ACCUEIL > Sciences Ouest > Année 2005 > 227 > Dossier du mois : le littoral, un monde à part > Les trésors en baie du Mont-Saint-Michel
Entretiens Science et éthique
Les webtrotteurs des lycées aux entretiens
La conciliation entre urbanisme et littoral
L'Ifremer et Véolia environnement
Cartographie de la disparition de l'algue brune
La coquille Saint-Jacques
Les blockhaus, témoins du mouvement du littoral
La géomatique met le littoral en carte
Les trésors en baie du Mont-Saint-Michel
André Lespagnol, historien et responsable politique
Le Ruoa présente le projet littoral
Pour en savoir plus

 

Le littoral qui bouge

Des secrets sortis des flots
en Baie du Mont-Saint-Michel

Cyrille Billard

Les pêcheries de Saint-Jean-le-Thomas prés de Granville, constituent le site le plus vieux (2000 ans av. J.-C.)
et le plus étendu de tous les sites retrouvés en baie du Mont-Saint-Michel.
 

Son mouvement répétitif et incessant n’empêche pas la mer de nous réserver des belles surprises… Depuis la fin des années 90, elle découvre des trésors en Baie du Mont Saint Michel : d’anciennes pêcheries, dont la plus ancienne date de 2 000 av. J.-C., sont mises à nu. Mais la mer reprend rapidement ce qu’elle nous a donné : il faut faire vite !

 
Nathalie BlancUne agréable odeur de bois nous accueille dès l’ouverture de la porte. Le laboratoire de Vincent Bernard est rempli de sections d’arbres, de morceaux de troncs, de sachets d’écorces… Il n’est pourtant ni bûcheron, ni forestier. Vincent Bernard est archéologue, et plus précisément dendrochronologue : il analyse les arbres et leurs cernes de croissance et en tire des informations sur le végétal lui-même, sur son âge à l’année ou même à la saison près, mais aussi sur les activités humaines liées au bois, comme les pratiques forestières. Le bois a en plus la particularité d’enregistrer les variations météorologiques et climatiques et offre ainsi la possibilité de travailler à une échelle très locale, ce qui est très intéressant pour des périodes de temps de 100 à 200 ans.
 
10 000 ans d’histoire
 
Mais qu’est-ce qui a mené Vincent Bernard sur le littoral ? « Je suis en contact depuis plusieurs années avec Cyrille Billard, archéologue à la Drac[1] en Basse-Normandie, explique-t-il, car il existe une veille archéologique du littoral normand. Or, depuis la fin des années 90, d’anciennes pêcheries apparaissent en Baie du Mont-Saint-Michel grâce à l’érosion. Et il faut faire vite, car elles sont détruites en quelques mois par la mer ! » Plus d’une dizaine de sites se découvrent actuellement et le plus extraordinaire est qu’ils ne sont pas tous de la même époque ! « Nous découvrons une sorte de puzzle, car les sites sont imbriqués les uns dans les autres. Cela nous fait voyager de 2000 ans av. J.-C. à l’époque moderne ».
Les pêcheries sont des édifices constitués de pieux enfoncés dans le sol, qui maintiennent des parois réalisées à partir de branches de noisetiers, de saule ou de fagots de fougères. Des pièges efficaces qui retenaient les poissons à marée descendante. Au-delà de l’aspect historique, l’emplacement même des pêcheries intéresse les géomorphologues qui étudient la dynamique de sédimentation et la dynamique maritime.
Cyrille Billard
Les pieux constituant les pêcheries émergent à marée basse.
 
Légendes des zones humides
 
Vincent Bernard travaille aussi sur le littoral breton[2] à Lillemer, près de Dol-de-Bretagne (35).
En 2000, le creusement de fossés de drainage à la pelle mécanique a découvert des poteries néolithiques dans une ancienne zone de marais aujourd’hui exploitée par l’agriculture. Ces informations permettent aux archéologues de retracer le développement de l’installation humaine dans ce secteur. « À une époque où le niveau d’eau était suffisamment bas, cette zone était aussi recouverte par une forêt de chênes. Or entre les Ve et VIIe siècles, des légendes circulaient sur la date de leur submersion… Cette  corrélation entre l’information scientifique et les légendes me plait beaucoup ! »
 
Cyrille Billard
 
NB


[1] Drac : Direction régionale des affaires culturelles
[2] Il s’agit de l’ancienne ligne de côte au début de l’holocène, il y a plus de 10 000 ans. Le site néolithique dont nous parlons ensuite est quant à lui bien plus récent (env. 4 000 av. J.-C.) et se trouvait déjà dans des marais littoraux.

 

Contact : Vincent Bernard, tél. : 02 23 23 55 81, vincent.bernard@univ-rennes1.fr