Plus vrai que nature

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avril 2008
VIRTUEL
Un humain virtuel entre dans le bureau des informaticiens de la société Artefacto.
© Artefacto

Et si on pouvait augmenter la réalité ? Pas en la rendant plus réelle, mais en y ajoutant des commentaires virtuels.

Des légendes apparaissent sur le paysage ! « Imaginez, au cœur du Parc naturel régional des volcans d’Auvergne, une borne touristique qui restitue la chaîne des Puys, filmée par une caméra », invite Romuald Delmont, responsable Recherche et développement de l’entreprise rennaise Archividéo.

Il en conçoit un prototype dans le cadre d’un projet de recherche. « Nous lui superposons des éléments virtuels qui représentent la géologie d’un endroit précis. Selon ce que le visiteur observe, en orientant la caméra, l’élément virtuel se déplace ou change. » S’il restait fixe et n’interagissait pas avec l’utilisateur ce serait juste une image. Ici, ce n’est pas l’utilisateur qui va s’immerger dans un monde virtuel mais des éléments virtuels qui s’invitent dans le sien. C’est le concept de réalité augmentée.

Au musée des Beaux-Arts

L’idée séduit le musée des Beaux-Arts de Rennes. Apporter plus d’informations, d’interactivité et de convivialité au visiteur dans son parcours, au fil des collections, grâce au virtuel, tout en gardant les atouts du réel (panorama, ambiance sonore...). Orange Labs, le service Recherche et développement de France Télécom avec l’Inria(1) et Polymorph Software(2) à Pacé imaginent pour lui un “guide mobile augmenté”. Un tout petit ordinateur portable sur lequel les informations virtuelles se superposent au réel : un humain virtuel qui commente les œuvres, par exemple... « Que ce soient des humains ou non, les éléments virtuels interactifs importés dans le monde réel vont permettre de nouvelles médiations entre le visiteur et les œuvres », précise Pascal Houlier, chez Orange Labs.

Synchroniser réel et virtuel

Visualiser du virtuel dans le réel repose sur une contrainte : l’affichage. On n’en est plus aux casques complexes truffés de caméras et d’écrans. Pour autant, « on n’en est pas encore à l’hologramme », entend-on chez Artefacto à Rennes, où les informaticiens semblent prendre plaisir à faire entrer un personnage virtuel, peu avenant, dans leur bureau. L’humain virtuel n’est visible que sur un écran, connecté à une caméra qui filme la porte du bureau en direct. On peut ainsi observer des scènes improbables, où se croisent humains virtuels et humains réels.

La difficulté technologique consiste à superposer, avec précision, l’information virtuelle sur l’image réelle. Lorsque le point de vue ou l’angle d’observation changent, le virtuel doit suivre. Par exemple, chez Artefacto, une contre-plongée de la caméra sur la porte doit donner à voir l’humain virtuel également en contre-plongée.

Quelle que soit l’application (borne, musée...), la contrainte de synchronisation reste la même. « Pour cela il existe deux techniques », précise Romuald Delmont, chez Archividéo. Nous capturons une image réelle et calculons une image virtuelle. Ensuite un moteur de recalage les superpose. » Autre option : « caler manuellement un point de l’image virtuelle sur l’image réelle. Un outil de calcul, une centrale inertielle, analyse les déplacements par rapport à ce point. C’est le même principe qu’un podomètre qui évalue une distance parcourue. » Il est aussi possible d’envisager de recourir à la première technique pour caler un point, puis de faire tourner la centrale inertielle, qui consomme moins de ressources. Pas simple de faire cohabiter deux univers... en parallèle.

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Michèle LE GOFF

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