Émotions : quand le cerveau s’emmêle

Prix Bretagne jeune chercheur
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Julie Péron étudie des zones du cerveau liées aux émotions chez des patients soignés pour la maladie de Parkinson.

Reconnaître la joie dans un sourire, la tristesse dans un regard... la communication des émotions serait automatique chez l’homme. Mais il arrive que le mécanisme ne fonctionne plus. C’est le cas chez certains patients soignés pour la maladie de Parkinson par la stimulation cérébrale profonde, qui reproduit l’effet des traitements pharmaceutiques grâce à la stimulation électrique d’une zone profonde du cerveau. « Cette technique apporte une amélioration motrice importante, explique Julie Péron, mais elle peut parfois modifier le comportement, en altérant la reconnaissance des émotions. » Certains patients, rares, développent ainsi des comportements maniaques, ou une appétence accrue pour les aliments sucrés. « Ces troubles nous ont rappelé ceux induits par des lésions du cortex orbito-frontal, une zone impliquée dans la gestion des émotions, mais située loin de la cible des électrodes ! »

Pour tester le rôle de cette zone dans la variation émotionnelle observée chez certains patients, la neuropsychologue a travaillé avec une quinzaine de parkinsoniens, avant et après leur opération. « À partir de photos de visages ou de voix, ils devaient reconnaître la joie, la colère… Les émotions négatives, notamment la peur, leur posaient le plus de problèmes. Et l’imagerie médicale m’a confirmé que cette mauvaise identification était corrélée à une modification de l’activité du cortex orbito-frontal. »

Plus étonnant, la neuropsychologue a repéré l’intervention d’une autre partie du cerveau impliquée dans les émotions : l’amygdale (différente des amygdales de la gorge !). « Nous ne savions pas qu’elle était liée au noyau subthalamique, où sont placées les électrodes ! À Genève, j’étudie les éléments qui pourraient expliquer les interactions entre ces zones. » Avec l’équipe du CHU, elle a également participé à une étude nationale sur les effets d’une stimulation du noyau subthalamique chez des patients atteints de troubles obsessionnels compulsifs (Toc). « Les premiers résultats sont encourageants et le protocole se poursuit actuellement. » Des recherches à suivre...

Julie Péron : Mention spéciale - Sciences, technologies et interdisciplinarités

Après un DESS en neuropsychologie clinique à l’Université Rennes2, elle a débuté son activité auprès des patients, en suivant, en parallèle, un DEA de neuropsychologie fondamentale. Elle effectue sa thèse, soutenue en 2008, dans l’équipe d’accueil Comportement et noyaux gris centraux du CHU de Rennes et de l’Université de Rennes1. Elle est actuellement en postdoctorat à l’université de Genève.  Thèse : Rôle du noyau subthalamique et de ses connexions cortico-sous-corticales dans la reconnaissance des émotions communiquées par le visage et la voix.

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Céline Duguey

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