Annie Gautier-Hion, l'Africaine

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Annie Gautier-Hion, l'Africaine
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L'Africaine

 

À ceux qui s'étonneront que les gorilles soient étudiés en Bretagne, Annie Gautier- Hion rétorquera que c'est bien dans leur environnement, en Afrique qu'elle les a observés. Mais le laboratoire d'attache d'une des rares écologues français spécialisée dans les primates se trouvait, lui, au cœur de la forêt bretonne, à la Station biologique de Paimpont.

Copyright : DR"Elle, elle était vraiment drôle... ! Et lui : il n'était pas triste, mais il n'aimait pas les appareils photo !". En feuilletant l'album photos d'Hector, Zoé, Nina, Papou ou Arthur, Annie Gautier – Hion se remémore avec amusement et tendresse sa première rencontre avec les gorilles de plaine de l'Ouest. DEA d'éthologie en poche la jeune étudiante de 23 ans s'était envolée, décidée, en Afrique après avoir repéré une affiche dans le hall de l'université de Rennes : "Le professeur Grassé, célèbre zoologiste, recherchait des étudiants pour aller étudier les gorilles en Afrique et j'ai été prise ! Notez, j'étais la seule à avoir répondu !!". Mais il fallait oser. Elle passe alors huit mois au Gabon, en pleine forêt, d'abord dans une station financée par le CNRS à Makokou, puis sur le site des mines de fer à Belinga, en compagnie de huit jeunes gorilles et de huit chimpanzés. Huit mois d'observation qui feront naître la passion : "après ce séjour, je savais que je voulais travailler sur les singes", explique-t-elle. Commence alors sa carrière de chercheur sur les petits primates africains et leurs forêts.


Copyright : DR
Annier Gautier–Hion et Arthur, l'un de ses premiers protégés.


Du plus petit des singes...

Le premier dont "l'intimité sera mise à jour" et qui aura les honneurs de sa thèse sera le Talapoin, le plus petit singe d'Afrique. La vie sociale et l'écologie de ce petit animal, dont le nouveau né pèse dans les 175 g et dont le mâle atteint allègrement 1,8 kg, n'avaient en effet encore jamais été observées. Toujours chez les cercopithèques, les singes à longue queue, Annie s'intéresse ensuite à des groupes polyspécifiques, c'est-à-dire dans lesquels cohabitent plusieurs espèces. "Cette cohabitation s'explique en partie par le partage des rôles en ce qui concerne la protection contre la prédation, poursuit-elle. Les espèces vivant en haut des arbres préviennent par exemple le groupe des attaques de l'aigle des singes.". Mais ses travaux se sont plus particulièrement portés sur les relations entre animaux et plantes et sur l'étude du régime alimentaire. Un véritable travail de fourmi pour lequel tout est passé au crible, sachant que chaque espèce de singe peut manger jusqu'à 100 espèces de fruits différentes ! "Finalement, j'ai fait beaucoup de botanique !", plaisante Annie Gautier - Hion. Ses travaux, qui concerneront au final 7 espèces de singes, s'intègreront dans une étude beaucoup plus vaste englobant plus de 60 espèces de mammifères consommateurs de fruits. "C'est ce qui m'intéresse : l'interaction entre les espèces animales et végétales", poursuit-elle. De nombreux travaux sur le sujet seront publiés et en 1985, sera organisé, à la Station biologique de Paimpont, un colloque international sur les cercopithèques qui donnera lieu à la publication d'un livre. Un deuxième ouvrage sur l'ensemble des primates d'Afrique Centrale sera publié en 1999.
À partir de la fin des années 90, Annie Gautier - Hion s'implique dans des projets européens concernant la protection et la conservation des forêts tropicales, dans des zones s'étendant sur plusieurs pays d'Afrique équatoriale. Elle devient notamment expert dans le programme Ecofac, lancé au début des années 90.


Copyright : Station biologique de Paimpont
"Contrairement aux chimpanzés qui sont extravertis et bruyants, le gorille observe.
Il est sage et coquin. Son regard est profond". Annie Gautier-Hion


... au géant tranquille

Et c'est à cette période qu'elle renoue avec les gorilles... Dans les années 90, de nombreuses clairières sont découvertes au milieu des forêts du Parc national d'Odzala au Congo Brazzaville. L'une d'elle, Maya, est un véritable paradis puisque ses 20 hectares à découvert sont régulièrement visités par des éléphants, des hylochères (gros sangliers), des sitatungas et des bongos (antilopes) et surtout... par une population incroyable de gorilles. En 1996, deux étudiantes y commencent leurs travaux de thèse, qui donnent lieu à des publications sur les éléphants, les sitatungas et les gorilles. En 2000, les études se reportent sur la petite clairière de Lokoué (4 ha) où de nouveaux étudiants, partis pour travailler sur la dynamique et la génétique des gorilles, identifient près de 400 individus. Quatre thèses sont actuellement en cours de rédaction. Car si les gorilles de montagne sont connus des chercheurs depuis les années 60 et du public depuis la sortie du film sur Dian Fossey, rien n'a encore beaucoup filtré sur les gorilles de plaine de l'Ouest. "L'observation de ces animaux sur les clairières constitue un travail complètement nouveau et différent de l'observation que l'on peut en faire en forêt où l'on ne peut approcher qu'un seul groupe à la fois, explique Annie, et cela peut prendre du temps car il faut l'habituer à une présence humaine. Mais personnellement, je n'aime pas trop l'observation statique dans un mirador. Je préfère le contact avec la forêt ; c'est la traque qui apporte le piment !"

NB



Le gorille,
star d'une exposition en Bretagne

Copyright : Catherine Fiault

Le regard du gorille a inspiré Catherine Fiault, artiste peintre, amie d'Annie Gautier - Hion. De là est partie l'idée de mêler approches scientifique et artistique.

L'artiste peintre, Catherine Fiault :
En septembre 2003, je viens en vacances en Bretagne ; Annie me montre une cassette sur les gorilles, des images ramenées de ses séjours en Afrique. Je reste rivée à l'écran. Et j'en peins 1, j'en peins 2, j'en peins 10, j'en peins 130 ! J'ai été fascinée par leur regard. Et si mon approche est évidemment très différente de celle des scientifiques, je pense que les questionnements sont proches : que pensent-ils ? Que savent-ils ? Qu'ont-ils gardé en eux que nous avons oublié en cours de route ?

La scientifique, Annie Gautier-Hion :
Je voulais tout d'abord valoriser le travail de terrain effectué par nos étudiants de l'équipe primates de la Station biologique de Paimpont. Car les informations qu'ils ont rapportées sont nouvelles pour la science. Par ailleurs, je voulais que l'exposition mette l'accent sur le déclin inquiétant des populations de gorilles, sur notre responsabilité commune et les actions possibles. Or cela passe par la réhabilitation des gorilles dans l'imaginaire des gens en leur faisant voir ce qu'ils sont réellement. D'où le déroulement de l'exposition : l'imaginaire, la réalité, le déclin.



Le programme
Ecofac

Initié dès 1992 par la Commission européenne, le programme sur les Écosystèmes forestiers d'Afrique centrale – Ecofac - vise à conserver et utiliser rationnellement les aires protégées. Six pays sont impliqués : Congo-Brazzaville, Gabon, Cameroun, Guinée-Équatoriale, République Centrafricaine, São Tomé e Príncipe .
Épaulée par un comité scientifique, une cellule de coordination assure des actions de recherche, de formation et de communication, ainsi qu'un suivi technique et financier ; le tout basé sur la cohérence des actions menées dans chaque pays, et sur la diffusion des résultats obtenus sur le terrain. 28 000 km2 de forêt sont aujourd'hui gérés comme des aires protégées et d'importants inventaires et prospections biologiques ont été réalisés. C'est ainsi que fut découverte la plus forte densité de gorilles de plaine connue à ce jour : dans le nord du parc national d'Odzala, au Congo.

www.ecofac.org

Copyright : A.R. Devez, ECOTROP-CNRS.
Cette forêt inondée est le lieu de vie du talapoin, petit singe qui ne vit que dans les forêts du bord de l'eau et dont les troupes établissent chaque soir leur "dortoir" en surplomb de l'eau.