Peindre la coque sans polluer

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juillet 2008
Aujourd’hui, pour éviter que des algues et des microorganismes adhèrent à la coque, les bateaux sont enduits d’une peinture spéciale nocive pour l’environnement.
© Sanai Aksoy-Stocklib

La société lorientaise Nautix et l’Université de Bretagne sud s’allient pour concevoir un antifouling biodégradable.

Comment garder son bateau propre sans salir l’environnement ? Au laboratoire LBCM(1) de l’Université de Bretagne sud, une équipe de recherche dirigée par Karine Réhel travaille depuis plus de dix ans avec la société Nautix pour mettre au point une peinture antifouling biodégradable. L’antifouling, ou antisalissure, permet de protéger la coque du bateau des algues et autres organismes marins qui viennent s’y coller et l’envahissent. Au point parfois de bloquer l’hélice et d’immobiliser le bateau ! Composées pour partie de cuivre et de pesticides, les peintures actuelles éliminent tous les organismes qui s’y accrochent. Mais elles polluent. Aujourd’hui, aucune alternative n’existe. C’est l’une des raisons qui a motivé le pôle Mer Bretagne à labelliser le projet Paintclean(2) (peinture propre). « L’idéal, ce serait de remplacer le cuivre et les pesticides dans la composition de la peinture, explique Karine Réhel. C’est un projet... ambitieux ! »

Quand les poissons mangent la peinture

Dans le laboratoire lorientais, l’équipe étudie le fonctionnement des organismes envahisseurs. « On tente de comprendre les étapes de la “colonisation” des coques des navires, précise la chimiste. Lorsque le support est dans l’eau, on distingue a priori plusieurs phases. En premier lieu, les molécules situées juste à sa proximité adhèrent. Ensuite, c’est au tour des bactéries de se fixer et de proliférer. Puis viennent d’autres organismes plus complexes, des larves de balanes, par exemple (ces petits crustacés présents sur les rochers). » S’il est possible d’empêcher les premières molécules de se fixer, la prolifération pourrait être moins rapide, ou moins importante. En théorie.

Á ces problématiques s’ajoutent les contraintes industrielles, pour définir un cahier des charges adapté aux attentes des plaisanciers. « Il faut une peinture soluble dans les solvants usuels, qui peut être produite à grande échelle pour un moindre coût, et pas seulement les quelques grammes utiles en laboratoire, applicable sur tous les supports, résistante..., énumère Jean-Yves Langlois, Président-directeur général de Nautix. Il y a quelques années, nous avions mis au point une peinture biodégradable satisfaisante. Sauf que les poissons l’appréciaient tellement qu’ils la mangeaient. » Résultat : un bateau bon à repeindre tous les quatre mois, impossible de commercialiser le produit.

Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis le démarrage du projet Paintclean. « Nous avons sélectionné la “base” de la peinture, un polymère biodégradable, pour remplacer les dérivés de pétrole utilisés actuellement.

L’année à venir est consacrée aux autres molécules, biodégradables elles aussi, qui composeront notre antifouling », indique Karine Réhel.

Les progrès dans ce domaine sont attendus de pied ferme. Il y a encore dix ans, les peintures antifoulings contenaient de l’étain, un métal “lourd” qui s’accumulait sur les fonds marins avec de graves conséquences



Ces microalgues observées au microscope sont celles qui adhèrent sur les coques de bateaux immergées.

© DR

Les bigorneaux disparaissent

Des études(3) ont ainsi mis en évidence le lien entre une concentration anormalement élevée en étain et des malformations de la coquille des huîtres. Dans certaines zones, proches des ports de plaisance, par exemple, les populations de bigorneaux ne comportaient plus que des mâles, et donc s’éteignaient progressivement. Interdit pour les plaisanciers depuis 1995, l’étain ne disparaîtra définitivement que cette année des coques de bateaux de commerce(4). Le chemin qui reste à parcourir est donc long. « L’objectif d’une peinture totalement écologique n’est pas réaliste aujourd’hui, note Jean-Yves Langlois. Si notre antifouling disparaît en un temps raisonnable, donc ne s’accumule pas sur les fonds océaniques, ce sera déjà une grande avancée. »

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Céline Duguey

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