Les mouettes et les éoliennes offshore

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N° 331 - Publié le 7 mai 2015
© Aurore Ponchon
En équipant les mouettes de GPS miniatures (le carré noir caché sous l'aile), les biologistes veulent savoir si elles circulent dans les futurs parcs éoliens.

Deux études sont en cours, en Normandie et en Bretagne, pour comprendre les interactions entre les oiseaux et les futurs parcs éoliens marins.

Dans la Manche, où la recherche d’énergies renouvelables se développe, l’Agence des aires marines protégées (AAMP) met en place une gestion durable de l’espace. Avec des associations et des scientifiques, et dans le cadre du projet franco-anglais Panache(1), l’AAMP coordonne un observatoire des oiseaux marins. La mouette tridactyle (photo) vit au large et ne s’approche des falaises que pour nicher. « C’est une espèce patrimoniale, explique Christophe Aulert, responsable de l’antenne Manche Mer du Nord de l’AAMP. Une étude est en cours pour connaître quels seraient les éventuels impacts des champs d’éoliennes sur les mouettes tridactyles, en période de nidification. »

Deux parcs éoliens offshore sont en projet en Normandie : au large de Courseulles-sur-Mer (Calvados)(2) et de Fécamp (Seine-Maritime). En collaboration avec l’Agence des aires marines et deux associations d’ornithologues(3), les chercheurs CNRS du Centre d’écologie fonctionnelle et évolutive, à Montpellier, ont étudié les mouvements des mouettes de trois colonies : à Saint-Pierre-du-Mont, à l’ouest de Courseulles-sur-Mer, à Fécamp et Boulogne. « Cet oiseau est intéressant, car son succès de reproduction est directement lié à la quantité de ressources alimentaires disponible, explique la biologiste Aurore Ponchon, qui a réalisé l’étude. Il se nourrit de quelques espèces de poissons seulement. »

40 oiseaux suivis

Entre juin et août 2014, les naturalistes ont capturé 45 oiseaux dans des filets, devant les falaises où nichent des colonies. « Nous les avons équipés d’un GPS, couplé avec un système de communication VHF. Les données : latitude, longitude, vitesse, date et heure, sont téléchargées quand l’oiseau est à proximité de l’antenne, placée dans la falaise », poursuit Aurore Ponchon. Plus besoin de récupérer le GPS miniature (3,5 cm de long pour 7 g), qui finit par se décoller. Au final, la biologiste a des données sur les 626 trajets de 40 oiseaux, de juin à août 2014. Selon la vitesse et la sinuosité de la trajectoire, elle sait si l’oiseau pêche, vole en ligne droite ou se repose.

En cours de finalisation, l’étude se concrétise par des cartes. Elles montrent que les oiseaux de la colonie de Fécamp ne circulent pas dans la zone des futurs parcs. Par contre, ceux de Saint-Pierre-du-Mont transitent à travers celui de Courseulles-sur-Mer. Se cogneront-ils aux pales ? « Le risque de collision existe, mais reste faible. Les chocs sont surtout nocturnes, mais l’étude n’a pas montré que les mouettes sont actives la nuit. » L’impact plus important pourrait venir de la dégradation de la zone d’alimentation des oiseaux.

« L’implantation d’éoliennes offshore peut modifier localement les courants, la température de l’eau ou la salinité. Cela pourrait altérer la production primaire, qui attire les poissons, et perturber la chaîne alimentaire. »

La biologiste nuance les premiers résultats : « Il faudrait réaliser l’étude sur plusieurs années, car l’environnement peut changer : les proies des mouettes varient selon les courants et la température de la mer. » En couplant les données récoltées (19160 localisations) et les paramètres océanographiques, Aurore Ponchon a créé un modèle qui donne une probabilité de présence des mouettes, n’importe où en Manche.

Au large du Croisic

Les naturalistes de Bretagne Vivante suivent de près ces études. Il y a deux colonies de mouettes tridactyles dans notre région, au cap Sizun et au cap Fréhel : quelles seront leurs interactions avec le parc éolien de la baie de Saint-Brieuc ? Les ornithologues bretons mènent aussi un projet de suivi des oiseaux, avec le futur parc éolien du banc de Guérande, au large du Croisic. En mai et juin 2014, 1100 goélands des îlots de Houat à Belle-Île ont été bagués, sept d’entre eux équipés de GPS (reliés par GSM(4), durée de vie deux ans et demi). Dix autres le seront ce mois-ci. L’objectif est de savoir si les goélands fréquentent le secteur du futur parc. Ce type d’études, les premières en France sur les interactions entre les oiseaux et les éoliennes en mer, est déjà répandue en Grande-Bretagne. Outre-Manche, le financement des études d’impact de l’éolien offshore se renforce, pour savoir comment réagiront les oiseaux et les mammifères marins.

Répartition des mouettes en mer (alimentation ou repos)

Nicolas Guillas

(1) Le projet Panache (Protected Area Network Across the Channel Ecosystem) est inscrit dans le cadre du programme européen Interreg (interreg4a-manche.eu).

(2) www.parc-eolien-en-mer-du-calvados.fr/environnement/etudes.

(3) Le Groupe ornithologique normand (GONm) et le Groupe ornithologique et naturaliste du Nord - Pas-de-Calais (GON).

(4) Global System for Mobile Communications.

Christophe Aulert
Tél. 02 32 85 38 61
christophe.aulert [at] aires-marines.fr (christophe[dot]aulert[at]aires-marines[dot]fr)

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