Le chanvre pousse les murs

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novembre 2008
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Les poteaux de soutènement viennent s’enchâsser directement dans ces nouveaux parpaings de chanvre creux, limitant les ruptures dans le mur.

La filière chanvre émerge en Bretagne. Des PME innovent et des laboratoires de recherche apportent leur expertise.

L’histoire commence à Trémargat, au nord de Rostrenen dans les Côtes-d’Armor. « Nous, on est lié à la terre !, explique Alain Depays, gérant de Terrachanvre. On vend du chanvre comme d’autres vendent des cailloux : pour fabriquer du béton. »
Créée en 2000, l’entreprise Terrachanvre exploite actuellement 100 hectares de chanvre, certifiés en agriculture biologique. Elle compte atteindre les 300 hectares d’ici cinq ans. Mais Terrachanvre ne se contente pas de faire pousser le chanvre. L’entreprise a mis au point un outil original de transformation, qui ne défibre pas la plante. « Nous ne séparons pas la fibre du bois, appelé chènevotte, comme le font la plupart des industriels. Nous broyons l’ensemble pour en faire des granulats de tailles différentes. » Associés à de la chaux, ces granulats fibrés constituent un béton de chanvre utilisé pour l’habitat.

Pas de rupture dans le mur

Basée à Saint-Philibert, dans le Morbihan, Easy Chanvre utilise le chanvre pour faire des briques. Mais pas n’importe lesquelles. Il s’agit de parpaings creux dans lesquels viennent s’enchâsser les poteaux de soutènement. « Ce système permet d’éviter certains désagréments rencontrés avec l’utilisation de briques en chanvre de forme classique, explique Marie-Aline Robin, chargée de la communication d’Easy Chanvre, qui nécessitent d’être fixées entre elles avec un torchis à base de chaux, fait sur place et dont la qualité peut varier. Les temps de séchage sont aussi très longs et, au final, il y a parfois des écarts entre les briques et l’ossature bois. Avec notre système, on ne manipule que des produits secs, prêts à l’emploi et il n’y a pas de ruptures dans le mur. »

Easy Chanvre a été aidé par Oséo pour la recherche et le développement de son innovation, dont le brevet a été déposé en 2004. Aujourd’hui, l’entreprise a plusieurs chantiers en cours et envisage d’abandonner sa chaîne de prototypage pour s’installer sur un nouveau site de production, plus important.

Passage en phase industrielle

Le passage à la phase industrielle nécessite d’optimiser et de contrôler la formulation et la fabrication des produits. C’est précisément ce que suit Patrick Glouannec, dans son laboratoire, au sein de l’équipe études thermiques énergétiques, à l’UBS, à Lorient. Il a contacté ces deux PME en tant que coordonnateur d’un projet ANR(1), sur la recherche de conditions optimales de mise en œuvre du béton (composition, procédé, temps de prise, séchage). Easy Chanvre et Terrachanvre se prêtent donc au jeu et envoient depuis deux ans leurs échantillons au laboratoire lorientais. « Notre but est d’arriver à définir la composition du produit en fonction de caractéristiques thermiques, hydriques et mécaniques », explique le chercheur.

L’expertise avance – Patrick Glouannec va bientôt rendre compte d’une première phase de résultats du projet ANR –, et les analyses dépassent aujourd’hui l’échelle du matériau. Avec le laboratoire de génie civil et mécanique de l’Insa de Rennes, le chercheur de Lorient travaille, dans le cadre d’un Projet de recherche d’initiative régionale (Prir) sur le développement et la validation d’un modèle numérique destiné à prédire le comportement d’une paroi en chanvre associée à des enduits. On y retrouvera encore des PME bretonnes, comme Développement Chanvre, qui a mis au point un nouveau procédé pour projeter le béton de chanvre.




Mesure de l’évolution de la teneur en eau
dans un échantillon de béton de chanvre,
en fonction de l’humidité de l’air.
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Nathalie BLANC

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