Deux archéologues manient la hache polie

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septembre 2008
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Les 18 et 19 septembre, les deux archéologues poursuivront leurs expérimentations, en public, sur l’île de Gavrinis (56).

Deux scientifiques creusent une pirogue dans des conditions préhistoriques.

« Nous sommes des archéologues qui ne fouillons pas », lance Cyrille Chaigneau. Philippe Guillonnet et lui construisent une pirogue en bois. Soit ! Une lubie ? Non, de l’archéologie expérimentale !

À partir d’outils du néolithique, l’âge de la pierre polie, ils essayent de fabriquer une pirogue similaire à celles de l’époque, pour comprendre les gestes, les contraintes, les pratiques et logiques et, surtout, pour sensibiliser le public.

« L’état de la recherche »

C’est leur motivation : « montrer la science en marche », plutôt que faire de longs discours théoriques. « Nous restituons l’état de la recherche, commente Philippe Guillonnet « et faisons passer des connaissances scientifiques complexes de façon simple et attractive. » Pour la pirogue, par exemple, les archéologues du Centre permanent d’initiatives pour l’environnement Val de Vilaine se sont inspirés d’une embarcation retrouvée au fond d’un lac suisse, qui a conservé les traces de son façonnage. Ils y associent la connaissance des outils de l’époque (hache, herminette en pierre polie...).
Le premier enjeu consiste à reproduire la construction de la pirogue. Pour cela, ils essayent par eux-mêmes. Ensuite, ils tenteront de comprendre comment nos ancêtres ont pu s’en servir pour transporter des blocs de pierre, par exemple la dalle de couverture du site mégalithique de l’île de Gavrinis, dans le golfe du Morbihan.

Des parois de 4 cm

Pour l’heure, les spécialistes du passé se concentrent sur l’embarcation : à partir d’un unique tronc de pin sylvestre d’1,2 tonne, réaliser une pirogue de 8,30 m de long, aux parois de 4 cm maximum et ne pesant pas plus de 400 kg, le tout avec des outils ancestraux. Un joli défi à relever, en public ! Ce mois-ci, les deux archéologues seront à leur ouvrage, sur l’île de Gavrinis, les jeudi 18 et vendredi 19. Ils espèrent achever leur projet, débuté en mai, d’ici fin octobre.
Ils répondent ainsi à une commande du Conseil général du Morbihan, propriétaire du site mégalithique : animer de façon pédagogique le patrimoine préhistorique. « Le public est surpris et pose des questions souvent pertinentes sur les outils ou la façon de les utiliser, rapporte Cyrille Chaigneau. Par contre, la connaissance théorique manque souvent. « 90% des personnes pensent que les menhirs et dolmens ont été fabriqués par des Gaulois », sourit l’archéologue.

Sans regard “colonialiste”

D’où l’importance de la médiation. « Trop d’archéologues pensent encore que le cœur de leur métier c’est la fouille. Il faut fouiller, bien sûr, mais il faut aussi prendre le temps de présenter, d’expliquer. Et ça, c’est un métier à part entière, soutient Cyrille Chaigneau. À nous de trouver les moyens de le faire. » Par exemple, l’expérience menée à Gavrinis contribue à mieux comprendre la vie à l’âge de la pierre polie, « sans porter un regard un peu colonialiste sur ces gens du passé, mais en faisant la démarche de se hisser jusqu’à eux. »

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Michèle Le Goff

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