« À douze ans, j’ai découvert que l’on pouvait faire de sa passion pour la nature un métier. »

Portrait

N° 298 - Publié le 11 mai 2012
© MARINE POUVREAU
L'épreuve par 7
Françoise Hennion

Chercheur au CNRS en écologie végétale

Qu’auriez-vous fait si vous n’aviez pas été chercheur ?

En regardant un reportage sur un laboratoire d’aquaculture du Centre océanologique de Brest - devenu aujourd’hui Ifremer -, j’ai découvert la recherche en biologie dans ses aspects concrets. J’ignorais l’existence de tels laboratoires, qui permettaient de faire de sa passion pour la nature un métier ! J’avais douze ans et j’ai tout de suite commencé à chercher des stages, que je n’ai pas trouvés bien sûr... Mais depuis, j’ai toujours suivi cette direction. Mon tournant vers le monde végétal a eu lieu à l’université, après mes premières dissections.

Aujourd’hui, qu’avez-vous trouvé ?

J’ai trouvé récemment une convergence dans les réponses métaboliques de plantes à l’environnement qui reflète sûrement une voie d’adaptation. Ces résultats ont été publiés début 2012 mais sont issus d’échantillons prélevés pendant une campagne effectuée dans les îles subantarctiques de Kerguelen en 2005-2006. Cela montre que la recherche ne se fait pas en un jour.

Le hasard vous a-t-il déjà aidé ?

Je n’ai pas l’impression que le hasard ait joué un grand rôle dans mon parcours. Comme je vous l’ai dit, j’ai su très tôt que je voulais faire de la recherche. Et, côté résultats, ce sont mes déplacements répétés aux Kerguelen - sept missions de deux à cinq mois depuis 23 ans - où les conditions d’environnement sont contrastées et limites pour les plantes, qui m’ont permis d’obtenir une lecture plus claire des réponses biologiques.

Qu’avez-vous perdu ?

Un réglet sur l’île Australia, lors de ma dernière campagne aux Kerguelen en décembre dernier ! Je m’en sers pour mesurer la taille des feuilles avec précision. Sur un mode moins gai, j’ai perdu pas mal d’illusions sur les possibilités d’avancer la recherche autant que désiré étant donné les faibles moyens dont nous disposons. Je trouve que la recherche fondamentale, effectuée notamment au CNRS, n’est pas assez valorisée. Sa place dans la société est toujours un peu négative, avec l’image du chercheur un peu fou, égoïste et limite dangereux… Alors que c’est bien la recherche fondamentale qui est à l’origine des applications.

Que faudrait-il mieux ne pas trouver ?

Rien. La connaissance n’est jamais néfaste. Après, c’est la société qui décide quoi en faire. Je pense que c’est plutôt l’absence de connaissances qui est dangereuse. C’est la porte ouverte à l’obscurantisme.

Quelle est la découverte qui changerait votre vie ?

Je ne m’interroge pas trop sur cela… Par contre j’aimerais bien que la recherche scientifique se rapproche plus de la démarche artistique. Car, comme l’art, la recherche se nourrit beaucoup de la créativité, de réflexions diverses… Elle n’est pas une mécanique bien huilée.

Qu’est-ce qui vous ferait douter de la rationalité ?

Rien. Par essence, je suis rationnelle et je défends la rationalité. L’irrationalité se nourrit de ce qui n’a pas encore été expliqué, même si ici nous rencontrons notre limite biologique.

Interviewée dans son bureau par Nathalie Blanc, après un essai manqué depuis le terrain, dans les îles subantarctiques.

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