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Une matinée à bord

Mardi 22 juillet, 8h : Victor est à l’eau depuis lundi soir, 19h. Ce matin, je suis de quart dans la cabine de pilotage, à suivre l’évolution du robot sur le sol de Lucky Strike. Mon rôle : prendre des captures d’écran de ce que le robot filme. Victor cherche une sonde de température puis prend des mesures dans le creux d’une fissure.

À 9h, le programme prévu pour cette sixième plongée est achevé. Il reste trente minutes pour se balader librement en fond de mer à la découverte de nouvelles curiosités. En voyant les images, je comprends petit à petit la passion de Mathilde Cannat (CNRS) pour la géologie du lieu. Aujourd’hui particulièrement, c’est jour de fête : Victor découvre un site inconnu jusqu’alors. Des cheminées de dix mètres de haut et des piliers de lave durcie par la fraîcheur de l’eau apparaissent devant nos yeux. La précision de l’image est saisissante : la caméra principale de Victor est capable de distinguer un caillou de 3 mm.

La cheminée du site. Le blanc indique la présence de bactéries. Les sédiments oxydés donnent une couleur rouille à la roche (à gauche).

9h30 : Le robot apparaîtra à la surface dans une heure et demie. Le temps pour moi de faire un tour dans la chambre froide où Jozée Sarrazin et Yann Lelièvre sélectionnent des crevettes pour Océanopolis, à Brest.

Ces crevettes de 3 cm environ vivent à 1700 mètres de profondeur, là où la pression est de l’ordre de 170 kg/cm².

Il est presque 11h. Me voilà sur le pont arrière. Les marins ont commencé à enrouler la laisse de Victor. 230 m de câble lourd. L’opération, bien rodée, prend au moins dix minutes.

Dessiner un grand huit pour éviter de tordre le câble et d'altérer la fibre optique à l’intérieur.

11h20 : Victor arrive dans son hangar après une petite douche au tuyau d’arrosage. Il est prêt à distribuer ce qu’il a récolté. Surprise : l’os de baleine qu’Ana Colaço recherchait est dans son panier ! Il a été retrouvé cette nuit. (Voir « Le réveil de Victor »)

Deux chimistes, Cécile Cathalot (Ifremer) et Benoît Pernet-Coudrier (Institut universitaire européen de la mer) récupèrent leur matériel : quinze poches remplies de fluide prélevé à différentes températures entre 4°C (température de l’eau de mer pure) et 300°C (température d’un fumeur) de façon à établir l’évolution de la composition des fluides aux alentours des fumeurs.

Victor a deux étages. Le module d’en haut comprend toute son électronique. Celui d’en bas rassemble les instruments de prélèvements de faune et de fluides.

11h30 : Je retrouve Céline Bachelier, océanographe au CNRS. Elle s’apprête à faire le mouillage d’un instrument qui mesure la température et la conductivité de l’eau depuis la surface jusqu’au fond.

Tony Le Berre, chef de bordée (à gauche), actionne le treuil pour mettre à l’eau le capteur.

Il est midi. Mon quart se termine. Je passe le relais à Céline Bachelier, qui poursuivra la retranscription des événements du bord sur le cahier de quart jusqu’au prochain roulement, à 16h…