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Les logiciels libres
Comment s’orienter
au pays des logiciels libres

Le 6 juillet dernier, le Parlement européen a rejeté une directive sur les brevets logiciels proposée par la commission de Bruxelles. Breveter les logiciels, comme cela se fait aux États-Unis, a été considéré par de nombreux députés comme une menace pour les PME innovantes et pour les acteurs du logiciel libre. Mais que sont les logiciels libres, qui les utilise et pourquoi ? Petit tour d’horizon de l’univers du libre.
Grâce à Gulliver,
le libre fait des pas de géant

L’association rennaise Gulliver guide les néophytes dans le monde inconnu de Linux et des autres logiciels libres. Ces « vulgarisateurs » passionnés du libre seront présents au village des sciences de Rennes, du 14 au 16 octobre.
Deux soirs par semaine, à Rennes, tous les curieux du logiciel libre, spécialistes ou néophytes, se retrouvent autour de l’association Gulliver. Certains viennent même avec leur ordinateur, pour installer un programme ou déboguer la machine. Le but de cette association, née en 1998, est de « partager le savoir », explique Frédéric Lehobey, un membre de Gulliver passionné de l’univers du libre. La liberté c’est le choix. Mais les logiciels libres offrent un choix si grand que beaucoup de gens sont désorientés ! » C’est là qu’interviennent les « Gull », les Groupes d’utilisateurs des logiciels libres, répartis dans toute la France et dont fait partie Gulliver [1].
Le libre au village des sciences
Contrairement aux idées reçues, il n’est pas nécessaire de s’y connaître en informatique pour se lancer dans le logiciel libre. Gwenaëlle Berthelo, une des animatrices des ateliers à Gulliver, va par exemple mettre à profit ses connaissances en anglais pour proposer des versions françaises des logiciels libres.
En plus des soirées ouvertes à tous les publics, comme « ordinosaures », où de vieilles machines sont sauvées de la casse, et comme « install-party », où les participants installent des logiciels libres à gogo, l’association s’implique aussi dans des événements. Les journées du libre, les soirées jeunes Dazibao de Rennes ou la journée du droit des consommateurs en sont quelques exemples. Cette année, Gulliver participe aussi à la fête de la science. Un animateur sera présent sur le village des sciences rennais pour informer sur les logiciels scientifiques libres. Parmi les plus étonnants, les logiciels d’astronomie « celestia » et « stellarium » permettent de suivre l’évolution du ciel nocturne de Rennes, en direct sur son ordinateur !
A.F.
[1] Gull… iver signifie « Gull de l’Ille-et-Vilaine aux environs de Rennes ». Liste complète des Gull : www.aful.org/gul/
Brest libère les outils bureautiques
« L’appropriation sociale des outils de l’Internet et du multimédia » est devenue le leitmotiv de la municipalité brestoise. Après le développement des points d’accès publics à Internet (Papi)[1] et la promotion de l’écrit public accompagné[2], la ville de Brest fait de la diffusion des logiciels libres, son nouveau cheval de bataille.
Michel Briand, adjoint au maire de la ville de Brest en charge des technologies de l'information.
Ce devait être une simple libération, mais à y regarder de plus près, on pourrait dire aujourd’hui qu’il s’agit en fait d’un véritable raz de marée. Dès son lancement en novembre 2004 et l’édition des premiers CD-Rom en mars 2005, l’opération brestoise « Libérons les outils de bureautiques dans la cité » a connu un véritable engouement de la part du public, conquis par la philosophie générale de l’opération. « Le logiciel libre est un bien commun qui bénéficie au plus grand nombre, explique Michel Briand, adjoint au maire de la ville de Brest en charge des technologies de l’information. Dans le cadre de l’appropriation sociale des outils de l’Internet et du multimédia, la ville de Brest fait le choix d’accompagner la diffusion de ces outils bureautiques libres dans la cité, en distribuant gratuitement des CD-Rom dans les mairies, les bibliothèques ou encore les « Maisons pour tous ». Le CD-Rom « Bureau Libre Free-EOS »[1] regroupe les outils de travail courants sur un bureau, comme le navigateur, le traitement de texte ou encore le tableur ».
Après un premier tirage de 3 000 CD-Rom puis 6 000, la demande a été telle que les chiffres dépassent aujourd’hui les 30 000 exemplaires : « Ces CD-Rom sont aujourd’hui diffusés sur quatre régions : la Bretagne, la région Paca, Midi-Pyrénées, ainsi que l’Auvergne, précise Michel Briand, ce qui signifie en fait que 100 000 exemplaires ont été diffusés. Notre prochain objectif sera d’atteindre le million ».
Si le succès est indéniable, l’opération ne se veut pourtant pas anarchique, loin de là. Une concertation constante existe en effet entre la mairie de Brest et plusieurs partenaires que sont les associations (Archipel du Libre, Infini et Finix) [2], les centres AFPA [3], l’Université de Bretagne Occidentale et les établissements scolaires de la région : « Ce CD-Rom constituait le premier objet tangible de coproduction de contenu, note Michel Briand. Grâce au système wiki, qui est un ensemble de pages hypertextes où n'importe quel visiteur peut ajouter du contenu et modifier le contenu déjà présent, nous envisageons maintenant de nous lancer dans une production sur la mémoire de Brest, ainsi que dans le développement de la première photothèque de France sous contrat Créative Commons[4]. Finalement, derrière cette politique de développement des logiciels libres et des outils de service qui les accompagnent, c’est bien l’économie locale que nous contribuons à promouvoir. L’argent que l’on investi sur la formation est en effet investit localement et ne part pas dans les poches de Bill Gates ».
C.B
[1] Aujourd’hui, il en existe plus d’une soixantaine à Brest.
[2] SPIP : Système de publication pour l’Internet partagé. Il s’agit d’un logiciel libre destiné à la conception de sites Web.
[1] Le Bureau Libre Free-EOS est une compilation de logiciels libres grand public sous Windows, avec les présentations et documentations à l'attention du plus grand nombre, destinée à faire connaître les alternatives libres aux logiciels propriétaires sur poste de travail.
[3] Association pour la formation professionnelle des adultes.
[4] Les licences Creative Commons constituent un ensemble de licences régissant les conditions de réutilisation et/ou de distribution d'œuvres (notamment d'œuvres multimédias diffusées sur Internet).
Contact : Service démocratielocale et citoyenneté, ville de Brest, tél. 02 98 00 82 24, democratie-locale@mairie-brest.fr, www.a-brest.net
Les entreprises se mettent au libre
Bien qu’il soit difficile de chiffrer le nombre d’utilisateurs de logiciels libres, puisqu’en libre accès, le mouvement se développe constamment depuis quelques années. Un essor que le monde de l’entreprise ne pouvait plus ignorer.
 Mikaël Pirio, gérant de FreesKop
À l’exemple de l'entreprise rennaise FreesKop, de nombreuses sociétés proposent aujourd’hui des services entièrement basés sur les logiciels libres. Freeskop a été créée en 2004 par cinq associés sur le statut de Scop[1]. Pour Mikaël Pirio, son gérant, c’est un secteur très prometteur : « Nous croyons aux logiciels libres, en leur puissance et en leur avenir ». Que ce soit pour les réseaux, la sécurité informatique, ou les bases de données, la société utilise des logiciels libres qu’elle adapte aux besoins du client. Une adaptation impossible avec des logiciels propriétaires, coûteux et non modifiables. « L’état d’esprit du libre nous permet de répondre au plus près aux besoins du client et donc de les fidéliser ».
Pour Dominique Loucougain, directeur d’études & développement chez Somaintel, l’utilisation de logiciels libres doit être issue « d’une décision d’entreprise et non pas uniquement d’un comparatif produit ».
Un choix d’entreprise
Dominique Loucougain, directeur d'études & développement chez Somaintel
Le libre apporte certes de nombreux avantages, mais « les véritables enjeux se situent au niveau des métier(s) de nos clients » car il s’agit d’un engagement sur le long terme. D’où la nécessité pour les entreprises, petites ou grandes, de pouvoir prendre appui sur des partenaires sachant les accompagner dans le temps. « La différence se fera sur l’accompagnement et la qualité du service rendu », précise Dominique Loucougain, mais aussi et de plus en plus, sur la capacité des prestataires de service à « savoir industrialiser et marier logiciels libres et environnement logiciel propriétaire ».
A.F.
[1] Scop : Société coopérative ouvrière de production. Les cinq associés sont salariés et sur un pied d’égalité. Freeskop est aussi membre du réseau « Libre entreprise ».
Logiciels libres :
on vous donne le code
En 1984, Richard Stallman invente le terme copyleft pour marquer l’opposition au copyright (du logiciel propriétaire). Cette licence, au lieu de garantir les droits du créateur du logiciel, définie quatre libertés fondamentales aux utilisateurs : la liberté de l’utiliser, d’étudier son fonctionnement, de le modifier et de le redistribuer. Le logiciel libre était né.
Élaborés par des communautés de développeurs sur un principe coopératif où chacun, même l’utilisateur, fait part de ses découvertes au reste de la communauté, les logiciels libres sont en perpétuelle évolution. Accessibles sur Internet, ils sont pour la plupart gratuits.
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