L’éconavigation en vogue

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juillet 2008
© Andreas Guskos-Stocklib

Des projets tentent de réduire l’impact de la conception d’un bateau et de la navigation sur l’environnement.

Gaz d’échappement du moteur, peinture de la coque, rejets des eaux usées... la réalité de la navigation semble loin du clapotis des vagues et du bleu de l’océan. Car chaque bateau pollue, qu’il soit embarcation du dimanche ou supertanker. Dans le contexte actuel de préservation de l’environnement, un nouveau concept émerge : l’éconavigation. Le pôle Mer Bretagne a compris l’enjeu de ce créneau innovant. « Aujourd’hui, il n’est plus concevable d’engager des projets non respectueux de l’environnement, explique Marc Bœuf, détaché au pôle Mer Bretagne par DCNS(1) et responsable de la commission naval et nautisme. « Le projet Nacre, par exemple, est né des rencontres entre les commissions nautisme et environnement. » Nacre, c’est un projet pour concevoir un bateau propre. « Un projet concret, précise Marc Bœuf, proche de la réalité économique. Armateurs, constructeurs, entreprises de maintenance et scientifiques, tous se retrouvent pour y travailler. » Les partenaires, DCNS – porteur du projet –, Veolia, Louis Dreyfus Armateur, Ifremer...(2) se sont réunis régulièrement pour définir le chemin à suivre. Labellisé par le pôle en février dernier, les premières études devraient démarrer début 2009. « La première étape consistera à mesurer l’empreinte écologique d’un navire. C’est-à-dire l’ensemble des impacts sur l’environnement, dans leur globalité, et pas seulement les rejets de gaz à effet de serre. Nous allons prendre des mesures sur trois bateaux différents : un vraquier de la flotte Louis Dreyfus Armateur, un navire de service de la marine et un navire scientifique utilisé par l’Ifremer pour ses campagnes océanographiques. »

90% des marchandises transitent par la mer

Sur un bateau comme ailleurs, les rejets peuvent apparaître sous trois formes. Liquides, ce sont les eaux noires (rejets organiques, urine, selles...), les eaux grises ou eaux de lavage et les eaux de cales, souillées par des traces d’hydrocarbures. 
Les solides sont les mêmes qu’à terre, des emballages principalement. Quant aux rejets gazeux provenant des moteurs, ils sont, a priori, la plus grande source de pollution. « Dans un bateau de commerce, les cuves sont remplies avec du fioul lourd, de mauvaise qualité. Il rejette beaucoup de particules dans l’air. Or 90% des marchandises mondiales transitent par la mer. S’il était possible de diminuer ne serait-ce qu’un peu les rejets des porte-conteneurs, toujours plus grands, l’impact serait déjà énorme. » Même s’il ne représente que 5% de la pollution du secteur – en troisième position derrière le routier, loin devant, et l’aérien –, le transport maritime garde une lourde part de responsabilité.

De la terre à la mer

Réaliste, Marc Bœuf poursuit « on ne pourra pas résoudre tous les problèmes en même temps. Notre objectif est de repérer une source importante de pollution, dont on pressent qu’elle peut trouver une solution concrète rapidement. »
Les solutions vont s’appuyer sur l’expérience des partenaires. L’engagement de Veolia, par exemple, société de gestion de l’environnement, permet d’envisager d’adapter à l’espace restreint d’un bateau des solutions maîtrisées à terre. « Nous travaillons avec RWO, une filiale allemande de Veolia, précise Marie-Marguerite Bourbigot, détachée de Veolia au pôle Mer Bretagne. Elle a déjà conçu une station embarquée de traitement des eaux, nous allons tenter de l’améliorer en fonction des besoins. Les exigences sont nombreuses : elle doit être ultracompacte, autonome pour ne pas empiéter sur le temps de travail des marins, résister au tangage, au milieu corrosif... » L’entreprise pourra également mettre à profit son expérience dans le traitement des rejets atmosphériques, la conception de filtres catalyseurs utilisés dans les usines pour retenir les SOx (oxydes de souffre) et NOx (oxyde d’azote). « Il s’agit d’un transfert de technologie de la terre vers la mer », ajoute Marie-Marguerite Bourbigot.

Étudier toutes les possibilités

La même démarche va animer les ingénieurs de l’École des métiers de l’environnement (EME). « C’est un environnement très contraint, confirme Laurence Legal, responsable des relations industrielles à l’EME. Nous avons des compétences techniques en matière de prévention de pollutions et de dépollution, même si nous avons peu d’expérience dans le domaine de la mer. Peut-on envisager de faire du lombricompostage à bord, par exemple ? Le défi technique est intéressant et va profiter à nos étudiants. »
Les initiatives du pôle Mer Bretagne concernant l’écoconception se croisent. Le projet d’un logiciel capable de calculer rapidement l’empreinte écologique d’un navire, baptisé Convenav, pourrait faciliter la première phase du projet Nacre. D’autres concernent plus directement la construction du bateau : l’éconavigation touche tous les domaines. De la peinture antisalissure au comportement des usagers en mer, en passant par les matériaux qui composent les diverses parties du bateau. Un océan de possibilités s’ouvre aux chercheurs qui souhaitent participer à la naissance du bateau propre de demain.

Mission de Catherine Chabaud

Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire a confié à la Morbihannaise Catherine Chabaud une mission sur le nautisme et le développement durable. Cette mission fait suite au Grenelle de l’environnement et a pour objectif d’établir un état des lieux.
Concrètement, la navigatrice est chargée de préparer un futur appel à projets sur les ports de plaisance exemplaires, de recenser l’ensemble des actions de sensibilisation en cours, de réfléchir à la réforme du droit annuel de francisation et de navigation et de préparer un colloque pour sensibiliser architectes, équipementiers et chantiers navals aux problématiques environnementales.
Jean-Louis Borloo a choisi de confier cette mission à Catherine Chabaud, en raison de « son engagement depuis de nombreuses années pour la préservation de la mer », souligne-t-on du côté du ministère.

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Céline DUGUEY

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