« J’étudie le mode de reproduction original d’un mollusque hermaphrodite »

Portrait

N° 258 - Publié le 27 novembre 2014
© Céline Duguey
Ce que je cherche
Sabrina Le Cam
Biologiste
Elle rédige sa thèse dans l’équipe de recherche Évolution et génétique de populations marines, à la station biologique de Roscoff.


Je termine ma thèse sur le mode de reproduction d’un mollusque, la crépidule (Crepidula fornicata). C’est une espèce invasive originaire de la côte nord des États-Unis, un coquillage tout en rondeur dont la taille varie entre 1 mm et 6 cm. Son originalité : elle est hermaphrodite séquentielle. C’est-à-dire qu’elle naît mâle, le reste à maturité, et devient femelle en vieillissant. Ce changement dépend de son environnement. Les crépidules vivent en chaînes : les jeunes mâles viennent se “coller” sur le dessus d’une pile existante et n’en bougent plus. Ils deviennent femelles lorsque les nouveaux mâles installés au-dessus d’eux sont plus nombreux que les femelles situées en dessous. Cela maintient une parité au sein de la communauté. Et augmente les chances de fécondation.

Pour comprendre ce système, je fais des tests de paternité sur les pontes. Je peux retrouver tous les pères de la chaîne qui y ont participé. Et découvrir, par exemple, que la pluralité des pères diversifie les compétences de la progéniture. Cela pourrait expliquer l’excellente adaptation de ce mollusque. Il survit très bien dans toute l’Europe et empiète même sur l’espace vital des coquilles Saint-Jacques ! Ces “invasions” se multiplient depuis les années 70. C’est une des facettes du changement global. D’où l’intérêt de comprendre l’évolution des populations.

Pour récupérer mes échantillons, je travaille avec les plongeurs du service mer et observation de la station biologique de Roscoff, qui me remontent des piles entières de crépidules. Dans la baie de Morlaix, elles vivent à près de 12 m de fond. Mais vous pourrez facilement en observer en baie de Saint-Malo, à marée basse.

PROPOS RECUEILLIS PAR Céline Duguey

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