Des quartiers chauds à Rennes

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mai 2012
Sur cette carte des températures minimales observées la nuit du 23 mai 2011, on note l'écart entre une station météorologique située à la campagne (commune de Melesse) et celle du centre-ville (rue du Griffon), la plus chaude.
© SERVICE SIG RENNES MÉTROPOLE-LETG-RENNES COSTEL

Un chercheur en climatologie urbaine mesure les températures à une échelle très fine : celle des quartiers de la ville.

Ici le bâti est plus serré. Les nuits seront plus chaudes que dans cet autre quartier plus arboré. Demain, nous choisirons peut-être l’emplacement de notre habitation grâce à la carte des températures. Une carte qui devrait bientôt voir le jour à Rennes. Doctorant dans l’équipe de climatologie, au sein du laboratoire LETG-Rennes Costel(1) à l’Université Rennes 2, Xavier Foissard y travaille. « On sait que la densité de la végétation, le bâti et la présence d’eau influencent l’îlot de chaleur urbain, c’est-à-dire la capacité qu’a la ville à se rafraîchir pendant la nuit. Pour ma thèse je vais aller plus loin, grâce à une analyse plus fine sur la structure même des quartiers », explique-t-il.

Il s’appuie pour cela sur un réseau d’une vingtaine de stations météo (qui mesurent la température toutes les heures, le vent, la pluie, l’humidité, la pression) mis en place en 2004 dans Rennes et son agglomération, dans le cadre du projet Ecorurb sur les effets de l’urbanisation sur la biodiversité locale. « Pour la partie climatologie, nous avions réalisé une analyse quantitative des différences de températures entre l’intérieur et l’extérieur de la ville, ainsi qu’une étude des impacts sur la végétation, comme le fleurissement précoce des cerisiers en zone urbaine »(2), rappellent Vincent Dubreuil et Hervé Quénol, co-encadrants de Xavier Foissard. Rennes s’est impliquée très tôt dans ces questions. C’est une des premières villes de France à avoir mis en place son Plan climat énergie territoire(3). Et aujourd’hui Rennes Métropole finance en partie la thèse de Xavier Foissard(4).

Comparer deux quartiers

Pour travailler à l’échelle des quartiers, d’autres capteurs ont été installés (mesures de températures seulement) dans quatre autres sites caractéristiques : Vezin-le-Coquet, une commune proche de Rennes, les Longchamps, un quartier de Rennes riche en végétation qui comporte un bassin - les températures nocturnes y sont similaires à celles mesurées à l’extérieur de la ville -, Beauregard, un nouveau quartier, et Le Blosne. « Je vais, par exemple, comparer les quartiers de Villejean et du Blosne, qui sont assez proches du point de vue du bâti mais très différents du point de vue de la végétation. Je pense aussi installer un capteur à l’emplacement de Viasilva, un quartier en devenir sur la commune de Cesson-Sévigné. Pour avoir des mesures à t=0 », précise le doctorant.

Des pistes pour les urbanistes

Les urbanistes en tiendront-ils compte ? C’est normalement le but : identifier dans les quartiers existants les zones où l’îlot de chaleur urbain doit être atténué, et mettre à profit ces informations pour les projets futurs, afin d’éviter d’avoir recours à la climatisation par temps chaud, par exemple.

À la vision spatiale qu’apportent ces séries de températures, s’ajoute un aspect temporel : les mesures effectuées depuis 2004 par le Costel peuvent en effet être intégrées dans les modèles globaux. Et leur apporter de la précision. « Grâce à nos mesures, nous avons calculé qu’en ville, la température (jours et nuits confondus) a augmenté en moyenne de 0,9 à 1°C, souligne encore Vincent Dubreuil. Or cette amplitude est la même que celle observée au niveau global. » Les actions à mettre en œuvre à grande échelle pourraient bien s’inspirer de la ville !

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Nathalie Blanc

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