Des microalgues voient rouge !

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janvier 2009
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De haut en bas : infection d’une cellule d’Alexandrium minutum d’environ 20µm (en bleu) par son parasite (en vert). Les noyaux cellulaires du parasite et de l’algue Vue en microscopie confocale 3D

Les algues rouges toxiques qui proliféraient l’été sur les côtes bretonnes ont trouvé leur maître. Elles sont attaquées par un parasite.

Dans les années 80, l’apparition sur les côtes bretonnes d’efflorescences d’Alexandrium minutum, une algue rouge unicellulaire suspectée d’être invasive, a posé de sérieux problèmes aux ostréiculteurs. En effet, cette algue produit une toxine paralysante et sa prolifération sur les côtes, l’été, rend toxiques les coquillages qui la consomment. Bien que l’algue soit toujours présente, les efflorescences ont cessé depuis quelques années. En thèse à la Station biologique de Roscoff, sous la direction de Laure Guillou, dans l’équipe “diversité du plancton océanique”, Aurélie Chambouvet a découvert le pourquoi de cette disparition. Ses travaux ont été publiés fin novembre dans la revue Science(1).
L’algue est attaquée par un parasite. « Le parasite se multiplie dans la cellule hôte. Il la détruit et s’en échappe sous forme d’un long filament de 40 à 600 parasites, laissant derrière lui l’enveloppe vide de son hôte. Les parasites libérés vont ensuite infecter de nouvelles cellules... Le développement de l’efflorescence est stoppé très rapidement, en quelques jours. »

Le parasite unicellulaire était déjà présent en Bretagne. Il a mis neuf ans à s’adapter à l’algue et à apprendre comment l’infecter. Pour comprendre ce mécanisme, Aurélie Chambouvet est partie à la recherche du binôme algue-parasite. Elle a effectué chaque jour, pendant trois étés, des prélèvements dans une rivière de la baie de Morlaix, où il est plus concentré qu’en mer. La doctorante a également étudié la diversité du parasite.

« Il a su s’adapter spécifiquement à chaque espèce d’algues appartenant au même groupe qu’Alexandrium : les dinoflagellés. Il présente une grande diversité. » Et chaque été, le même type génétique du parasite retrouve la même microalgue à infecter, contrôlant ainsi les efflorescences d’Alexandrium minutum, mais aussi celles de tous les autres dinoflagellés, toxiques ou non, de l’écosystème. De quoi réjouir les ostréiculteurs !

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Renseignements

Aurélie Chambouvet
chambouv@sb-roscoff.fr

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