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Le littoral sous pression

Disparition de l’algue brune :
cartographie d’une catastrophe annoncée

Christophe Blanchard

 

Depuis les années 80, les algues brunes qui poussent sur le haut des estrans bretons régressent à vue d’œil. Directeur de la société « Télédétection et biologie marine » (TBM)[1], Sylvain Chauvaud a décidé d’entamer en 2004 une cartographie précise de cette disparition annoncée. 


 
« Pour confirmer notre impression de déclin des algues brunes sur le littoral breton, il convenait de quantifier précisément le phénomène, explique Sylvain Chauvaud. En association avec Bretagne Vivante[1], nous avons donc décidé de lancer un programme d’observation, avec le soutien du Parc national d’Iroise qui a participé au financement de  nos frais de déplacements ». L’état des lieux des champs d’algues sur le littoral breton a débuté en 2004. Il est réalisé par TBM, un bureau d’études spécialisé en cartographie des biocénoses[2]marines côtières dirigé par Sylvain Chauvaud. « Nous avons débuté par cinq sites dans le secteur du Golfe du Morbihan, précise-t-il. En 2005, nous avons étendu nos investigations à dix autres sites, de Lilia-Plouguerneau dans le Finistère nord jusqu’à Hoëdic, en passant par toutes les îles qui abritent des réserves, comme Molène ou Sein ».
Au total, plus de 500 km de côtes ont ainsi été passés au crible des cartes de l’entreprise basée, à Auray.
« Nous travaillons à partir de photographies aériennes qu’on numérise et qu’on rectifie géométriquement pour les rendre compatibles avec d’anciennes photos de l’IGN[3]. Une fois  la photo géoréférencée, nous classons chaque point de l’image, en fonction de ses couleurs. Quand ce travail est terminé, le document brut est édité au 1/5000e. Ce document est complété sur le terrain grâce à la collecte d’informations, comme la présence de naissain d’huîtres par exemple. La phase ultime consiste à croiser les deux jeux de données, dans le but d’obtenir une carte des biotopes –type de sédiment, ceinture d’algues-, et d’estimer leur évolution .»
Le verdict est sans appel : les algues brunes disparaissent au profit de la roche nue. « Sur quinze sites cartographiés, on distingue trois situations, constate le biologiste. La première, la plus rare, s’observe sur deux sites des estuaires du sud Bretagne : les algues y ont progressé de 200% sans que l’on sache pourquoi. Ensuite, on dénombre six stations où la stabilité des champs d’algues est parfaite depuis 30 ans. Elles se situent en Bretagne nord et sur l’archipel des Glénan. Enfin, sept stations affichent une régression significative de 20 à 70% des algues. Elles se trouvent essentiellement dans le sud Bretagne et à Lampaul - Plouarzel ».
Les hypothèses avancées par les chercheurs pour expliquer cette régression des champs d’algues, au profit de la roche nue ou du sable, sont nombreuses : remontée de la limite de répartition des algues du sud vers le nord, suite à des modifications climatiques ; basculement de l’axe moyen de la houle, qui aurait une répercussion directe sur la disparition de certaines algues ; exploitation des sites d’ascophylles par les industriels, ou encore prolifération des patelles, qui viendraient brouter les champs d’algues. Autant d’explications pour une disparition qui pourrait bien avoir, à terme, des répercutions importantes sur l’économie de la région.
 
CB


[1] Créée en 2000,TBM(Télédétection et biologie marine) emploie cinq biologistes.
[1] Bretagne Vivante - SEPNB (Société pour l'étude et la protection de la nature en Bretagne) est une association de défense de la nature et l'environnement, fondée en 1958.
[2] Une biocénose est une association équilibrée d’animaux dans un même biotope.
[3] IGN : Institut géographique national.
Embeddia, quel drôle de nom. « Il vient de l’anglais « embedded » qui veut dire intégré ou mis à l’intérieur, explique Bernard Badefort, son P-DG, car nous fabriquons des composants dont la vocation est d’être intégrés dans des puces électroniques, elles-mêmes intégrées dans des décodeurs ».