Connectés pour la sécurité

N° 342 - Publié le 22 juin 2016
© Mimi Potter / Fotolia

Un système de communication véhicule-route va être testé cet été en Bretagne pour améliorer la sécurité.

GPS, radar de recul, connexions Bluetooth… Connectées, les voitures d’aujourd’hui le sont déjà. Cartographie assistée, aide au stationnement, accès à son répertoire téléphonique ou musical, ces connexions apportent avant tout du confort. Et ne concernent que les véhicules pris un à un. Les défis en cours consistent à les connecter entre eux et à leur environnement. Pour en faire des véhicules autonomes ? Cette question est de moins en moins futuriste (lire p. 15). Et, même si les questions juridiques et d’acceptabilité sont encore nombreuses (lire p. 12-13), les recherches dans ce domaine vont bon train.

Mais l’autonomie n’est pas la seule application. Une voiture connectée à son environnement et aux autres véhicules peut avant tout, en recevant et (ou) en émettant des informations, permettre d’améliorer la sécurité des conducteurs et des agents qui travaillent sur le bord de la route. C’est l’objet du projet SCOOP@F lancé en 2014 (jusqu’en 2018) par le ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer et financé à 50 % par l’Union européenne. Cinq sites de tests, dont la Bretagne grand Ouest(1), sont impliqués en France et le volet local est piloté par ITS Bretagne et la Direction interdépartementale des routes Ouest (Diro).

Le projet consiste à installer le long de la route des bornes qui vont pouvoir relayer plusieurs types d’informations. Le premier est une information dite descendante qui émane du gestionnaire routier. « Cela peut être une alerte sur la position d’un chantier, par exemple. L’information est envoyée depuis une plate-forme de centralisation qui la diffuse vers toutes les unités de bord de route situées dans la zone concernée, explique Guillaume Farny, directeur d’ITS Bretagne. Quand une voiture passe à proximité de la borne, elle capte le message qui s’affiche à l’intérieur de l’habitacle. » Aujourd’hui, ce genre d’information est diffusé via des panneaux à messages variables fixes ou mobiles, mais pas directement dans les voitures. Les panneaux fixes sont très visibles mais relativement chers à l’achat (entre 200000 et 250000 €, le prix de 30 à 40 unités de bord de route) en installation et en maintenance, et les messages diffusés sont courts. Au final, le rapport efficacité-prix de l’investissement est assez faible.

Supprimer les panneaux

Quant aux panneaux mobiles, ils nécessitent un véhicule de service et du personnel ce qui peut devenir limitant si plusieurs événements surviennent en même temps. Le système SCOOP@F pourrait permettre à terme de s’en affranchir. L’information à transmettre peut aussi être montante. Elle peut venir du conducteur qui, comme avec les autres outils collaboratifs tels que le réseau social Waze, peut avertir d’un danger. Mais l’objectif est qu’elle provienne avant tout du véhicule lui-même, de façon automatique, grâce à un module capable de récupérer et traiter les données sur l’état du véhicule comme le freinage ou l’allumage des feux. « Ce genre d’information doit ensuite absolument être traité pour savoir s’il s’agit d’une action isolée ou si plusieurs véhicules sont concernés, précise Imad Fhail, chef du projet SCOOP@F à ITS Bretagne. C’est le rôle de la plate-forme de centralisation qui va analyser et qualifier l’ensemble des informations du système. Elles ne seront renvoyées aux usagers que si elles ont été jugées fiables. C’est toute la plus-value du projet par rapport aux outils collaboratifs existants. »

Sur les routes bretonnes cet été

Le test des prototypes est en cours en laboratoire. Des expérimentations en conditions réelles, sur routes, sont prévues cet été en Bretagne(2). Le développeur des unités de bord de route, Neavia Technologies (basé à Ploufragan, Côtes-d’Armor), fournisseur de plusieurs partenaires SCOOP@F, en installera(3) soixante d’ici à 2017, en cas de succès des expérimentations de l’été.

Une partie de la flotte de véhicules de service sera aussi équipée par la société YoGoKo, une start-up rennaise(4). De leur côté, les constructeurs Renault et Peugeot PSA-Citroën, autres partenaires de SCOOP@F, équiperont des véhicules particuliers disponibles à la vente à partir de 2017.

La sécurité mais pas seulement

« SCOOP@F a montré que la communication était possible, reprend Guillaume Farny. Après, on peut échanger le nombre de données que l’on veut, sans oublier les questions de confidentialité, la gestion et l’actualisation des différents protocoles... Nous avons commencé par travailler sur la sécurité, mais le croisement de données peut donner lieu à de nouveaux services. » Certains ont déjà été imaginés, axés sur le loisir ou la multimodalité des transports : indication de lieux de restauration ou de loisirs sur un itinéraire de délestage proposé lors d’un accident ; communication des horaires des trains à la gare la plus proche si l’usager est coincé dans un bouchon... « Avec ses compétences en télécommunications et en traitement de l’image, la Bretagne est très bien placée, analyse Guillaume Grolleau, directeur de projets chez Neavia Technologies. Le projet SCOOP@F montre que les gestionnaires routiers s’investissent pleinement sur l’aspect numérique ce qui est important pour la sécurité. » Mais les applications sont infinies !

Être dans la course pour concevoir le véhicule de demain

Les passerelles entre constructeurs automobiles, sociétés de transports, développeurs de services et usagers facilitant la mobilité se développent. Le projet de campus numérique Auto-mobilités Bretagne, composante de la plate-forme automobile “Filière automobile et mobilités”, a pour ambition d’organiser la montée en compétences des entreprises pour qu’elles puissent adapter leurs activités autour d’une spécialisation attendue par les marchés : le Véhicule vert et serviciel 100 % connecté. « Car celui-ci nécessite de nouveaux savoir-faire pour sa conception, sa réalisation et son usage », précise Jean-Luc Hannequin, directeur délégué au développement à la CCI de Rennes. Le campus offrira ainsi un espace collaboratif entre concepteurs et utilisateurs permettant de coconcevoir et d’expérimenter, en situation, les solutions de mobilité en vue de les déployer sur les marchés. Et de faire de la Bretagne un territoire de référence de l’automobilité.

Klervi L’Hostis
Jean-Luc Hannequin tél. 02 99 33 66 66 jlhannequin@rennes.cci.fr
Nathalie Blanc

(1) Les quatre autres sites sont : le département de l’Isère, la Direction interdépartementale des routes Atlantique (Dira) pour la rocade de Bordeaux, la Société des autoroutes du nord et de l’est de la France (Sanef) pour l’axe Paris/Strasbourg et la Direction des routes d’Île-de-France (Dirif).
(2) Sur les axes Rennes - Saint-Brieuc, Rennes - Nantes et les rocades de Rennes et Nantes.
(3) En accord avec les membres du projet local : Diro, Conseils départementaux des Côtes-d’Armor et d’Ille-et-Vilaine, Saint-Brieuc Agglomération.
(4) Issue de Télécom Bretagne.

Guillaume Farny et Imad Fhail
tél. 02 96 77 32 22
guillaume.farny@itsbretagne.net
imad.fhail@itsbretagne.net

Guillaume Grolleau
tél. 02 96 76 63 38
guillaume.grolleau@neavia.com

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