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Comprendre les origines de l'Homme
Le gorille un nouveau modèle ?
Bien connaître les grands singes est un enjeu crucial pour qui s'intéresse aux origines de l'Homme. De fait, des données nouvelles sur les gorilles apportent encore une pierre à l'édifice. L'avis de Christine Berge, directeur de recherche CNRS au Muséum National d'Histoire Naturelle, spécialiste de la locomotion, et de Pascal Picq, paléoanthropologue au Collègue de France, tous deux membres du Comité scientifique de l'exposition "Gorilles".

Bizarrerie de la science : dans les centres de recherche, l'étude des grands singes, du moins celle de l'anatomie, dépend traditionnellement de l'anthropologie et de la médecine. Dans sa quête incessante sur la connaissance de ses origines, l'Homme s'assimilerait-il tant à ses cousins les grands singes ? Après la découverte de Lucy (3 millions d'années) et celle plus récente de Toumaï qui est venue bouleverser les théories, une fois son âge canonique de 6 à 7 millions d'années avoué, l'Homme cherche inexorablement à remonter le temps... L'essor des technologies de biologie moléculaire apporte, depuis plus de 20 ans maintenant, de nouveaux moyens d'investigation pour comparer l'Homme aux grands singes. On sait par exemple que c'est le chimpanzé qui est génétiquement le plus proche de l'Homme. Mais nous partageons quand même 98 % de nos gènes avec le gorille ! Cela crée des affinités ! Que les paléoanthropologues savent exploiter.
Les plus de l'éthologie comparée
"Oui, on a avancé sur la connaissance de nos origines par rapport aux grands singes, entame Pascal Picq, Paléoanthropologue au Collègue de France, ferme défenseur de l'éthologie comparée et auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation sur les origines de l'Homme. Mais il nous reste beaucoup à apprendre. Il faut sortir de cette tendance à l'anthropocentrisme : oui, l'Homme se caractérise par la bipédie, l'utilisation d'outils et d'un langage évolué ; mais en disant cela on sous-entend que ça n'existe pas chez les grands singes, ce qui est faux !" Et si, en effet, des études comparatives entre l'Homme et le chimpanzé sont publiées depuis plusieurs années, la comparaison Homme gorille est encore assez limitée. Ce que Pascal Picq traduit avec humour par : "avec avoir essayé le "chimpocentrisme", il serait tant de passer au "gorillocentrisme" ! Ces idées ont encore du mal à percer en France". Et il n'est pas le seul à attendre des gorilles. Contactée pour faire partie du comité scientifique de l'exposition "Gorilles", présentée depuis le 15 mars dernier à Rennes par l'Espace des sciences, Christine Berge s'enflamme : "Une exposition sur les gorilles : cela m'a paru extraordinaire ! Car on les connaît encore très mal". Directeur de recherche du CNRS au Muséum national d'histoire naturelle, sa spécialité est la reconstitution des mécanismes de l'évolution grâce à l'étude de la morphologie fonctionnelle des animaux. Elle travaille actuellement sur la locomotion des chimpanzés.
Gorille dans la glaise
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Plus vieux témoignage de la bipédie chez les hominidés, les séries d'empreintes découvertes en 1976 à Laetoli (Tanzanie) et datées de 3,75 millions d'années, l'ont inspirée et lui ont donné l'idée de reproduire les mêmes conditions: faire marcher des humains, mais aussi des chimpanzés, dans de la terre glaise, et analyser ensuite les empreintes via un système de modélisation. La mise en uvre de techniques mathématiques et informatiques permet aujourd'hui à la recherche en morphologie d'être quantitative : avoir accès à un grand nombre de paramètres, séparer les caractères selon les sexes... "Le gorille constitue un modèle très intéressant, poursuit Christine Berge. Le fait qu'il soit grand et lourd et différent par l'anatomie du chimpanzé intéresse les scientifiques parce qu'il aura une autre façon de se déplacer, notamment en bipédie occasionnelle. En plus de sa face proéminente qui lui confère une musculature très importante au niveau du cou, il a le dos rigide et il lui est également impossible d'étendre ses membres inférieurs pour bien marcher debout". Alors qu'est-ce qui motive le fait que le gorille se redresse malgré un corps si peu adapté ?
Le rêve de Christine Berge : faire marcher un gorille dans la glaise ! Pour tenter d'apporter des éléments de réponse à cette question récurrente depuis près d'un siècle : à quoi ressemblait l'ancêtre commun à l'Homme et aux grands singes africains ?
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NB
Contacts :
Christine Berge, Muséum d'histoire naturelle de Paris,
berge@mnhn.fr,
Pascal Picq, Collège de France,
picq.anthrope@wanadoo.fr

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