La généralisation de la pêche arrière

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Gens de mer, santé et sécurité
La généralisation de la pêche arrière

 
   


Une technicité aboutie, une ergonomie à développer

 

 

 


Même si la sécurité a été améliorée, la pêche reste toujours un métier à risque. Ici, le virage d'un chalut.

 

En France le chalutage est la technique de pêche prédominante. Initialement, les chaluts étaient déployés de manière latérale, puis, s'est imposée la technique de pêche par l'arrière, avec ses avantages et ses inconvénients. Aujourd'hui, malgré un confort adapté à notre époque, le travail est toujours aussi difficile et le débat sur l'ergonomie reste ouvert.

A Lorient, René Le Quellec et Firmin Philippe, anciens patrons de pêche, impliqués dans les structures professionnelles, ont vécu les grandes mutations du secteur des pêches maritimes, depuis l'après-guerre jusqu'aux années 90. A cette époque, le chalutage était uniquement latéral et la mécanisation était loin d'être généralisée. Plusieurs chalutiers travaillaient uniquement à la voile, sans aucun moyen pour conserver le poisson. "Le travail à bord était épuisant car les treuils faisaient appel à la seule force humaine et il fallait souvent intervenir sur la voilure à chaque changement de vent. Faute de moteur et de chauffage, nous n'avions aucun moyen de nous sécher".

La mécanisation a été vécue comme une amélioration de ce point de vue. "La pêche latérale était une technique efficace, mais, la plage de travail, située au milieu du navire, était totalement exposée aux éléments. Le travail d'éviscération s'effectuait au grand air, à la merci des grains et des lames, qui pouvaient même emporter la pochée". Dans les années 50, Robert Nicol a commandé à Lorient, des navires de ce type, les Branly et Doumer. "De vrais sous-marins par gros temps. Parfois, il n'y avait que la passerelle et le gaillard d'avant qui sortaient de la mer. Et le poste d'équipage était à l'avant, sous le gaillard !"

Mais, en cas de croche, le train de pêche pouvait facilement être dégagé. "Le bateau revenait à l'aplomb de la croche et pouvait dégager le chalut", explique René Le Quellec.

 

 

Les chalutiers pêche-arrière

Le premier chalutier du genre, le " Paris-Bretagne ", construit aux Chantiers de la Perrière à Lorient, fut lancé en 1961. Ce dispositif de pêche-arrière fut d’abord installé sur les gros chalutiers de pêche au large et plus lentement sur les petites unités.

 

 

Ces nouveaux chalutiers ont apporté aux équipages un confort de vie et de travail, une protection contre les éléments naturels. La productivité s'est accrue avec la montée en puissance des moteurs et des treuils et l'installation d'enrouleurs de chalut. En termes techniques, le chalutier à pêche arrière est un outil très mécanique, plus lourd que le chalutier classique. Cette puissance n’a cependant pas permis de réduire les risques d’accidents lors de certaines manoeuvres, comme l'accrochage des panneaux de chalut présentant parfois un facteur aggravant. Les croches du pêche-arrière peuvent être redoutables : elles sont à la source de plusieurs naufrages. "Aujourd'hui, les treuils peuvent être réglés pour débrayer au-delà d'un seuil de tension", explique Yvon Le Roy, spécialiste de l'ergonomie à l'Institut Maritime de Prévention de Lorient.

 


Le "Paris-Bretagne", premier chalutier professionnel à pêche arrière, a été lancé à Lorient en 1961.

 

Questions d'ergonomie

En fait, tous les problèmes relatifs au travail et à la sécurité ont été répertoriés par type de chalutiers. Sur les plus petits, à un seul pont de travail, ils découlent souvent de l'utilisation d'un même espace où les hommes s'affairent à des activités différentes, les manoeuvres, les réparations, le travail du poisson". Le gel actuel de la construction de chalutiers semble limiter les occasions d'innover. "En période de crise donc aussi de choix d’organisation du travail, on dit que ce n'est pas le moment, et quand tout va bien, on n'y pense plus. Et pourtant, il est possible d'apporter des améliorations sur la flotte existante".

 

 

Associer les hommes à l'innovation

La Coopération maritime et l'Institut Maritime de Prévention ont ainsi édité des guides de formation sur des thèmes comme l'ergonomie des passerelles, la conception des postes de travail ou la sécurité intégrée. "Le Fonds d'amélioration des conditions de travail aide tous les projets allant dans ce sens. Lors d'une modernisation, nous pouvons aider l'armateur à mettre en évidence les aspects relatifs au travail". Cette prise en compte doit nécessairement associer les marins, qui vivront au quotidien les modifications apportées. L'efficacité technique n'existe qu'à travers les hommes. C'est pour n'avoir pas respecté cette règle que plusieurs innovations récentes, malgré leur intérêt, n'ont pas débouché.

 

 

 

Le chalutier de l'avenir

En Bretagne, les chalutiers dits industriels (55 m de long, 2.000 ch de puissance), ont été conçus au début des années 70. Bien que modernisés, ils devront à un moment ou un autre être renouvelés. "Dans le cas de l'armement Jégo-Quéré, une réflexion conduite par l'armateur et ses patrons avait permis de cerner le chalutier industriel de l'avenir", rappelle Firmin Philippe. "Le bateau le plus adapté à nos métiers devrait mesurer 60 mètres, développer 3.500 chevaux". Une telle unité devrait intégrer l'ensemble du progrès technique actuel et les diverses recommandations en matière d'ergonomie.

L'ancien patron et l'ergonome se rejoignent pour souligner la nécessité d'une relance de la formation, pour fournir à la pêche des marins et des cadres capables de répondre aux nouveaux défis.

 

Pour en savoir plus

 

- Les améliorations relatives à la sécurité sont souvent simples, même si elles mettent longtemps à s'imposer. Ainsi, sur les gros chalutiers de pêche au large, l'installation de portes basses à l'entrée de la rampe permet de protéger les hommes contre les lames qui envahissent souvent le pont de pêche par mauvais temps.

- La flotte française, avec son armada de pêche-arrière, est sans doute la plus moderne d'Europe. Pour autant, la technique de pêche latérale n'est pas désuète, puisqu'elle est toujours utilisée en Irlande, aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne.

- A terre, le secteur du bâtiment est celui qui compte le plus d’accidents. Un ouvrier sur 8 est victime d’un accident chaque année. Dans le secteur de la pêche, cette probabilité est de un sur 6. Les pêcheurs subissent actuellement 3 000 accidents graves par an. Si l'on pouvait amener les 20 000 marins pêcheurs au niveau de risque du  " bâtiment ", on éviterait 800 accidents par an.