Petit humain virtuel deviendra autonome

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avril 2008
VIRTUEL
Rester avec ses congénères, éviter les requins... Les poissons virtuels connaissent les règles de base pour nager comme les vrais.
© Cerv

Les humains virtuels ont progressé depuis leur création. Pourtant, ils ont encore besoin de nous.

Ils ont bien grandi, les humains virtuels, depuis leurs débuts. Grâce aux progrès de l’animation et des cartes graphiques, par exemple – les jeux vidéo y sont pour beaucoup –, ils ont une apparence beaucoup plus réaliste. Pourtant, ces personnages numériques ne sont pas encore prêts à se débrouiller seuls dans leurs environnements de synthèse. L’autonomie, qui distingue notamment les humains virtuels des avatars – simples représentants d’un homme réel dans un monde virtuel –, est l’une des grandes difficultés auxquelles se heurtent les chercheurs.

« On considère qu’un programme possède une certaine autonomie s’il est capable de percevoir son environnement et de réagir en fonction de lui, explique Frédéric Devillers, chercheur au Cerv. Bien sûr ce n’est pas magique, il a fallu le programmer avant. » L’exemple le plus parlant en la matière se trouve dans les virus informatiques. Ce sont des programmes, certes, complètement définis par l’homme. Pourtant, lâchés “dans la nature”, personne ne les contrôle plus. Ils sont aptes à s’introduire dans les logiciels, à se reproduire et à se répandre dans d’autres ordinateurs...

« La question de l’autonomie est véritablement apparue depuis cinq ou six ans dans la « définition » de la réalité virtuelle, précise Stéphane Donikian, chercheur à l’Irisa. L’avantage avec un humain virtuel autonome, c’est qu’il n’est pas nécessaire de tout écrire. Il apprend des tâches de base, puis il est capable de réagir seul. » Cela permet également de donner plus de réalisme au comportement des personnages virtuels. « Nous avons fait différents essais, notamment sur la modélisation d’un banc de poissons, ajoute Frédéric Devillers. Chaque poisson connaît des principes fondamentaux : éviter la collision avec ses voisins, rester avec les individus de la même espèce, avoir peur des requins. Lorsqu’ils nagent ensemble, les 2500 poissons virtuels ont un comportement fluide, proche de celui des bancs sous-marins. »

Loin des profondeurs de l’océan, les humains virtuels autonomes sont particulièrement attendus pour contribuer à de nouveaux logiciels de formation. 

Créer du mouvement

C’est ainsi qu’est né le projet Generic Virtual Training, développé par le Cerv et l’Irisa, et désormais commercialisé par l’entreprise Nexter. La Délégation générale pour l’armement l’utilise depuis un an déjà pour former les militaires à la maintenance des chars Leclerc. À partir de procédures de base, le char et les militaires qui l’occupent - tous virtuels - réagissent en fonction des actions de l’élève. Une solution idéale lorsque les produits manipulés sont dangereux ou coûteux. Mais si les humains virtuels gagnent en autonomie, ils ne sont pas encore indépendants. Il reste très difficile de créer artificiellement un mouvement, par exemple. Il faut savoir isoler des gestes élémentaires à partir d’extraits enregistrés pour recomposer ensuite un nouveau geste. Un travail déjà compliqué pour des voix de synthèse, où n’entre en jeu qu’un seul signal : le son. Pour mettre en mouvement une articulation, il faut au moins trois signaux (correspondant aux rotations et translations). Les humains virtuels ne sont pas près d’apprendre à danser la tecktonik !

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