L'océan au bout des doigts

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février 2008
© Christophe Blanchard
Le non-voyant prépare sa sortie en mer avec le bras articulé : itinéraire, points de passage... Les informations sont enregistrées sur le logiciel qui sera embarqué sur le bateau.

Un logiciel de navigation cartographique permet aux non-voyants de naviguer aux sensations.

Comment rendre lisible et fonctionnelle une carte marine numérique pour les non-voyants ? Mathieu Simonnet, doctorant en psychologie cognitive au Centre européen de réalité virtuelle de Plouzané (Cerv), a eu l’idée de traduire des données (balises, présence de récifs...) en sensations tactiles.
Ses travaux de recherche en ergonomie ont débouché sur la mise au point d’un logiciel (SeaTouch) qui permet de simuler la navigation à l’aide d’un bras articulé (PhantOm).
Les informations habituellement lisibles sur une carte papier sont ici entrées dans le logiciel : position, points de route... Elles sont ensuite retranscrites à l’utilisateur, via le bras articulé. Ce bras se manipule dans un espace de 40 cm de large sur 30 cm de haut et 20 cm de profondeur. Les petits moteurs électriques positionnés dans les articulations génèrent des résistances mécaniques qui procurent des sensations tactiles. L’utilisateur peut ainsi ressentir les falaises, par exemple, via un retour de force.

“Relèvement ?”

Le non-voyant prépare virtuellement sa navigation. Il choisit la zone maritime dans laquelle il souhaite naviguer, identifie ses points de départ et d’arrivée, puis crée son itinéraire avec des points de passage, le tout à l’aide du bras articulé. Une fois à bord, il interroge le logiciel (embarqué), connecté au GPS et à la centrale de navigation. Il peut être renseigné, à tout moment, sur sa progression. Il suffit de demander “relèvement ?” Et le haut-parleur restitue le cap pour atteindre le prochain point de route, par exemple, en fonction de ce qui aura été préalablement programmé.
À défaut de rendre les non-voyants complètement autonomes sur un bateau, la mise au point technologique de Mathieu Simonnet ouvre de nouvelles voies. Aussi, même si la commercialisation de SeaTouch n’est pas prévue, le chercheur espère que son logiciel motivera d’autres projets.

Se représenter l’environnement

Bruno Quellec, président du collectif handicapés du Finistère et membre de l’association Orion (accès à la voile pour les déficients visuels) : « Les sensations procurées par le PhantOm sont tellement réalistes qu’on parvient, une fois le logiciel maîtrisé, à se construire une représentation exacte de l’environnement marin dans lequel on va être amené à évoluer. C’est la magie du virtuel ! Je pense d’ailleurs que les applications pourraient dépasser le cadre maritime. »

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Christophe Blanchard

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