Dans la canette, une thérapie contre le cancer

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janvier 2008
© Nicolas Guillas
Né d'un laboratoire universitaire, la société Nutrialys est dirigée par Bruno Chevalier (à gauche) et Jacques-Philippe Moulinoux

<strong>Entreprise</strong> La jeune société Nutrialys produit des aliments pour les patients atteints de cancer. Cette thérapie nutritionnelle concentre plus d’une décennie de recherche médicale à Rennes.

Depuis quelques mois, 120 patients(1) souffrant de cancer ou de douleurs chroniques consomment des aliments mis au point par la société Nutrialys, à Saint-Grégoire, près de Rennes. Baptisés Castase et Polydol, ces aliments de thérapie nutritionnelle sont des liquides, au goût de biscuit ou de fraise, à boire dans des canettes de 250ml. Prescrits sur ordonnance médicale et remboursés par la Sécurité sociale, ils sont le fruit de plus d’une décennie d’études scientifiques, au sein du Groupe de recherche en thérapeutique anticancéreuse (Gretac), à l’Université de Rennes1. « La première idée remonte à 1990, se souvient le professeur Jacques-Philippe Moulinoux, président de Nutrialys. Quand j’ai vu les premières commandes de canettes et les premières ordonnances médicales, j’ai trouvé ça extraordinaire ! »

Ces boissons contiennent des protéines, des lipides, des glucides et des sels minéraux. Six canettes remplacent toute l’alimentation quotidienne ! Leur originalité est l’absence de polyamines, présentes dans de très nombreux aliments. Ces molécules, ainsi que l’a démontré la recherche hospitalo-universitaire française, et en particulier les scientifiques du Gretac dans plus d’une centaine d’articles scientifiques, sont nocives quand on souffre d’un cancer. « Nous avons démontré que la réduction de l’absorption de polyamines réduit la croissance tumorale et stimule certaines défenses immunitaires contre le cancer. » Ces découvertes, ainsi que celles sur la douleur, sont protégées par des brevets, appartenant à l’Université de Rennes1. Depuis le 26 novembre 2007, des licences exclusives ont été signées avec Nutrialys.

Pas d’effets secondaires

Pour l’instant, les patients sont très satisfaits de leur traitement... sauf que les arômes ne sont pas assez variés. Et leurs médecins ont été séduits, « car ce n’est pas invasif : on change l’alimentation, mais on ne touche pas au traitement lui-même », précise Jacques-Philippe Moulinoux. Il n’y a pas d’effets secondaires, comme des troubles digestifs, et c’est une nouveauté. « Plutôt que d’ajouter des médicaments dans l’alimentation, nous en retirons les polyamines, c’est une technologie de rupture, estime Bruno Chevallier, le directeur de Nutrialys. Nous apportons de l’innovation, car c’est le premier aliment capable de lutter contre le cancer et la douleur. »

Le caractère novateur de Nutrialys a été reconnu par deux prix. Jacques-Philippe Moulinoux est le lauréat 2005 et 2007 des 7e et 9e concours nationaux d’aide à la création d’entreprises de technologies innovantes.
Créée en février 2006, la société compte aujourd’hui quatre salariés. Les premiers patients ont consommé 20000 canettes, produites par Coralis, du groupe Agrilait, à Rennes. D’autres programmes nutritionnels sont à l’étude sur des maladies neurodégénératives. Et des partenariats s’établissent pour l’exportation.

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Nicolas Guillas

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