Sauver Les naufragés du froid

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novembre 2008

Une étude technique et sociologique veut aider les occupants d’“épaves thermiques”, ces vieilles maisons mal isolées.

«Plutôt que de baisser le chauffage, on ouvre les fenêtres ! Chez les ménages en précarité énergétique, il y a parfois des problèmes de comportement. Et pour certaines personnes âgées, la surisolation ou la ventilation double flux, c’est de l’hébreu. » Au Pact des Côtes-d’Armor, Jacques Jonchère est le référent scientifique d’un programme commun à six Pact(1) de Bretagne et des Pays de la Loire. L’objectif est d’améliorer la performance énergétique des logements des ménages modestes, qui résident dans l’ancien, avec un accompagnement à la fois technique et social. Ce projet a été retenu par le jury de la consultation “Réduction de la précarité énergétique”, lancée par le Plan urbanisme construction architecture, l’Agence nationale de l’habitat et l’Ademe(2).

Soixante ménages vivant parfois des minima sociaux vont participer au programme. Ils logent dans des bâtiments anciens, véritables “épaves thermiques”, dont ils sont en général propriétaires, « car les plus pauvres en Bretagne, par exemple les agriculteurs retraités, ne résident pas en HLM, mais dans le parc privé. » L’objectif, dès qu’une situation se présente, est de savoir rapidement comment agir pour améliorer les qualités thermiques du bâtiment (isolation, mode de chauffage...), tout en faisant évoluer les comportements, grâce à un outil pédagogique à définir. Pour cela, deux typologies (habitats et habitants) vont être établies.

Profils sociologiques

Basée sur une analyse technique des différents modes de construction d’avant 1975 (urbain, péri urbain, rural), la première typologie classera environ cinq habitats par département. La seconde identifiera quatre ou cinq types de ménages différents. Elles seront réalisées par un ingénieur thermicien, les techniciens et les travailleurs sociaux du Pact, avec lesquels collabore un sociologue. « Les professionnels du Pact, qui interviennent auprès des personnes en précarité, veulent mieux comprendre leur public, explique Stéphane Chevrier, responsable du bureau d’études et de conseil sociologiques Mana, et chercheur associé au Lares(3). Ils connaissent des situations, des cas, des anecdotes, mais ils n’ont pas toujours les outils méthodologiques pour agir. Je vais les aider à identifier des profils sociologiques. Ce n’est pas du marketing ! Mais parmi les cent personnes dont ils peuvent me parler, apparaissent quatre ou cinq portraits différents, d’où découlent des préconisations. »

Lors d’ateliers d’une demi-journée, commencés en octobre, les intervenants du Pact racontent au sociologue « des exemples de vie, comme cette mamie, dont la maison ancienne fuit de partout ; ou ce problème de ventilation, qu’on règle en calfeutrant tout, même s’il faut aussi aérer. » Le projet aboutira en 2010.

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Nicolas GUILLAS

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