Prévoir les océans

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juillet 2008
Mise à l’eau d’une bouée autonome. Elles sont 3000 réparties à la surface du globe.
© Ifremer

Par satellite, en bateau ou grâce à des bouées, les scientifiques européens surveillent l’océan pour prévoir ses évolutions.

Le Météo France des mers ! Pour améliorer la connaissance de l’état de l’océan mondial et des mers européennes, des chercheurs de seize pays européens se sont associés autour du projet Mersea(1). Initié en 2004 et piloté par l’Ifremer(2) de Brest, ce programme d’observation et de prévision de l’océan est arrivé à son terme en avril. « Il ressemble au système de prévision météo », explique Yves Desaubies, coordinateur scientifique et technique du projet. Pour prévoir le temps, Météo France collecte des données très diverses et les analyse en moins de 24 h, afin de donner des prévisions fiables. Mersea a les mêmes ambitions, pour le milieu marin : les données collectées sont intégrées dans des modèles qui permettent de prévoir l’état de l’océan et des mers européennes sur quelques jours, voire quelques semaines.

« De nombreux pays disposent déjà de systèmes de surveillance de l’océan, mais le programme permet de coordonner et de mutualiser les efforts européens, pour améliorer la précision des données et accélérer leur traitement », se réjouit Yves Desaubies.

Plus de sécurité en mer

Les informations ainsi mises à disposition pourront avoir de nombreuses applications. Une meilleure prévision des courants et de la météo augmente la sécurité en mer, par exemple. Un modèle de diffusion d’une nappe de pétrole en cas de catastrophe maritime a déjà été développé. Des sociétés pétrolières peuvent également être intéressées, pour connaître avec précision les courants et leurs variations, afin de sélectionner les endroits les plus sûrs pour la construction de plates-formes off shore et de forages sous-marins. De plus, le réseau européen de centres de données et de prévision développé par Mersea fournit des informations indispensables au suivi climatique de l’océan. « Nous avons déjà réussi à affiner les prévisions des ouragans, et nous souhaitons encore améliorer les prévisions saisonnières, pour les grands événements climatiques comme la mousson ou El Niño », souligne Yves Desaubies. Enfin, le programme prend en compte des paramètres biologiques, comme la concentration en phytoplancton, maillon de base des écosystèmes marins. Des paramètres qui pourront servir à étudier de façon plus globale ces écosystèmes, mieux prévoir l’évolution des stocks de poissons et optimiser la gestion des pêches.

3 000 bouées

Les données collectées dans le cadre de Mersea sont nombreuses, et issues d’outils de mesure divers. Les satellites permettent de connaître la température des eaux de surface, ou leur couleur, dont on peut déduire la concentration en phytoplancton. Certains de ces satellites sont destinés

à un usage exclusivement scientifique, c’est le cas de Jason 2, lancé mi-juin(3), qui mesure la vitesse des vents à la surface de l’eau, la hauteur moyenne des vagues et la topographie de la surface des océans – le Gulf Stream, par exemple, forme une “bosse” d’un mètre de haut. D’autres informations sont collectées par le réseau de bouées Argo : 3000 bouées autonomes, réparties à la surface du globe, plongent tous les dix jours jusqu’à 2 000 m de profondeur pour effectuer des relevés de température et de salinité, et ce pendant plusieurs années. « Ces réseaux de surveillance sont complétés par des mesures in situ, réalisées lors de campagnes océanographiques », ajoute Yves Desaubies.

Sylvie Pouliquen, directrice, et Yves Desaubies, coordinateur scientifique et technique du projet Mersea.
© Ifremer

Le programme a ainsi permis de coordonner entre eux les systèmes d’information des différents pays, de synthétiser les données et de faciliter leur mise à disposition. Celles-ci sont déjà consultables en ligne. Le site Internet de Mersea met en relation avec les sites des différents acteurs : l’Italie rassemble les données sur la Méditerranée, le Danemark sur la mer Baltique, la Norvège sur l’océan Arctique, et la France sur l’océan mondial. 

Les ressources françaises sont centralisées par Mercator-Océan, l’organisme français chargé des prévisions météorologiques en mer, basé à Toulouse. Cependant, les informations proposées ne sont aujourd’hui pas encore facilement utilisables. Les chercheurs européens ont lancé cette année le programme MyOcean, piloté par Mercator-Océan. L’objectif est de mettre en place un “service marin de base”, fournissant des informations claires, synthétiques et directement utiles aux acteurs du monde marin.

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Alice Vettoretti

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