Actualité : Concordia, une nouvelle station en Antartique

ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 2005 > 219 > Gros plans > Actualité : Concordia, une nouvelle station en Antartique
Actualité : Innover au féminin
Actualité : Concordia, une nouvelle station en Antartique
Entreprise : Etendre l'usage des technologies vocales
Comment ça marche : Le scanner et l'IRM

 

 

 

Concordia,
une nouvelle station en Antarctique


 

La France et l'Italie ont annoncé l'ouverture à l'hivernage de leur station Concordia au cœur de l'Antarctique. Treize personnes vont y vivre isolées, sans possibilité de secours jusqu'en novembre, traversant un hiver sombre où le thermomètre descend à –80 °C.

Copyright : Sebastien PanouClaire Le Calvez a rencontré l'Antarctique par hasard. "Je ne savais même pas qu'on pouvait y aller". C'était en 2002, devant une petite annonce. Née à Lannion, cette ingénieure de 29 ans allait plaquer son boulot en région parisienne pour un premier hivernage à Dumont d'Urville, sur la côte de Terre Adélie. Aujourd'hui, elle est chef technique de la toute nouvelle station Concordia, et seule femme, à 1 100 km à l'intérieur du continent.
L'été tire à sa fin. Il fait -45°C. Et le dernier avion, un petit Twin Otter rouge et blanc, vient de l'abandonner là, au milieu de nulle part, avec 12 compagnons d'hivernage. "Je trouve beau l'infini, disait-elle avant son départ. C'est impressionnant de tourner sur soi en voyant toujours l'horizon".
Dôme C, l'emplacement de Concordia, culmine à 3 300 m. Mais la pente du plateau est tellement douce jusqu'à la côte que le paysage paraît plat. Du blanc à perte de vue, avec une croûte de glace à peine ciselée de reliefs poussés par les vents.

Copyright : Sebastien Panou

L'Institut polaire français Paul-Emile Victor a annoncé le 15 février l'ouverture officielle de la base franco-italienne. C'est l'aboutissement de plus de dix ans d'études, choix de matériaux résistant au froid et de cinq saisons d'assemblage pendant les courts étés austraux (trois mois). Les deux bâtiments cylindriques s'appuient sur de larges pieds réglables, qui devront permettre en cas d'affaissement de rééquilibrer l'ensemble. En laissant passer le vent, ces pilotis ont aussi l'avantage de limiter les congères. Enfin, ils éviteront que la chaleur des planchers ne fasse s'enfoncer la station dans la glace. La structure métallique est recouverte de panneaux isolants. À l'intérieur : des chambres individuelles de 10 m2, un réfectoire, une cuisine, une salle de vidéo, une salle de sports, un mini hôpital, des laboratoires... Concordia tire toute son énergie du fuel, convoyé par tracteurs, comme l'ensemble des matériaux et les 50 tonnes d'aliments, depuis la station Dumont d'Urville (15 jours de raid à 9 km/h !). L'ensemble, financé par la France et l'Italie a coûté 30 millions d'euros. Seuls les Américains et les Russes disposaient jusqu'alors de bases permanentes à l'intérieur du continent : Amundsen-Scott et Vostok. Et encore, les Russes auraient renoncé à y maintenir là leur habitée en hiver. C'est là-bas que le record de froid sur terre avait été enregistré en 1983 : -89 °3 C !
Gérard Jugie, directeur de l'Ipev considère ce premier hivernage comme "une année zéro, un vol de qualification". Autant dire que les treize premiers hivernants ont du travail : finir les aménagements intérieurs, traduire les notices d'utilisations de tous les équipements, définir tous les protocoles d'évacuation, intervention incendie ou opération chirurgicale qui serviront aux suivants. Claire Le Calvez veillera plus particulièrement au bon fonctionnement du système de recyclage des eaux usées, mis au point pour l'Agence spatiale européenne. Certains tuyaux devant circuler à l'extérieur sont chauffés. Tout comme la réserve d'eau faite de glace fondue en été pour limiter les travaux en hiver où personne n'est sûr du bon fonctionnement des engins par –70 °C.
Quelques missions scientifiques sont menées dès cette année : microbiologie, chimie de l'atmosphère, glaciologie... Des mesures d'astronomie devraient également finir de qualifier ce site déjà considéré comme l'un des meilleurs lieux d'observation sur terre, du fait de l'obscurité (4 mois de nuit totale), de la sécheresse (moins de 50 mm de précipitations annuelles), de l'altitude et de l'absence de pollution lumineuse.

Copyright : IPEV

La vie quotidienne s'organise. "C'est un défi, expliquait Claire Le Calvez avant son départ, pour moi et pour la station". Contrairement aux bases du littoral, ici, il n'y a pas beaucoup de prétextes de sorties. Pas de manchots, pas de phoques, pas de banquise. Le désert. Il faudra gérer son sommeil, son temps libre, ses coups de blues, supporter le groupe et ses inévitables accrochages. Patrice Godon, chef de la logistique polaire à l'Ipev a prévenu lors d'un dernier briefing : "Les problèmes viennent toujours de petits riens du quotidien, comme l'aspirateur qui n'est pas à sa place". Au cours des tests médicaux et psychologiques de recrutement le docteur Bachelard privilégie les "gens stables émotionnellement". Malgré les facilités de télécommunications (mail, radio, téléphone satellite), les hivernants ne pourront pas compter sur une aide extérieure avant novembre prochain. Les avions ne prennent pas le risque de se poser en hiver. Si le froid ne lui brûle pas trop les bronches, Claire a prévu de courir. Vers l'infini...

Sébastien Panou

Contact :
Ipev, www.ipev.fr



Copyright : Marines Editions - IPEV

Grand Sud – reportage en Antarctique

Sébastien Panou a suivi pendant trois mois les équipes de l'Institut polaire français Paul Emile Victor en Antarctique : Océan austral, rencontre avec les manchots, base Dumont d'Urville, raid transcontinental en tracteur, construction de Concordia... Ses reportages, publiés dans Libération, sont ici assortis de commentaires plus personnels, de portraits, de détails de la vie quotidienne et d'une riche iconographie.

Marines Editions. 96 pages. 35 €.
www.reportage-en-antarctique.com