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2e édition du colloque
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Humains les Hommes ?

Directeur de l'UFR sciences humaines de l'Université de Rennes 2, Gérard Guingouain a été invité à conclure la deuxième édition de ce colloque "Tic et cité" en apportant son regard de psychosociologue sur l'acceptabilité et les usages des nouvelles technologies.

Copyright : Nathalie BlancSciences Ouest : Vous avez conclu le colloque en évoquant un modèle "technopsychosocial". Pouvez-vous nous repréciser cette notion ?
Gérard Guingouain :
Ce modèle qui se réfère au modèle biopsychsocial maintenant admis en santé illustre le fait que l'on distingue aujourd'hui trois niveaux dans l'acceptabilité et les usages que l'on peut faire d'un objet ou d'une technologie. Le premier niveau concerne la faisabilité technique qui est du ressort des ingénieurs et des ergonomes ; le deuxième niveau, psychologique concerne l'acceptabilité personnelle (goûts, besoins) et sociale (il faut que ce soit utile à l'individu dans son interaction avec son milieu). L'acceptabilité sociale est celle du sujet inséré, sensible au regard des autres ; le troisième niveau enfin, social, s'intéresse aux utilités et contraintes économiques et sociales. Or ce modèle s'applique de façon étonnante : On connaît l'effet des attentes, en psychologie. L'étude de ces attentes permet , pour une part non négligeable, de prévoir et d'analyser ces comportements en société.

S.O. : Ce côté imprévisible et dépendant du regard des autres, c'est notre côté humain en somme ! C'est plutôt rassurant ?
G.G. :
Oui, en effet. Le propre de l'individu est qu'il construit sa personnalité selon deux mécanismes : être identique aux individus de son groupe d'appartenance sociale et en même temps différent, afin d'apparaître comme un être remarquable !
Et puis l'Homme a aussi des comportements non rationnels (du moins du point de vue du raisonnement scientifique "pur"). Un exemple pour illustrer ce propos : lors d'une étude menée il y a plusieurs années pour mettre au point un système de cartographie des alentours du port de Brest, il est apparu que les gens préféraient utiliser et se repéraient mieux avec des bâtiments schématisés ou simplement décrits par un mot qu'avec une représentation faites à partir de photos réelles du site ! Le symbole compte plus que la vérité.
Autre exemple : nous avons été sollicités il y a quelques années par la Cogema pour travailler sur l'épineux problème du choix des tenues de travail en milieu dangereux. : Il s'est avéré que ce n'était pas tant la qualité technique de ces tenues parfaitement conçues par les ingénieurs qui importait que la perception, très subjective, qu'en avaient les utilisateurs. Qu'elle soit dans une matière qui rappelle le papier, elle est immédiatement connotée comme fragile et peu sûre malgré l'assurance et la connaissance des tests. Il est souvent long et difficile de faire changer cette perception qui ne dépend pas seulement de la raison. On est vraiment dans une situation où le vraisemblable compte plus que le vrai !

S.O. : Vous venez de nous citer deux exemples de collaboration. Est-il vrai que vous êtes, en tant que directeur de l'UFR de sciences humaines, de plus en plus sollicité ?
G.G. :
C'est une évidence ! J'ai même l'impression qu'il n'existe plus de projets qui n'incluent une part de sciences humaines ! L'aspect humain devient un critère régulier dans les appels d'offres. Ce n'est pas tant le directeur d'UFR qui est sollicité que les directeurs de laboratoires.

S.O. : C'est plutôt une bonne nouvelle ! Mais comment expliquez-vous ce nouvel engouement ?
G.G. :
Je pense que l'on arrive à un palier. La technologie va vite, très vite, et on ne veut pas qu'elle nous échappe. Avec le développement incroyable de l'informatique, on a phantasmé sur un Homme clone de l'ordinateur. Je pense notamment à tous les projets d'intelligence artificielle. Aujourd'hui, on se rend compte que l'être humain n'est pas rationnel, du moins de cette manière, il a ses stratégies propres et il est soumis à toutes sortes de pressions sociales. Il me semble, par ailleurs, qu'on est passé de la technique pure aux usages. L'analyse des publicités est aussi très parlante : ce sont, en effet, plus les usages que les performances de l'appareil qui sont aujourd'hui mis en évidence. Mais sur cet aspect, je déborde de mon domaine de compétences et un sociologue vous en dirait plus et mieux que moi !

S.O. : Comment cela se traduit-il concrètement au niveau de vos activité de recherche ?
G.G. :
C'est tout d'abord un accroissement considérable de l'activité de la recherche en sciences humaines, du moins à notre niveau. Une cellule de gestion de la recherche a été véritablement créée et développée au cours du mandat 2000 – 2005 au sein de l'UFR sciences humaines. C'était un choix politique de développement de la recherche, c'est devenu une nécessité au regard de l'activité des laboratoires. Nous sommes donc mieux armés pour répondre aux appels d'offres, depuis quelques temps beaucoup plus nombreux, et du coup, notre budget est passé, en termes de conventions, de 300 000 à 844 000 euros en 5 ans ! Nous sommes beaucoup plus visibles et mieux identifiés. Aujourd'hui, c'est clair : nous ne manquons plus de projets mais de chercheurs. Que les étudiants ne s'inquiètent pas : il y a du travail en sciences humaines !

Propos recueillis par Nathalie Blanc

Contact :
Gérard Guingouain, tél. : 02 99 14 19 00,
gerard.guingouain@uhb.fr


Des labos à l'interface

La cellule recherche de l'UFR sciences humaines

Les Tic représentent un sujet que l'on retrouve significativement dans 3 des 5 composantes de la cellule recherche de l'UFR de sciences humaines : en psychologie (CRPCC), en sociologie (Las) et en sciences de l'éducation (CREAD).

Centre de recherche en psychologie, cognition et communication (CRPCC)
Directeur : Jean-Émile Gombert.

  • Laboratoire de psychologie du développement (LPD)
  • Laboratoire de psychologie expérimentale (LPE)
  • Laboratoire de psychologie sociale (Laureps)

Laboratoire d'anthropologie et sociologie (Las)
Directeur Armel Huet.

  • Laboratoire de recherche en sciences humaines et sociales (Lares)
  • Laboratoire interdisciplinaire de recherches linguistiques (LIRL)
  • Laboratoire d'analyse du développement des espaces et des changements sociaux (Ladec)
  • Centre d'étude et de recherche sur les transformations de l'action collective (Certac)
  • Programme info com sur les Tic (P Musso)
  • Programme santé (M Calvez)

Centre de recherche sur l'éducation, les apprentissages et les didactiques (CREAD)
Directeur Gérard Sensevy.

Psychopathologie et champs cliniques
Directeur Laurent Ottavi.

  • Laboratoire cliniques criminologies (CC)
  • Laboratoire de cliniques psychanalytiques

Institut de criminologie et sciences humaines (ICSH)
Directeur Loïc Villerbu

UFR des arts, lettres et communication

Au sein de l'UFR Arts-Lettres-Communication, une autre équipe travaille sur les nouvelles technologies, leur diffusion, leur réception, leurs effets en termes d'organisation, de pratiques sociales, de choix linguistiques, de rapports langagiers homme-machine :


Équipe de recherche sur la diversité littéraire et linguistique du monde francophone (Erellif)
Directeur Philippe Blanchet

  • Centre de recherches en sciences de l'information et de la communication (Cersic)
  • Centre de recherche sur la diversité linguistique de la francophonie (Credilif)


Rens. : www.uhb.fr