Comment ça marche ? L'humus

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Comment ça marche ? L'humus

 
 

 

L'humus

 

 

 

 

Octobre arrivant, les feuilles des arbres nous offrent un spectacle magnifique en se parant des couleurs chaudes de l'automne : jaune doré et rouge flamboyant. C'est le moment idéal pour aller faire une balade en forêt. Bottes, blouson, paniers à champignons, tout le monde s'équipe pour aller fouler l'épais tapis feuillu qui se dépose aux pieds des arbres. Des feuilles qui bientôt se transformeront en humus. Explication.

L'humus provient de la matière organique fraîche (MOF). En forêt, la MOF est constituée des débris d'animaux et de végétaux qui se déposent sur le sol ou qui en font partie intégrante, comme les racines mortes. Dans le langage du sol, cet horizon (ou couche) se nomme la litière. Feuilles mortes, brindilles, aiguilles de pins ou autres éléments de la MOF sont formés de grosses molécules, comme la cellulose ou la lignine. Sous l'action des organismes vivants du sol, ces macromolécules subissent une décomposition qui a pour effet de produire des molécules plus simples. Ces composés simples peuvent ensuite suivre deux voies : celle de la minéralisation primaire qui libère des composés minéraux (sulfates, phosphates, CO2...) ou celle de l'humification qui produit des molécules organiques nouvelles, plus complexes, dont l'ensemble forme l'humus stricto sensu. À la fin, ces composés humiques se minéralisent à leur tour. Cette minéralisation, dite secondaire, est beaucoup plus lente que la minéralisation primaire.
L'humus se lie généralement à des argiles, ou autres minéraux fins du sol, pour former des complexes argilo-humiques qui se matérialisent par de petits agrégats. Ces complexes jouent un rôle essentiel sur la structure du sol, sur ses propriétés mécaniques, physiques, hydriques et chimiques.


Les " techniciens " de l'humification

Les bactéries, les champignons et l'ensemble de la faune du sol (acariens, lombrics,...) participent activement, directement ou non, aux processus d'humification. Les bactéries et les champignons s'activent à décomposer les macromolécules de la MOF. Comme ni les uns, ni les autres ne sont capables d'ingérer ces grosses molécules, ils produisent des enzymes qui réalisent le travail. À partir des composés simples obtenus, certaines bactéries fabriquent des composés humiques.
Le rôle de la faune est multiple : fragmenter la litière, creuser des galeries (très importantes pour l'aération du sol), organiser le brassage des particules minérales et organiques en enfouissant la MOF et en remontant des éléments minéraux. Par exemple, pour le creusage d'un nid de fourmis Atta (Amérique), jusqu'à 40 tonnes de terre peuvent être remuées. Enfin certains animaux, dont les lombrics, jouent un rôle essentiel dans la fabrication des complexes argilo-humiques. En ingérant des particules de terre avec leur nourriture, ils mélangent particules minérales et organiques dans leur tube digestif et rejettent ensuite l'ensemble dans la nature sous forme d'agrégats.(voir article 16 et 17.


Les différents types d'humus

Prudence, il y a humus et humus ! Parfois, le terme " humus " peut être pris dans un sens plus large que celui décrit précédemment, et notamment lorsque l'on parle des " types d'humus ". L'humus désigne alors l'ensemble des couches du sol colorées par la matière organique. On distingue les humus formés en milieux bien aérés (mull, mor et à un degré moindre moder), des humus formés en milieux mal aérés (tourbe, anmoor).
Le mull ou " humus doux " caractérise les sols peu acides, sur lesquels s'observe une végétation améliorante (ormes, tilleuls). L'activité biologique, et notamment celle des lombrics, y est très efficace. La litière se décompose rapidement (environ un an). Les complexes argilo-humiques sont abondants et confèrent au sol une structure grumeleuse et douce.
Le mor ou " humus brut " s'observe sur les sols très acides à faible activité biologique, essentiellement celle de champignons. La litière s'accumule à la surface et se décompose très lentement (plus de 10 ans). Les composés minéraux et organiques se superposent mais ne s'associent pas. Les humus bruts caractérisent des milieux difficiles : climat froid et humide (haute montagne), roche mère sableuse, MOF difficile à décomposer (aiguilles, bruyère). Le plus connu est la " terre de bruyère ".
Enfin, la tourbe et l'anmoor se rencontrent dans des milieux dépourvus d'oxygène de façon quasi permanente (tourbe) ou temporaire (anmoor). Dans de tels milieux, les conditions de vie sont rudes et freinent l'activité biologique. La matière première a un rôle essentiel sur la nature de la tourbe formée. S'il s'agit de débris de mousses (sphaignes), la tourbe est très acide. En revanche, s'il s'agit de roseaux, la tourbe formée est caractérisée par un pH neutre.

Conseil aux jardiniers : vous pouvez rendre une terre plus acide en lui incorporant de la tourbe blonde ou de la terre de bruyère. Bonnes plantations !



Texte rédigé par Angélina Blais du Centre de Vulgarisation de la Connaissance,
Université Paris-Sud XI,
http://www.cvc.u-psud.fr