Une collaboration nécessaire

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mai 2008
© Joël Laurent
Avec la souris de l’ordinateur, l’utilisateur déplace le poussin sur l’écran. Ce dernier “efface” l’image, faisant apparaître un nouveau visuel. Le résultat dépend de l’utilisateur.

Parmi les disciplines artistiques, le numérique est un exemple de collaborations avec des scientifiques.

Il s’impose dans le paysage artistique contemporain, mais reste méconnu du grand public. « L’art numérique recourt, de manière directe ou indirecte, aux technologies numériques, dont l’informatique », pose Joël Laurent, artiste et enseignant-chercheur à l’Université Rennes2. « Dans cette discipline, 80% des artistes recourent aux compétences d’informaticiens quand il s’agit de développer des programmes innovants. Et 20% effectuent eux-mêmes leurs recherches. » C’est le cas de l’universitaire. Il s’est formé à la programmation informatique, pour ne pas être contraint dans sa création.

Simulation

Dans le cadre de son nouveau projet artistique Patchwork, qu’il mène en collaboration avec l’artiste plasticien Hervé Mangani, il s’est néanmoins adjoint les compétences d’un professionnel de l’informatique, pour mettre au point un programme pointu. Ce dernier permet de se promener dans une peinture et de zoomer, jusqu’à visualiser les pigments qui
composent la peinture. Les artistes ont glissé dans l’œuvre quelques mots clés, visibles en zoomant à des endroits précis et renvoyant à un autre visuel. Cela crée un parcours visuel et sémantique.
Mais la collaboration scientifique ne se limite pas au domaine de l’informatique.
« Le travail des biologistes ou des généticiens, par exemple, nous intéresse aussi. Cette collaboration nous est même nécessaire. En effet, dans l’art numérique, nous ne cherchons plus à atteindre le réalisme des images 3D.




Patchwork s’inspire d’un système de navigation type Google Earth, mais permet de
zoomer non plus sur une carte, mais dans une œuvre et d’y découvrir quelques
surprises glissées par l’artiste. 

© Joël Laurent-Hervé Mangani, 2008

C’est chose faite ! Aujourd'hui nous voulons reconstituer la réalité, reproduire le fonctionnement du vivant. Nous ne sommes plus dans la représentation mais dans la simulation »
, explique Joël Laurent. Il pense notamment aux personnages virtuels (voir Sciences Ouest n°253) qui auraient le même comportement que des êtres réels.

Parce qu’il s’ouvre à d’autres approches, d’autres disciplines, l’universitaire est à l’origine, avec deux autres confrères(1), d’un programme de recherche pluridisciplinaire sur “L’œuvre et l’imaginaire à l’ère numérique”. Il court sur la période 2008-2011 et fédère deux laboratoires de l’équipe d’accueil   Arts : pratiques et poétiques(2) de l’Université Rennes2. Il s’intéresse notamment à la relation entre arts, science et technologies numériques. Entre autres projets de ce programme, la création d’une plate-forme numérique de création et d’exploration artistique. Il s’agit d’un logiciel pour mettre en œuvre aisément des projets artistiques, alliant sons, capteurs, images et ordinateurs. Il entre, à l’origine, dans le cadre d’un appel à projets lancé par le conseil régional de Bretagne sur les créativités et thématiques exploratoires.

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Michèle LE GOFF

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