Société française d'ethnopharmacologie de Metz. (3) Jean-Marie Pelt est le président de l'Institut européen d'écologie.
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