Sciences Ouest : Ce double label Inserm/Inria, est-il très différent d’une simple collaboration ou d’un partenariat ?
Christian Barillot : Oui, parce que la définition des objectifs est différente. Les unités de recherche sont évaluées tous les quatre ans par rapport à un contrat d’objectifs passé avec l’organisme de tutelle. Si celui-ci estime que le contrat n’est pas rempli, il retire son label à l’équipe. Dans notre cas, cela signifie que nos objectifs doivent satisfaire à la fois l’Inria, donc être pointus en informatique, et l’Inserm, donc pointus en médecine. Cela comprend la recherche clinique qui a une grande importance pour l’Inserm. C’est stimulant pour tous. Les médecins et les informaticiens sont assurés d’être des équipiers à part entière et pas des exécutants de l’autre. La double localisation, à l’Irisa et au CHR, est nécessaire pour maintenir l’équilibre entre nos préoccupations.
S.O. : Dans quel domaine l’équipe exerce-t-elle ses compétences?
C.B. : Nous travaillons en particulier sur la pathologie du cerveau (sclérose en plaques, épilepsie, maladie de Parkinson) et sur la neurochirurgie assistée par ordinateur.
Visualisation de biomarqueurs dans le cerveau pour la sclérose en plaques : la combinaison de trois images issues de différents types d’appareils d’imagerie médicale en une image couleur permet de mieux suivre l’apparition de la lésion.
S.O. : Et plus précisément, quel est le rôle des informaticiens ?
C.B. : Prenons par exemple un médecin qui suit un patient atteint de sclérose en plaques : il doit, en moyenne, regarder 12 000 images par an, issues de différents types d’appareils d’imagerie médicale. Il lui est impossible de les avoir toutes en tête lorsqu’il fait son analyse, encore moins de les combiner, ne serait-ce que deux à deux. Nous travaillons ensemble, informaticiens et médecins, pour combiner les données d’images issues de ces canaux différents. Le but est de faire ressortir des informations qu’on n’aurait pas vues si on avait regardé les images séparément. De la même façon, un neurochirurgien doit visionner près de 7 000 images pour une opération assistée.
S.O. : En somme, il s’agit d’extraire les informations les plus utiles au médecin ?
C.B. : En partie. Mais l’apport de l’informaticien ne s’arrête pas à la création d’algorithmes pour la combinaison d’images. Il doit voir plus loin, anticiper les besoins futurs de l’imagerie médicale. La masse de données croî t de façon exponentielle. Nous devrons trouver des solutions pour gérer ces volumes énormes. Cela relève de l’informatique.
S.O. : Là, votre appartenance à l’Irisa est essentielle.
C.B. : Précisément. Nous savons que des équipes de l’Irisa travaillent sur les grilles informatiques*. Nous y pensons pour des bases de données sur des maladies rares, pour comparer de grandes quantités d’échantillons, créer des réseaux d’excellence ciblés sur telle ou telle maladie. Cela va multiplier les partenaires et nous amènera, informaticiens et médecins, à travailler sur une sémantique commune. Nous avons une longue route devant nous ! * : Lire ci-contre.