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20 000 Watts sous les mers
Le principe fondamental n'est pas nouveau : utiliser l'énergie de l'eau pour produire de l'énergie. Les barrages hydroélectriques le font depuis de nombreuses années. L'innovation vient de la nature de la force hydrique : les courants marins. Avec seulement trois sites au large de la Bretagne, il y aurait de quoi produire autant d'énergie qu'une centrale nucléaire !

Hervé Majastre, cogérant d'Hydrohelix.
Il existe principalement deux types de courants : les courants thermiques tels que le Gulf stream et les courants de marée. Ces derniers sont très propulsifs : 14 nuds à La Hague, 8 nuds près de Sein ou encore 10 nuds à Ouessant. Ces sites font de la France le deuxième gisement européen en terme de ressource hydrocinétique. Il ne semble alors pas farfelu de penser à utiliser ces courants de la même manière que les éoliennes utilisent le vent. Née en 2000, la société Hydrohelix basée à Quimper, uvre pour le développement de l'utilisation de cette ressource pour créer de l'énergie respectueuse de l'environnement. Le projet a, à ce jour, disposé de 150 k de la part de l'Ademe(1) qui vient de renouveller sa confiance avec une nouvelle subvention de 35000. Selon Hervé Majastre, cogérant de la société, les promoteurs du projet sont des "évangélistes" dans ce domaine. "Jusqu'à présent, les rapports officiels sur le développement des énergies renouvelables ne mentionnaient jamais l'utilisation des courants de marées pour la création d'électricité. Ce n'est que dernièrement que le ministère semble avoir pris conscience du potentiel de cette ressource. Pourtant l'idée n'est pas nouvelle. Par exemple, au Royaume-Uni, l'énergie hydrocinétique est citée régulièrement dans chaque rapport sur les énergies vertes depuis près de dix ans ! Technologiquement, les Britanniques sont bien plus avancés que les Français pour passer à une phase industrielle efficace. De nombreux projets sont déjà développés à l'étranger, notamment en Norvège où des turbines sont déjà raccordées au réseau."

Des "éoliennes" sous-marines
Mais comment exploiter au mieux ces courants ? La solution préconisée par Hydrohélix est désarmante de simplicité. Une série d'hélices ancrées sur le fond et encastrées dans une carène est orientée perpendiculairement au sens de la marée. Ni plus, ni moins qu'une rangée d'éoliennes sous-marines donc ? Effectivement, il y a des similitudes sur le principe, mais le fait de se situer en milieu marin offre des avantages tout en créant plusieurs contraintes. Le principal inconvénient est lié à la maintenance des machines. On comprend facilement qu'entretenir des machines sous la mer, dans des régions où le courant est, par définition, puissant, ne doit pas être de tout repos. Pour Hervé Majastre, cela ne pose pas dans la pratique de problème majeur : "Les éoliennes également nécessitent un entretien ! Le fait de devoir aller en mer est probablement plus complexe à organiser, mais la maintenance en elle-même ne pose pas de souci particulier. Il faut également se rendre compte que, pour le même nombre de machines, le rendement sous-marin est bien meilleur que celui d'un parc d'éoliennes ! Donc, pour la même quantité d'énergie produite, on a moins de machines, donc moins de maintenance."
Désenclaver la Bretagne
Il faut aussi prendre en compte l'aspect prédictible des courants de marées. Les calendriers très précis édités par le Shom(2) permettent de connaître la force motrice qui sera disponible à n'importe quel moment sur les différents sites. Chose impossible pour le vent ! En exploitant les trois sites les plus intéressants : Raz de Sein, Ouessant et Raz Blanchard, la production de base d'énergie serait de 3 GigaWatts (6 GW en pointe) soit l'équivalent de la production d'une centrale nucléaire, avec un coût de 3 à 6 centimes pour 1 kW/h. Hervé Majastre est convaincu que cette énergie permettrait de désenclaver la Bretagne : "La Bretagne est énergétiquement dépendante. Localement, elle n'est alimentée que par deux centrales : Cordemais et Flamanville. Utiliser les ressources marines pour produire une électricité "propre" et économique permettrait à la Bretagne de gagner en indépendance. De plus cette activité génèrerait environ 6 000 emplois dans la région, non délocalisables bien évidemment !". Hydrohelix finalise actuellement un partenariat d'industriels locaux pour proposer au ministère de l'Industrie la réalisation d'une opération de démonstration d'1 MW sur le littoral finistérien. Le potentiel total des côtes françaises est estimé à 10 GW dont plus de la moitié en Bretagne. Selon les porteurs du projet, l'exploitation de cette ressource serait économiquement profitable et permettrait à la France de contribuer de manière significative à la lutte contre les rejets de gaz à effet de serre sans pour autant s'enfermer dans une solution 100% nucléaire.
VD
Contact :
Hervé Majastre, cogérant avec Jean-François Daviau, tél : 02 98 10 12 35
http://www.hydrohelix.fr
NOTES :
(1) Ademe : Agence pour le développement et la maîtrise de l'énergie.
(2) Au sein de la Marine nationale, le Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom) réalise notamment de la collecte de données pour réaliser des cartes ou autres outils prédictifs.
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