Inhospitalières les carrières ?

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janvier 2009
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Malgré le bruit des engins, les carrières sont des milieux neufs et de quiétude pour certaines espèces de plantes et d’animaux.

Les carrières de schiste ou de grès attirent de nombreuses espèces. Une biodiversité étonnante, à protéger.

Les carrières, havres de paix pour la biodiversité ? « Elles représentent un milieu neuf pour des espèces dites pionnières, qui ont l’habitude de s’installer là où il n’y a personne, répond Didier Voeltzel, coordinateur d’une étude(1) sur l’écologie des carrières de roche massive – grès, schiste – du Massif armoricain qui vient de se terminer. Et pour nombre d’entre elles, c’est une zone de quiétude, malgré les engins et les tirs de mine. » Le grand corbeau, plus gros oiseau de Bretagne, en est le symbole. Il a déserté les côtes, beaucoup trop fréquentées depuis les dernières décennies, pour trouver refuge dans les falaises artificielles des carrières.
Ces fronts de taille abrupts sont généralement préférés des oiseaux, qui peuvent y nicher tranquillement. « On y rencontre également des espèces méridionales qui aiment la chaleur. Elles trouvent des conditions idéales sur les talus exposés au soleil », précise Frédéric Bioret, professeur en écologie à l’Université de Bretagne occidentale et président du conseil scientifique de l’étude. Les tritons optent plutôt pour les bassins de décantation, ou pour l’eau accumulée au fond d’une carrière en fin de vie. D’autres petites bêtes préfèrent même les conditions précaires qu’offre l’eau incrustée dans les traces des camions !

Crapauds bien installés

En plus de la tranquillité, les carrières offrent les avantages d’un milieu pauvre en éléments nutritifs. « Il présente peu de concurrence et attire des espèces qui recherchent ce type de sols, pauvres en nitrates notamment », poursuit Frédéric Bioret.
Dans l’ensemble, ce sont en moyenne treize espèces végétales ou animales à forte valeur patrimoniale qui colonisent ces sites d’exploitations, du crapaud calamite à la pilulaire à globule, une petite fougère protégée. En tout, 25% de la flore présente dans le Massif armoricain, dont 19espèces rares, a été recensée dans les carrières. Le chiffre grimpe à 81% pour les amphibiens.


L’agrion nain est une espèce pionnière des carrières.
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De bonnes pratiques

Pour parvenir à ces résultats, l’étude initiée par le syndicat des carriers Unicem(2) aura demandé près de dix ans. « Nous avons dû faire un premier inventaire pour sélectionner les sites représentatifs, au nombre de treize dans l’Ouest, car il existait auparavant très peu d’informations sur l’écologie des carrières », explique Didier Voeltzel.
La synthèse, présentée fin novembre aux carriéristes de l’Ouest, devrait combler un manque. « Cela va nous aider à mettre en œuvre des bonnes pratiques sur les sites. Mais aussi faire évoluer le regard des scientifiques sur notre activité », confie Dominique Billon, président de l’Unicem Bretagne. Après le Massif armoricain, les résultats de la version nationale de l’étude devraient être présentés dans toute la France. Un guide pratique devrait être mis à disposition des carriers en 2009.

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Céline DUGUEY

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