Gossple, un Google collaboratif

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juillet 2008
Anne-Marie Kermarrec a reçu une bourse grâce à l’originalité de son projet Gossple, fusion de gossip (rumeur) et Google.
© Céline Duguey

Une chercheuse de l’Inria(1) vient de recevoir une bourse européenne pour son projet de moteur de recherche collaboratif.

Google, Yahoo... malgré leur puissance, les moteurs de recherche classiques ne sont pas aptes à répondre à toutes les demandes. Anne-Marie Kermarrec, directrice de recherche à l’Inria, parle en connaissance de cause. « J’ai cherché en vain sur le Net une baby-sitter anglophone qui ne soit pas une jeune fille au pair, explique-t-elle. Les personnes intéressées existent, mais elles ne sont pas forcément visibles sur Internet. » De là est née son idée d’un moteur de recherche collaboratif, qui lui a valu un prix du Conseil européen de la recherche. Son projet, nommé Gossple, bénéficie d’un financement de 1,250 million euros sur cinq ans. L’idée repose sur le pair-à-pair, le même principe qui permet de partager des fichiers grâce à des logiciels comme Emule ou Kasaa. Au lieu de privilégier un serveur central qui gère toutes les données, comme le font les moteurs de recherche actuels, les logiciels de partage mettent à contribution les utilisateurs : chacun met à disposition un peu de ses ressources en échange de l’utilisation du service.

Faire circuler la rumeur

Anne-Marie Kermarrec souhaite partager plus que des fichiers. L’objectif du programme : formuler une requête, par exemple « je cherche une baby sitter anglophone » et obtenir directement une réponse d’utilisateurs intéressés, un peu comme les annonces éditées dans un journal. « En fonction des données que les gens mettront à disposition grâce à un logiciel, des communautés émergeront, par centres d’intérêts. La requête va circuler de proche en proche, un peu comme une rumeur, jusqu’à atteindre une communauté pouvant répondre à la demande. »

Si le partage de fichiers au format prédéfini –images, musique– est déjà bien développé, les difficultés techniques restent nombreuses pour Gossple. « Il faut savoir comment exprimer une requête : peut-on se restreindre à des mots clés, par exemple, ou comment faire naviguer la requête d’une communauté à une autre. Et aussi pouvoir recevoir une réponse a posteriori et provenant de plusieurs sources différentes. »

Décentralisation

Gossple permettrait de répondre personnellement aux demandes, mais aussi d’“assurer” le fonction-nement du système. « La décentralisation améliore la disponibilité du système : si l’ordinateur d’un particulier tombe en panne, contrairement à un serveur unique, l’impact est minime, explique l’informaticienne. Elle permet aussi de résoudre les problèmes de passage à l’échelle. Face à l’augmentation du nombre de machines connectées, il faut des serveurs de plus en plus puissants. » Côté écologie, le pair-à-pair rend inutiles les énormes centres de données, économisant ainsi les masses d’énergie que ces machines consomment. « On s’éloigne aussi du principe d’un serveur omniscient, un “big brother” détenteur de toutes les informations. Ici, chacun ne connaît qu’un sous-ensemble restreint du système. » Pour autant, Gossple ne veut pas concurrencer Google, « il s’agit plutôt de complémentarité », précise Anne-Marie Kermarrec. D’ici quelques jours, la bourse sera officiellement accordée. Rendez-vous dans cinq ans pour les premières recherches collaboratives. 

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Céline Duguey

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