Climat : mission réussie pour Tara

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avril 2008
© F. Latreille/taraexpeditions.org

Le voilier Tara est rentré en février. L’expédition avait pour objectif d’observer l’atmosphère, la glace de mer et l’océan Arctique en se laissant dériver.

Interview de Jean-Claude Gascard, coordinateur du programme européen Damocles, (par Michèle Le Goff)

 

Quelles sont vos premières impressions ?

C’est une aventure humaine hors du commun qui n’avait pas été tentée depuis l’expédition de Nansen à bord du Fram de 1893 à 1896. Pour le projet européen Damocles, Tara a été utilisé avec succès comme navette spatiale mise sur une orbite transpolaire. Le voilier est passé près du pôle Nord en mai 2007. C’est aussi une réussite scientifique de premier plan, car la dérive s’est produite à un moment où l’océan Arctique est entré dans une phase de mutations profondes. La banquise s’est spectaculairement rétractée à la fin de l’été 2007 et la dérive transpolaire a été beaucoup plus rapide que prévu.

Quels sont les premiers résultats ?

Il semble bien que l’effet “albédo”, le pouvoir réfléchissant de la surface de la glace, ait pris le pas sur l’effet de serre. Les analyses pour le confirmer sont en cours. La dérive de la glace, sous l’effet du vent et du courant, a été deux fois plus rapide que prévu. Celle du voilier a d’ailleurs duré 15 mois au lieu des 24 prévus. Nous avons constaté une fonte de la glace accrue en été avec présence de flaques sur 50% de la surface de la banquise autour de Tara. Lors du passage dans la région du pôle Nord, nous avons mesuré des masses d’air chaudes (température supérieure à 10°C) entre 700 m et 1 300 m d’altitude avec d’abondantes pluies. Enfin, nous avons mis en évidence un processus de formation de glaces de mer (frazil) très actif, lié à des conditions particulières de l’eau de mer, dans la couche de surface.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Nous allons mettre toutes les données à la disposition des scientifiques du programme Damocles, de tous les experts internationaux de l’Arctique mais aussi des écoles et du grand public d’ici la fin de l’année. Cela nécessite un travail de formatage et de filtrage des données. Certaines sont déjà accessibles mais, en l’état, elles s’adressent surtout aux spécialistes.

Le navire est-il toujours à Lorient ?

Tara va rester en révision générale quelques mois pour une inspection poussée de l’état de sa coque. La glace lui a imposé des efforts lors des phases de compression et de formation des crêtes de glace. Il s’agit d’en constater les conséquences.

Renseignements

Jean-Claude Gascard
Tél. 01 44 27 70 70
jean-claude.gascard@lodyc.jussieu.fr
www.taraexpeditions.org

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