Une micropuce à l’oreille

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janvier 2008
Il y a quinze ans, les personnes implantées portaient un boîtier à la ceinture relié à l'oreille par un fil. Aujourd'hui, les implants cochléaires tiennent autour de l'oreille.
© Céline Duguey

Destinés aux sourds profonds, Les implants cochléaires transmettent directement les sons au nerf auditif. 

Les appareils que Benoît Godey, professeur au service ORL du CHU de Rennes, manipule sont étonnants. Ils remplacent l’oreille, depuis le conduit auditif jusqu’à la cochlée (lire encadré), d’où leur nom : implants cochléaires.

« L’idée, c’est de capter le son à l’extérieur, de l’analyser grâce à un microprocesseur et de l’envoyer sous forme d’un signal électromagnétique au récepteur situé sous la peau, derrière l’oreille. Une électrode l’amène dans la cochlée et envoie des micro-impulsions directement au nerf auditif. On remplace un influx nerveux naturel par un signal électrique, et pourtant le cerveau comprend ! »

Développer des connexions

Ce système est réservé à des cas spécifiques de surdités profondes, lorsque l’oreille interne ne perçoit plus les sons. Si la cochlée fonctionne encore, des prothèses qui amplifient le son suffisent à mieux comprendre la parole. « Les implants cochléaires nécessitent un suivi lourd, insiste Benoît Godey, et tous les patients ne peuvent pas en bénéficier. Chez certains adultes nés sourds, par exemple, le cerveau n’est pas habitué à recevoir des informations auditives. Il est impossible de les implanter, contrairement aux enfants sourds de naissance qui développent les connexions nécessaires entre l’oreille et le cerveau, grâce aux informations transmises par l’implant dès leur plus jeune âge. Il faut aussi s’assurer que le patient est motivé pour suivre la rééducation après l’opération : des rendez-vous à vie avec l’audioprothésiste pour les réglages et deux années en moyenne avec un orthophoniste. »

Apprendre le langage0

À Rennes, 60% des implantés sont des enfants. Gaïd Le Maner-Idrissi, maître de conférences en psychologie à l’Université Rennes2, les suit pour étudier le développement de la communication chez les enfants sourds. « Avant, ils devaient apprendre à communiquer différemment, avec la lecture labiale ou la langue des signes, par exemple. Aujourd’hui, tous les enfants implantés peuvent avoir accès au langage. Et les bébés - ils peuvent être opérés à partir de huit mois - apprennent quasiment comme des enfant entendants, même s’ils n’entendront jamais comme eux. » Une adaptation peu envisageable avant l’arrivée des implants, dans les années 80, et les progrès techniques qui ont permis leur miniaturisation. Aujourd’hui des travaux sont menés avec l’école d’audioprothèse de Fougères, pour améliorer les réglages. Et les fabricants poursuivent leurs recherches pour développer des systèmes complètement implantés.

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Céline Duguey

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