Coquilles Saint-Jacques : le stock se tasse

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octobre 2008
© AFP-Marcel Mochet

Le stock de Saint-Jacques, en baie de Saint-Brieuc, a été évalué par l’Ifremer. Si la pêche est trop forte, il diminuera vite. En outre, le climat change.

Cette année, nous préconisons de pêcher 4 800 tonnes de coquilles Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc. Si on explose les compteurs, le banc ne pourra pas être exploité de manière durable. » Spyros Fifas est chercheur à l’Ifremer(1) à Brest, spécialisé dans l’étude des populations de Saint-Jacques en Bretagne-Nord. Il a coordonné la campagne océanographique, début septembre à bord du Thalia, pour évaluer le stock de coquilles dans la baie.

Pendant dix jours, les scientifiques ont quadrillé la zone. Selon un procédé mis au point suite à des observations sous-marines, ils ont dragué le fond, en partant de 115 endroits différents, sur 200 m de long. Une lame décolle les coquilles, simplement posées, un sac métallique les ramasse. Pour avoir une image complète de la population de mollusques, les chercheurs ont même recensé les petites coquilles, de moins de deux ans, interdites à la pêche. Les anneaux de la drague du Thalia avaient un diamètre de 50 mm, contre 92 pour les pêcheurs professionnels. 

Sur la pente descendante

« La situation n’est pas mauvaise, résume Spyros Fifas. Nous avons encore de beaux jours devant nous. Mais l’on voit déjà la descente en pallier du stock. Il y a deux ans, il était de 27300 t, soit un tiers de plus qu’aujourd’hui : 19030 t. » Les pêcheurs savent qu’ils sont obligés de réduire les captures. L’an dernier, ils ont pourtant récolté 15% de coquilles de plus que ce que conseillaient les scientifiques. « Mais même s’il y a une certaine inertie, nos préconisations sont globalement suivies. »

Chaque année, environ 210 bateaux pêchent la Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc, à partir d’octobre. Ils n’ont le droit de pêcher que trois quarts d’heure, le lundi et le jeudi. Du tonnage préconisé dépendra le nombre de semaines de pêches : à peu près une vingtaine pour la saison 2008-2009. C’est très réglementé ! Il faut dire que cette baie, où se trouve le deuxième gisement de France, est exceptionnelle : la densité de coquilles est 5 à 6 fois supérieure à celle de la baie de Seine.

La montée de température

Les larves circulent dans la masse d’eau, une vingtaine de jours. Elles se posent et survivent s’il n’y a pas trop de cailloux, comme au nord du Cap Fréhel, ni trop de vase, sans courant, comme à l’ouest de la baie. La coquille préfère le sable fin, légèrement envasé, avec du maerl et des débris coquilliers : c’est la baie de Saint-Brieuc. Mais tout peut changer, car la température de l’eau joue un rôle essentiel ! « L’aire de répartition s’est modifiée avec la montée de la température des eaux, note Spyros Fifas. Le centre de gravité, c’est aujourd’hui la Manche. »

Au Moyen Âge, on trouvait des coquilles Saint-Jacques “de Compostelle” en Espagne, sur les côtes de Galice, où il n’y en a pratiquement plus. Au début du XXe siècle, le centre de gravité était l’île d’Oléron, Saint-Brieuc restant anecdotique. Depuis, la température des eaux de la baie a augmenté de 2,5° : « C’est énorme ! » Le stock irlandais est aujourd’hui le plus important. Et les Saint-Jacques grandissent aujourd’hui en Norvège, près des îles Lofoten.

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Nicolas Guillas

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