Du plastique 100% breton

Le bioplastique produit par les bactéries est extrait sous forme de poudre (au centre). Des additifs peuvent être ajoutés (couleurs, stabilisants thermiques ou UV), avant la mise en forme (film, moulage).
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Fabriqué à Lorient en laboratoire, un plastique biosourcé pourrait bientôt être produit à plus grande échelle.

Fabriquer du plastique biocompostable et biodégradable est déjà une belle intention. Quand il s’agit en plus de le produire en valorisant des déchets issus des industries agroalimentaires bretonnes que l’on fait digérer par des bactéries marines, il n’y a plus rien à redire... Sinon applaudir les chercheurs du Laboratoire d’ingénierie des matériaux de Bretagne (LimatB) à l’origine du projet PHApack(1), débuté en septembre 2012. C’est ce qu’a fait le journal de stratégie et veille technologiques en environnement Green News Techno, en le sélectionnant au niveau national (avec un autre projet) lors d’une session sur la valeur des déchets pendant la journée Transfert Innov’Eco organisée à Paris, en avril dernier.

Avec des industriels

Car l’originalité du travail des chercheurs de Lorient est bien là : il n’est pas question de partir d’une source, comme le dextrose, déjà utilisée en agroalimentaire. L’idée est de valoriser des déchets. « Mais pas n’importe lesquels, précise Yves-Marie Corre, l’ingénieur en charge du projet. Il s’agit de déchets bien identifiés, c’est-à-dire dont nous connaissons et maîtrisons la composition. Pour que cela soit possible, et que ces déchets soient disponibles régulièrement en grandes quantités, nous nous sommes rapprochés d’industriels. » Séché Environnement et Sojasun fournissent ainsi au laboratoire deux types de déchets, principalement carbonés et issus de résidus ou de sous-produits des procédés de la filière végétale de type fruits et légumes. Ils sont utilisés de façon complémentaire dans le procédé.

De 10 à 100 g

Si les premiers grammes de biopolyester (polyhydroxyalcanoate ou PHA) ont été produits et caractérisés en laboratoire en 2011, après sélection du couple substrat/ bactérie (projet Biocomba(2)), « Aujourd’hui, avec le projet PHApack, notre objectif est de changer d’échelle et d’arriver à fabriquer plusieurs centaines de grammes de produit en continu », poursuit le chercheur. Après, vient aussi la partie extraction du bioplastique. Car le PHA synthétisé par les bactéries reste à l’intérieur de celles-ci. Il faut le récupérer. La solution la plus courante est l’utilisation de solvants chlorés mais, à grande échelle, ils sont nocifs pour l’environnement. Toujours dans la logique d’un plastique biosourcé, réalisé à partir d’un procédé durable et respectueux de l’environnement, les chercheurs travaillent sur la piste de l’extraction enzymatique (grâce à une enzyme qui détruit la paroi des bactéries), ou mécanique (avec des chutes de pression).

À mi-parcours du projet, toutes ces phases de production à l’échelle pilote sont en cours d’optimisation. Séché Environnement, qui possède les infrastructures adéquates, se dit d’ores et déjà intéressé pour tester la production à l’échelle industrielle. Le plastique 100 % breton est donc sur la bonne voie.

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Nathalie Blanc

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