Ils prennent le relais

258
octobre 2008
© AFP Photo-Omar Torres
En 2005 aux États-Unis, l’ouragan Katrina laisse les antennes relais par terre. À Vannes, des informaticiens imaginent de nouveaux moyens de communication qui pourraient être utiles en cas de crise.

Antennes relais arrachées ? Les capteurs mobiles offrent des solutions. Ils tissent des réseaux d’un nouveau genre.

En 2005 aux États-Unis, l’ouragan Katrina a laissé des traces. Faute de moyens de communication adéquats, les équipes de secours ont eu du mal à se coordonner sur les lieux de la catastrophe. Tout était coupé. Même les téléphones portables, dont tout le monde est équipé, étaient inutilisables. « C’est le principe des réseaux d’infrastructure : si les relais sont défaillants, plus aucune communication n’est possible. On aurait très bien pu imaginer que les messages transitent directement de mobile en mobile, ou via n’importe quel autre type d’appareil électronique communicant, selon le mode des réseaux ad hoc », explique Frédéric Guidec, du laboratoire de recherche Valoria, à Vannes. 

De l’hôpital à la savane

Dans ces réseaux mobiles ad hoc, les informations circulent de proche en proche, d’appareil mobile en appareil mobile, grâce à des transmissions radio à faible portée. « Ces réseaux sont nés il y a plus de dix ans, mais ont paradoxalement trouvé peu d’applications, poursuit Frédéric Guidec. Car ils ont souvent été imaginés comme des réseaux très denses, dans lesquels l’information circule de façon instantanée, ce qui n’est pas toujours possible dans la réalité. Au laboratoire, nous travaillons depuis trois ans dans le cadre du projet Sarah(1) sur des réseaux plus réels, c’est-à-dire plus dispersés. L’astuce consiste à considérer que les équipements sont mobiles et que celui qui reçoit un message le stocke pendant quelque temps et le relaie ensuite, après s’être déplacé dans le réseau. »

Communication continue

Grâce à un simulateur développé par un autre partenaire du projet, les chercheurs vannetais sont, par exemple, capables de mimer les échanges entre quelques dizaines d’appareils mobiles évoluant dans et entre plusieurs bâtiments. Ce scénario peut s’appliquer à un environnement de travail comme un campus, des bureaux, un hôpital... où les informations qui circulent, via des ordinateurs, des téléphones portables ou encore des capteurs, sont des messages ou des données sur les patients. « Avec le simulateur, il est facile d’imaginer d’autres applications en faisant varier les paramètres. La densité des équipements mobiles, leur vitesse, la fréquence et la durée des contacts radio ne seront pas les mêmes s’ils sont transportés par des êtres humains, embarqués dans des véhicules, ou attachés à des animaux évoluant en pleine savane », précise Frédéric Guidec. « Les données peuvent mettre un certain temps à arriver jusqu’à leur but, mais elles arrivent !

On parle de communication opportuniste tolérant les délais, ajoute Yves Mahéo, un autre membre de l’équipe. Dans les réseaux ad hoc, ce n’est pas la rapidité qui fait la valeur de l’outil mais le fait que la communication y est continue. Et dans un environnement où il n’y a pas ou plus d’antenne relais – un désert, un lieu ravagé par un ouragan –, les priorités changent. »

Aujourd’hui, l’équipe Valoria est à la recherche d’applications concrètes car elle manque de données pour tester ses programmes en taille réelle. En attendant, les chercheurs simulent les déplacements en courant dans les couloirs de l’UBS(2) avec leurs ordinateurs portables ! 

Tabs

Nathalie BLANC

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER